Visiter Saint-Nectaire : circuit des sources, thermes et villas
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 30 août 2026
Saint-Nectaire ne se résume pas à son célèbre fromage ni à son église romane. Cette petite vallée encaissée et verdoyante du Puy-de-Dôme repose sur une grande faille géologique, suivie en partie par le Courançon. C’est ce sous-sol fracturé qui explique en grande partie la richesse en sources minérales du site.
Sur à peine deux kilomètres, une cinquantaine de sources ont été recensées. Elles émergent près de la rivière, dans des grottes, mais aussi sous ou près de villas bourgeoises toujours habitées.
Aujourd’hui assoupi, Saint-Nectaire a lui aussi été gagné par la fièvre thermale du XIXe siècle, au point de compter trois grands établissements de bains. Il en reste des traces très concrètes : anciens établissements thermaux, griffons oubliés, grottes aménagées et dépôts minéraux. Autant de traces qui invitent à regarder Saint-Nectaire autrement, comme un village où l’eau a longtemps compté.
AU SOMMAIRE :
Comprendre le sous-sol : le voyage de l'eau
Avant de goûter ou d’observer ces eaux, il faut comprendre leur origine. Pourquoi sont-elles chaudes et si minéralisées ? Tout commence avec l’infiltration des eaux de pluie dans les reliefs environnants. Peu à peu, elles s’enfoncent dans les fractures du sous-sol et descendent en profondeur. Là, au contact des roches marquées par l’histoire volcanique de l’Auvergne, elles se réchauffent.
Sous l’effet de la chaleur, de la pression et des échanges avec la roche, l’eau se charge progressivement en gaz carbonique, en fer, en lithium et en bicarbonates. Puis, guidée par la grande faille de Saint-Nectaire, elle remonte vers la surface et réapparaît sous nos pieds, chargée des gaz et des minéraux accumulés pendant ce long voyage souterrain.
Particularité des eaux : une minéralisation record
À Saint-Nectaire, les eaux se distinguent d’abord par leur forte minéralisation, qui peut atteindre 9 g/l selon les émergences. Elles ne présentent pas toutes le même profil : certaines sont froides, d’autres chaudes, avec des températures très différentes selon les sources.
Leur point commun reste leur richesse en bicarbonates, en gaz carbonique et en sels alcalins. Dès le début du XIXe siècle, des chimistes comme Boullay soulignent déjà la force de cette composition. Saint-Nectaire se démarque alors du Mont-Dore ou de Vichy par des eaux particulièrement chargées.
À l’époque, cette composition explique en partie leur usage dans les cures, notamment pour les rhumatismes chroniques et les affections articulaires.
Le secteur du Mont-Cornadore
La source Pradinat
Près des grottes de Châteauneuf, la source Pradinat se découvre sans effet spectaculaire : pas de grand bassin, mais une simple flaque teintée de rouille et un captage en pierre encore visible. L’eau est froide, autour de 14 °C, mais elle donne immédiatement le ton : à Saint-Nectaire, le sous-sol semble littéralement transpirer le fer.
Les Bains du Mont-Cornadore
La colline du Mont-Cornadore, sur laquelle se dressent Saint-Nectaire-le-Haut et son église romane, a donné son nom aux bains établis à ses pieds, en contrebas.
On y trouve l’un des établissements thermaux les plus emblématiques de la station. L’histoire commence en 1832, lorsque M. Serre et le Dr Vernière font construire les premiers bains, cinq ans après la découverte de la source principale. En 1865, M. Mandon devient propriétaire du site. Comme souvent au XIXe siècle, l’établissement est bâti au plus près des émergences, presque directement sur les sources.
L’ensemble formait un petit univers thermal à part entière. À gauche se trouvait un ancien hôtel, adossé à une muraille de rochers ; à droite, les thermes. Les deux bâtiments étaient reliés par une galerie. Cette époque voit aussi fleurir un véritable urbanisme thermal, mêlant hôtels, casinos, kiosques, villas et établissements de bains dans un foisonnement de styles. En 1873, l’architecte Bruyerres ajoute au bâtiment un fronton triangulaire et un grand hall surmonté d’une verrière, aujourd’hui protégés.
Sous le bâtiment même se trouvait le captage de la source du Mont-Cornadore, l’une des principales ressources de l’établissement.
Avec une température à l’émergence d’environ 39 °C et un débit de 52 l/min, cette eau sulfureuse dégage une odeur caractéristique d’œuf pourri.
Son eau était recueillie puis distribuée vers les bains et la buvette. Une conduite en plomb permettait notamment de l’acheminer jusqu’à la buvette, un mode de distribution courant dans les établissements thermaux du XIXe siècle.
