Guide des sources chaudes et fontaines minérales en Auvergne
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 7 juillet 2026
En Auvergne, les eaux minérales et thermales racontent souvent la même histoire : celle d’un sous-sol fracturé, profond, marqué par les failles, les gaz et l’héritage volcanique. Elles s’infiltrent, circulent longtemps dans les profondeurs, se réchauffent, s’enrichissent en minéraux, puis remontent là où le terrain leur ouvre un passage.
Ces sources ne sont pas de simples curiosités naturelles. Beaucoup s’inscrivent dans une histoire très ancienne : certaines étaient déjà fréquentées dans l’Antiquité, parfois captées ou aménagées par les Romains, avant d’être redécouvertes, recaptées et mises en scène lorsque la mode des eaux thermales est revenue en force au XIXe siècle. À cette époque, boire une eau minérale, prendre un bain ou fréquenter une station est devenu une véritable pratique de santé et de société.
Nombre d’entre elles ont ensuite poursuivi leur histoire dans des établissements thermaux ou d’autres structures liées à l’eau. D’autres sont restées plus à l’écart, parfois oubliées, parfois encore visibles dans le paysage. C’est cette Auvergne-là que je vous propose d’explorer, depuis la source Lefort, restée l’un des rares bains thermaux libres de la région, jusqu’aux eaux brûlantes de Chaudes-Aigues.
AU SOMMAIRE :
Carte des sources chaudes et des eaux minérales en Auvergne
En Auvergne, se baigner librement dans une eau thermale reste rare. La plupart des sources ont été captées, puis leur eau conduite vers des établissements thermaux. D’autres existent encore dans le paysage, mais sans offrir de vrai bain.
La carte ci-dessous répertorie :
- Le bain libre : la source Lefort, qui reste l’un des rares bains thermaux libres de ce parcours.
- Les sources naturelles : des sources encore visibles dans le paysage, près d’un chemin, d’une rivière ou des vestiges d’un ancien site thermal.
- Les points d’eau minérale : des fontaines, buvettes où l’on venait boire une eau gazeuse, ferrugineuse…
- Le patrimoine thermal oublié : anciennes buvettes, bâtiments d’embouteillage abandonnés, captages, vestiges d’établissements ou traces d’une exploitation passée.
D’autres points seront ajoutés au fil de mes prochaines visites.
La source Lefort à Châteauneuf-les-Bains : le bain thermal libre de la Sioule
À Châteauneuf-les-Bains, l’eau minérale a façonné tout un paysage thermal. Le secteur compte 22 sources recensées au XIXe siècle, partagées entre eaux de boisson et eaux de bain.
La source Lefort doit son nom au professeur Lefort, qui analysa les eaux en 1855. Elle est aujourd’hui l’un des rares bains thermaux aménagés en accès libre en Auvergne. Réaménagée en 1963, elle prend la forme d’un petit bassin en plein air, à quelques pas de la Sioule.
L’expérience du bain
La source Lefort ne ressemble pas à une source chaude sauvage. Le bassin est construit, très dessiné, presque architectural. Ce n’est donc pas un bain naturel au sens strict. Mais l’eau, elle, reste bien celle de la source : elle arrive en continu, sans être mélangée à une autre eau thermale, sans chauffage ni refroidissement artificiel. Elle traverse le bassin avec sa thermalité propre, puis rejoint la Sioule.
L’eau remonte par un tuyau dissimulé dans une colonne d’ascension hexagonale, surmontée d’une cloche de verre. En approchant l’oreille de la cloche, on entend nettement l’eau bouillonner. Ce bruit dit déjà quelque chose de la source : l’eau arrive gazeuse, chargée en CO₂.
Dans un bain chaud, ce CO₂ dissous peut favoriser la dilatation des petits vaisseaux de la peau et renforcer l’effet local sur la microcirculation cutanée. J’en parle aussi dans mon article sur les bienfaits du bain chaud.
Une légère odeur d’œuf pourri se perçoit aussi par moments. Elle reste discrète, mais rappelle que cette eau thermale n’est pas une simple eau chaude : elle arrive chargée, minérale, avec la signature propre de la source.
Dans le bain, l’eau tournait autour de 30 °C. Elle reste donc tiède : on profite davantage d’un bain thermal doux que d’un vrai bain chaud.
Le bassin est large, mais peu profond. Ici, on ne plonge pas : on s’allonge presque comme un crocodile.
La source du Grand Saladis : une mare pas comme les autres
Aux Martres-de-Veyre, le Grand Saladis change de nature. Ici, pas de bain tiède : on découvre une grande mare riche en minéraux, gazeuse et salée, dont l’eau reste autour de 20 à 22 °C.
