Guide des sources chaudes et fontaines minérales en Auvergne
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 23 mars 2026
L’Auvergne est une terre de hauts plateaux, de vallées profondes et de volcans façonnés par le feu, l’eau et le temps. Mais ce relief ne se contente pas d’offrir de beaux paysages : il révèle aussi un sous-sol d’une richesse exceptionnelle. Héritée d’un passé volcanique puissant et d’une activité géothermique encore perceptible, cette complexité fait de l’Auvergne, avec les Pyrénées, l’une des régions de France les plus riches en eaux minérales.
Il ne faut pas s’y tromper : ces sources, qu’elles soient aujourd’hui captées, oubliées ou encore visibles dans la nature, ne sont pas des découvertes récentes. Presque toutes ont été connues, exploitées ou mises en valeur au fil du temps. Réputées dès l’Antiquité pour leurs vertus, elles ont connu leur âge d’or à la fin du XIXe siècle, lorsque l’eau minérale est devenue un véritable moteur du thermalisme et du bien-être.
Aujourd’hui, je vous emmène à la découverte de ces résurgences auvergnates, témoins d’une époque où l’eau était reine, depuis le bain atypique de la source Lefort jusqu’aux eaux brûlantes de Chaudes-Aigues.
AU SOMMAIRE :
Carte des sources chaudes et des eaux minérales en Auvergne
En Auvergne, la baignade libre dans une source chaude reste un privilège rare. Contrairement aux Pyrénées, où quelques sites sauvages existent encore, les vrais spots accessibles gratuitement se comptent ici sur les doigts d’une main. Et encore, faut-il que l’eau soit suffisamment chaude pour offrir une vraie expérience de bain.
Sur la carte ci-dessous, j’ai répertorié :
• Le spot de baignade : la source Lefort, qui reste le seul site réellement aménagé pour le bain.
• Les émergences naturelles : ces points où l’eau parvient encore à jaillir librement, parfois dans des décors étonnants, comme à Saint-Floret, lorsqu’elle n’est pas captée ou enfermée dans un établissement.
• Le patrimoine thermal oublié : anciennes buvettes, bâtiments d’embouteillage abandonnés et vestiges thermaux qui rappellent le passé industriel et médical de la région.
Note : d’autres points seront ajoutés au fil de mes explorations. Vous pouvez garder cette carte en favori.
La source Lefort à Châteauneuf-les-Bains : le seul bain aménagé en accès libre
À Châteauneuf-les-Bains, l’histoire de l’eau est partout. Pas moins de 22 sources y ont été recensées et exploitées. Si l’établissement thermal payant se trouve au nord du village, dans la vallée encaissée, la nature offre aussi une alternative libre d’accès, à quelques centaines de mètres de là.
L’expérience du bain
La source Lefort ne ressemble pas à une source chaude sauvage, mais à un bassin aménagé en 1963, au dessin très architectural. C’est précisément ce qui l’éloigne du bain naturel. En revanche, son grand intérêt est d’être alimenté en continu par la source, avec une eau thermale qui se renouvelle sans arrêt.
L’ensemble dégage une impression de robustesse étonnante. L’eau remonte par un tuyau dissimulé dans une colonne d’ascension hexagonale, surmontée d’une cloche de verre, avant de se déverser dans le bassin puis de rejoindre la Sioule, juste en contrebas.
Tendez l’oreille vers la cloche : ça bouillonne. Ce bruit singulier vient de la richesse de l’eau en gaz carbonique.
- Le gaz bienfaisant : ce CO₂ dissous fait partie de l’intérêt du bain. Il accompagne l’action de l’eau sur la peau et la circulation. J’en parle plus en détail dans mon article sur les bienfaits du bain chaud. En milieu clos, ce gaz pourrait devenir gênant, mais ici, en plein air, il ne pose pas de problème.
- L’odeur : on retrouve aussi cette note d’œuf pourri, caractéristique des eaux soufrées, traditionnellement appréciée pour accompagner le confort des voies respiratoires.
Côté température, j’ai relevé environ 32 °C à la sortie de la source, puis autour de 30 °C dans le bain. L’eau est donc tiède, mais reste agréable. Le principal bémol vient plutôt de la faible profondeur du bassin, qui oblige à trouver une position un peu inconfortable pour s’immerger complètement.
Note technique : le débit de la source a varié au fil du temps. Lors du premier captage, en 1889, il était environ trois fois plus élevé. Il a ensuite diminué sous l’effet des forages réalisés pour les thermes voisins, preuve que, sous terre, les griffons communiquent entre eux.
La source du Grand Saladis : une mare pas comme les autres
Aux Martres-de-Veyre, le décor change complètement. Ici, on découvre le Grand Saladis, une vaste mare minérale à l’allure presque énigmatique, dont l’eau avoisine les 22 °C. Au premier regard, on pourrait croire à un simple bassin, mais il s’agit en réalité d’un site géologique singulier, classé Natura 2000.