L’eau bouillonne par endroits, comme poussée par une force intérieure.
Le site est protégé, classé Natura 2000. La salinité de l’eau favorise une flore rare à l’intérieur des terres, avec des plantes halophiles habituellement associées aux milieux littoraux. La baignade est donc interdite, et ce n’est pas plus mal : le lieu appartient aussi aux grenouilles.
Autrefois, ses eaux étaient réputées pour certaines affections de peau. Aujourd’hui, il faut surtout voir le site comme un lieu d’observation : une eau qui bulle, des dépôts minéraux, des herbes adaptées à la salinité, et tout un petit monde qui s’organise autour de la source.
Le Grand Saladis n’est pas un bassin à cocher, mais une mare d’eau minérale à regarder vivre.
Pour aller plus loin, je vous recommande mes deux articles complets : Sources du Saladis : l’étonnant bassin qui bouillonne et Sources de Sainte-Marguerite : le spectacle du geyser.
La source Croizat au Mont-Dore : le paradis interdit
Entre Le Mont-Dore et La Bourboule, le sentier des sources conduit à l’un des lieux les plus troublants de la vallée : la source Croizat.
Le Mont-Dore est une grande terre d’eaux thermales. La station abrite 13 sources, dont 8 exploitées par les Thermes. Mais la source Croizat occupe une place à part : elle se trouve sur le territoire du Mont-Dore, tout en appartenant à la commune de La Bourboule, qui l’a longtemps exploitée pour ses propres thermes.
Aujourd’hui, elle n’alimente plus les thermes de La Bourboule. Sur place, son eau rejoint deux bassins aménagés : le premier tourne autour de 38 °C, le second autour de 36 °C, avant de poursuivre sa course vers la Dordogne.
Toute la tension du lieu tient à cela : l’eau est chaude, visible, attirante… mais interdite. La baignade est interdite depuis 2016 par arrêté municipal, même si la source continue d’attirer les curieux.
Ce n’est donc pas un bain à recommander, mais une balade à faire les yeux ouverts. Pour comprendre toute l’histoire de ce site, je vous invite à lire mon article : Source Croizat : trésor oublié entre Mont-Dore et La Bourboule.
Chaudes-Aigues : la ville aux eaux brûlantes
À Chaudes-Aigues, le nom dit déjà l’essentiel. L’eau arrive brûlante, jusqu’à 82 °C à la source du Par, souvent présentée comme l’une des sources naturelles les plus chaudes d’Europe. La ville compte aussi 32 sources chaudes.
La réputation du lieu remonte loin. Vers 450, Sidoine Apollinaire est souvent cité parmi les premiers grands témoins des eaux de Chaudes-Aigues. Mais c’est surtout au XIVe siècle que la ville entre dans l’histoire : dès 1332, l’eau chaude sert à chauffer les maisons. C’est la naissance du premier réseau de chauffage urbain par géothermie au monde.
La source du Par : 82 °C au cœur du village
La source du Par est le cœur brûlant de Chaudes-Aigues. Elle arrive autour de 82 °C, avec un débit d’environ 300 litres par minute.
Autrefois, l’eau du Par ne servait pas seulement à chauffer des habitations. On l’utilisait aussi pour laver, travailler les peaux ou traiter la laine. Aujourd’hui, elle est surtout liée aux soins, au tourisme et au patrimoine. Elle participe à l’alimentation du centre thermal et thermoludique Caleden, réapparaît à plusieurs fontaines du village, et une partie de son énergie continue de chauffer certains lieux de la ville, comme l’église.
La source elle-même reste protégée derrière un double portillon métallique fermé. Impossible donc de s’en approcher directement. Mais son eau, elle, continue de circuler dans la ville par un réseau de canalisations.
À la fontaine du Par, toute proche, j’ai encore relevé une eau à 79,8 °C. Elle réapparaissait aussi à d’autres fontaines de Chaudes-Aigues : autour de 66 °C place du Marché, et autour de 64 °C place au Beurre.
C’est ce qui rend Chaudes-Aigues si particulière : une fontaine n’est pas forcément une source. La même eau brûlante peut naître au Par, circuler sous les rues, puis ressortir plus loin par plusieurs points d’eau.
Les sources de Saint-Nectaire
Saint-Nectaire n’est pas seulement le pays du fromage. C’est aussi une ville d’eaux. Dans l’étroite vallée du Fredet, les sources s’étendent sur plus de deux kilomètres, de Saint-Nectaire-le-Haut à Saint-Nectaire-le-Bas. On en recense près d’une quarantaine, avec des températures très différentes selon les émergences.
Leur point commun n’est donc pas la chaleur, mais la richesse minérale. Pour la mesurer, on peut comparer la minéralisation moyenne des eaux de Saint-Nectaire à celle d’autres grandes eaux de la région.
| Station | Minéralisation (g/L) |
|---|---|
| Saint-Nectaire | 7,51 |
| La Bourboule | 6,66 |
| Châteauneuf-les-Bains | 4,51 |
| Mont-Dore | 1,40 |
| Chaudes-Aigues | 0,81 |
Mais à Saint-Nectaire, la minéralité ne reste pas dans les chiffres. Elle se voit dans la matière. Deux sites permettent de comprendre ce que cette eau est capable de faire.
Dans les Grottes du Cornadore, l’eau minérale ramène à des temps anciens. Ces galeries humides conservent les traces d’anciens thermes romains.
L’eau ruisselle, dépose du calcaire, forme des concrétions et remplit de petits gours, ces vasques naturelles en gradins qui donnent au lieu sa signature visuelle.
Aux Fontaines Pétrifiantes, cette capacité devient un savoir-faire. Depuis 1821, l’eau riche en carbonate de calcium est utilisée pour créer des bas-reliefs et des objets en calcaire.
Le principe repose sur les échelles de pétrification : l’eau ruisselle en fine pluie sur des moules, dépose peu à peu sa calcite, puis transforme une forme fragile en objet minéral.
Pour découvrir les sources, les anciens thermes et le patrimoine thermal de la ville, vous pouvez lire mon article complet : Visiter Saint-Nectaire : circuit des sources, thermes et villas.
La Tête de Lion à Saint-Floret : le monstre de calcaire
Saint-Floret compte plusieurs sources minérales. Dans le bourg, la Font du bon Saint-Flour, aussi appelée source du Ventre, était réputée localement pour les troubles digestifs des enfants. Elle existe toujours, mais n’est plus vraiment accessible aujourd’hui.
À environ 2 km du village, la source de la Ribeyre, surnommée source de la Tête de Lion, a laissé une trace beaucoup plus visible. À l’émergence, l’eau reste modeste : elle sourd, s’étale en petite nappe ferrugineuse, puis s’écoule lentement.
En tendant l’oreille près de l’émergence, on peut entendre un léger gargouillement. Rien de spectaculaire, mais assez pour rappeler que l’eau circule encore sous la roche.
Mais ce qu’elle a construit au fil du temps impressionne davantage : une énorme concrétion de travertin, dont la forme évoque une gueule ouverte.
La source est discrète ; son œuvre, elle, ne l’est pas.
Ce n’est pas une source chaude : l’eau tourne autour de 15 °C. Son intérêt n’est donc pas le bain, mais sa charge minérale : une eau salée, ferrugineuse, gazeuse, capable de déposer du calcaire et du fer, puis de transformer lentement le paysage.
Comme au Saladis, la salinité favorise aussi une végétation particulière, avec des plantes halophiles habituellement associées aux milieux littoraux.
Ici, l’eau ne se contente pas de couler : elle dépose, colore et finit par donner une gueule au paysage.
Pour découvrir une autre forme minérale sculptée par l’eau, je vous invite aussi à lire mon article sur la fontaine pétrifiante de Réotier, dans les Hautes-Alpes.
Où dormir pour explorer les sources d'Auvergne ?
L’Auvergne est vaste, et les sources sont dispersées. Pour limiter les trajets, mieux vaut choisir un camp de base selon la zone que vous souhaitez explorer.
Secteur nord : Châteauneuf-les-Bains / Volvic
Un bon choix pour une Auvergne plus douce et verdoyante, avec un accès pratique à la source Lefort, aux gorges de la Sioule et aux vallées plus tranquilles.
Secteur central : Mont-Dore / La Bourboule / Saint-Nectaire
Le secteur le plus pratique pour rayonner. On y combine facilement sources minérales, grottes, patrimoine thermal, randonnées et grands paysages du Sancy. C’est aussi là que l’offre d’hébergement est la plus large.
Secteur sud : Chaudes-Aigues
Une option plus isolée, au plus près des eaux les plus chaudes du Cantal. L’ambiance y est plus sauvage, avec un vrai sentiment de bout du monde thermal.
→ Trouver un hébergement dans le Massif du Sancy et autour des grandes sources d’Auvergne.
La carte ci-dessous permet de comparer rapidement les emplacements, les prix et les disponibilités selon votre itinéraire.
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Fabrice