La salinité de l’eau a favorisé le développement d’un écosystème très particulier. En observant bien la végétation autour du bassin, on remarque la présence de plantes halophiles, c’est-à-dire des plantes qui aiment le sel, habituellement associées aux milieux littoraux. Une vraie curiosité en plein Massif central.
- Peut-on se s’y baigner ? Non. La baignade dans le grand bassin est interdite afin de préserver les berges fragiles et les aménagements récents du site. De toute façon, la température reste modérée, et le lieu est aussi devenu le territoire des grenouilles.
- L’alternative : juste à côté, la source du Petit Saladis est canalisée en fontaine. Les habitants du secteur lui prêtent depuis longtemps des vertus pour améliorer l’aspect des peaux sensibles.
Pour aller plus loin, je vous recommande de lire mon article complet Sources du Saladis : l’étonnant bassin qui bouillonne ainsi que celui consacré au site voisin : Sources de Sainte-Marguerite : le spectacle du geyser.
La source Croizat au Mont-Dore : le paradis interdit
La route qui relie Clermont-Ferrand au Mont-Dore compte parmi les plus belles d’Auvergne, traversant de superbes paysages boisés.
Le Mont-Dore est une grande terre d’eaux : pas moins de 13 sources thermales y ont été recensées sur la commune, dont 8 exploitées par les thermes du Mont-Dore.
Mais celle qui nous intéresse ici se trouve elle aussi au Mont-Dore, à environ 3 kilomètres du centre, le long du sentier des sources. Il s’agit de la source Croizat. Bien qu’elle se trouve sur le territoire du Mont-Dore, la source Croizat dépend des thermes de La Bourboule, lesquels appartiennent aujourd’hui à la commune de La Bourboule. Elle n’est toutefois plus exploitée. Son eau s’écoule naturellement autour de 39 °C dans le bassin supérieur, soit une véritable température de bain chaud.
Mise en garde : depuis 2016, un arrêté municipal interdit officiellement la baignade, même si le lieu continue d’attirer des visiteurs et quelques curieux. Même sans s’y tremper, le site reste une très belle destination de balade. Pour découvrir toute l’histoire de ce lieu, je vous invite à lire mon article Source Croizat : trésor oublié entre Mont-Dore et La Bourboule.
Chaudes-Aigues : la ville aux eaux brûlantes
Chaudes-Aigues occupe une place à part dans le thermalisme français. Ici, l’eau surgit à des températures exceptionnelles, comprises entre 40 °C et 82 °C. Depuis l’Antiquité, ces sources façonnent l’histoire de la ville. Vers l’an 450, Sidoine Apollinaire vantait déjà leurs mérites. Les thermes romains furent ensuite détruits, la ville ravagée à plusieurs reprises, notamment au XVIe siècle, mais les sources, elles, n’ont jamais cessé de jaillir.
Aujourd’hui encore, 32 sources ont été recensées dans la commune. Beaucoup émergent directement dans des propriétés privées, au point qu’il n’est pas rare qu’une maison dispose de sa propre source en sous-sol.
La Source du Par : record de France
C’est la plus célèbre de toutes. Avec une température de 82 °C, la source du Par est la plus chaude de France. Elle est aussi connue pour avoir alimenté le premier réseau de chauffage urbain au monde.
Aujourd’hui, son rôle a évolué. Depuis 2010, la source du Par alimente en priorité le nouvel établissement thermal et l’espace thermoludique. Elle n’a donc plus la même fonction qu’autrefois dans le chauffage de la ville, même si une partie de son eau sert encore à chauffer l’église.
- Derrière le portillon : l’eau est littéralement brûlante. Mais il est impossible de s’en approcher, la source étant protégée par un double portillon métallique fermé par un cadenas.
- Où en profiter ? La source alimente la fontaine du Par, située à quelques mètres, avec un débit d’environ 300 litres par minute. L’eau y arrive presque à la même température : prudence absolue.
- Autres points chauds : d’autres fontaines de la ville sont alimentées par cette même source, notamment place du Marché (66 °C) et place au Beurre (64 °C).
Les sources de Saint-Nectaire
Saint-Nectaire n’est pas seulement le pays du fromage : c’est aussi celui des eaux minérales. Sur à peine deux kilomètres, on recense près d’une quarantaine de sources. La plupart sont tièdes, mais toutes partagent une même caractéristique : une très forte richesse en sels minéraux.
C’est ici que l’on trouve les eaux les plus minéralisées d’Auvergne. Pour mesurer cette puissance invisible, il suffit de comparer leur concentration minérale à celle d’autres grandes stations de la région :
| Station | Minéralisation (g/L) |
|---|---|
| Saint-Nectaire | 7,51 |
| La Bourboule | 6,66 |
| Châteauneuf-les-Bains | 4,51 |
| Mont-Dore | 1,40 |
| Chaudes-Aigues | 0,81 |
Mais cette richesse minérale ne se contente pas de nourrir la réputation de la station : elle transforme aussi la matière. Depuis des siècles, l’homme a appris à tirer parti de cette eau pour façonner des lieux et des objets uniques. Deux sites emblématiques permettent d’entrer dans cet univers souterrain.
Les Grottes du Cornadore : ici, c’est un voyage dans le temps. Dans ces galeries humides, l’eau tiède, autour de 20 °C, a permis aux Romains d’aménager de véritables thermes il y a près de 2 000 ans. On y découvre des salles où l’eau minérale ruisselle du plafond, remplit des vasques naturelles et façonne des gours dans une atmosphère presque intacte.
Les Fontaines Pétrifiantes : ici, la géologie devient un art. Fondé en 1818 par Jean Serre, ce site unique utilise une eau plus chaude pour créer des bas-reliefs et des objets en calcaire. Grâce aux étonnantes échelles de pétrification, l’eau ruisselle en fine pluie sur des moules et y dépose peu à peu ses cristaux de calcite, jusqu’à former de la pierre en quelques mois. Voir l’eau “bâtir” des objets sous ses yeux reste l’une des expériences les plus fascinantes de Saint-Nectaire.
Pour découvrir ce lieu plus en détail, vous pouvez lire mon article complet : Visiter Saint-Nectaire : circuit des sources, thermes et villas.
La Tête de Lion à Saint-Floret : le monstre de calcaire
Saint-Floret possédait autrefois la Source du ventre, une eau traditionnellement réputée pour accompagner le confort gastrique des enfants, mais elle n’est malheureusement plus accessible aujourd’hui. Heureusement, la vallée abrite une autre curiosité géologique spectaculaire : la Source de la Tête de Lion, aussi appelée source de la Ribeyre.
Située à environ 2 km du bourg, cette source a sculpté au fil des siècles un immense bloc de travertin qui évoque une gueule de lion ouverte. L’ensemble est massif, brut, presque déroutant, et contraste fortement avec la nature plus douce qui l’entoure.
- L’expérience sensorielle : en collant l’oreille au sol près de l’émergence, on entend la terre gargouiller. L’eau s’échappe en un filet très chargé en gaz, ce qui renforce encore l’impression que le sol est vivant.
- Température : autour de 15 °C. Ce n’est pas une source chaude, mais c’est une source intensément active.
- Le goût : l’eau est salée et ferrugineuse, ce qui explique aussi les teintes rouges et rouille visibles sur la pierre.
- Botanique : comme au Saladis, la salinité favorise la présence de plantes halophiles, normalement associées aux milieux littoraux.
Pour découvrir une autre “gueule de monstre” sculptée par l’eau, je vous invite à lire aussi mon article sur la fontaine pétrifiante de Réotier, dans les Hautes-Alpes.
Où dormir pour explorer les sources d'Auvergne ?
L’Auvergne est vaste, et les sources y sont dispersées. Pour éviter de passer votre séjour sur la route, le plus simple est de choisir un camp de base selon la zone que vous souhaitez explorer.
- Secteur nord (Châteauneuf / Volvic) : une bonne option si vous recherchez une Auvergne plus douce, plus verdoyante, avec un accès pratique à la source Lefort et aux vallées tranquilles.
- Secteur central (Mont-Dore / La Bourboule / Saint-Nectaire) : le cœur le plus pratique pour rayonner. On y combine facilement randonnée, grottes, sources minérales et grands paysages du Sancy, avec l’offre d’hébergement la plus riche.
- Secteur sud (Chaudes-Aigues) : le bon choix si vous recherchez une ambiance plus sauvage, plus isolée, au plus près des eaux les plus chaudes du Cantal.
Trouver un hébergement dans le Massif du Sancy et autour des grandes sources d’Auvergne
La carte interactive ci-dessous vous permet de comparer les emplacements, les prix et les villages selon votre itinéraire.
Conclusion : l'Auvergne, terre de puissance
Au-delà de l’image paisible des volcans éteints, les sources d’Auvergne rappellent une réalité beaucoup plus vivante : le sous-sol travaille encore. Qu’il s’agisse du bain à la source Lefort, des eaux brûlantes de Chaudes-Aigues ou des émergences minérales plus discrètes, tous ces lieux racontent à leur manière la force géologique toujours présente sous nos pieds.
Ce qui rend ces sources si fascinantes, c’est justement ce lien direct entre paysage, eau et profondeur. Certaines sont libres d’accès, d’autres seulement visibles, mais toutes témoignent d’une activité géologique encore perceptible et d’un patrimoine minéral exceptionnel.
Profitez de ce guide pour partir à leur découverte, mais en gardant toujours à l’esprit leur fragilité. Respecter ces lieux, c’est permettre à cette part cachée de l’Auvergne de continuer à se révéler, discrètement, à ceux qui prennent le temps de l’explorer.
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Fabrice