D’autres sources étaient également exploitées autour de l’établissement :
- La Source Intermittente, à environ 25 °C, était captée dans un ouvrage situé à une vingtaine de mètres de la buvette, qu’elle alimentait par une conduite.
- La Source du Parc, située à proximité de l’ancien Hôtel du Mont-Cornadore, était elle aussi captée et acheminée jusqu’à la buvette par une conduite en plomb. Une pollution bactériologique y est notamment constatée en 2002 ; son captage a depuis été abandonné.
Les archives mentionnent également une Source du Rocher, découverte lors des travaux de l’hôtel. Rien ne permet toutefois d’établir qu’elle ait été raccordée aux installations thermales.
La source Morange : une eau à part
À environ 450 mètres des bains, un petit pavillon au toit de zinc, typique de l’architecture thermale de la fin du XIXe siècle, abrite la source Morange.
Autrefois, l’accès était payant et fermé à clé. Boire à cette source n’avait rien d’un geste anodin : l’eau se consommait dans un cadre médicalisé, et chaque verre était facturé quelques centimes.
Aujourd’hui, l’accès est libre, et le pavillon a été restauré grâce à l’association de sauvegarde du patrimoine.
Même accessible, la source Morange reste une eau brute, non contrôlée pour la consommation. Historiquement, elle était utilisée dans le traitement des surcharges pondérales.
Je l’ai goûtée avec prudence : elle m’a paru salée, ferrugineuse et naturellement pétillante. L’attaque en bouche est vive, acidulée par le gaz carbonique, avant de laisser un goût métallique caractéristique. Plus qu’une simple curiosité, cette source donne une idée très concrète de ce que pouvaient être les anciennes cures de boisson à Saint-Nectaire.
Les Grottes du Cornadore : voyage au centre de la terre
Visite payante : pensez à consulter le site officiel pour vérifier les conditions de visite.
C’est un véritable labyrinthe minéral. On s’y enfonce casque sur la tête, entouré de suintements d’eaux tièdes, autour de 23 à 25 °C, et très minéralisées. En observant les parois, on comprend vite que la grotte n’a rien d’un décor figé : concrétions colorées, dépôts glissants et ruissellements témoignent d’une activité minérale toujours bien présente.
Le caldarium romain
On y découvre les vestiges de baignoires romaines, qui rappellent l’ancien usage thermal du lieu.
Mais il faut se garder d’imaginer un bain romain confortable au sens moderne du terme. L’eau de la grotte, naturellement tiède, ne suffisait pas à elle seule : elle devait être réchauffée artificiellement, notamment à l’aide de pierres chauffées plongées dans les bassins pour atteindre une température plus élevée.
L’atmosphère devait alors être lourde, humide, presque oppressante, très loin de l’image apaisée que l’on associe aujourd’hui au bien-être thermal. Ces bains auraient notamment servi à traiter les blessures des soldats romains et à accompagner la récupération des corps, dans des conditions bien plus brutes qu’aujourd’hui.
Le privilège géologique derrière le confort thermal
À la Belle Époque, avant les forages profonds et les installations techniques du centre Lignerat, l’un des grands avantages de Saint-Nectaire venait directement de son sous-sol : sur un espace très réduit coexistaient des eaux minérales naturellement froides, tièdes et chaudes.
Les principaux établissements disposaient de sources suffisamment chaudes pour les bains : autour de 40 °C au Mont-Cornadore, 37 à 38 °C au Gros-Bouillon des Bains Romains, et plus de 40 °C pour certaines sources du secteur Boëtte–Saint-Cézaire. Mais Saint-Nectaire possédait aussi de nombreuses eaux moins chaudes. Cette diversité permettait de jouer sur leur température sans avoir systématiquement recours au chauffage artificiel ou à un long refroidissement, comme cela pouvait être nécessaire dans d’autres stations. Des mélanges entre sources de températures différentes sont d’ailleurs documentés.
Dans plusieurs installations, les curistes pouvaient ainsi prendre ce que les documents de l’époque appelaient des bains en eau courante : l’eau minérale arrivait continuellement jusqu’à la baignoire au lieu de constituer simplement un volume d’eau préparé puis laissé en place. Au Mont-Cornadore, une description médicale ancienne souligne même que le service des bains pouvait fonctionner sans pompe ni chauffage artificiel, grâce à l’arrivée naturelle des eaux depuis les griffons.
Cela ne signifie pas que l’eau arrivait au baigneur sans intervention humaine. Les sources étaient déjà captées, canalisées et distribuées dans les établissements, et certaines étaient mélangées pour obtenir les conditions recherchées. Le bain en eau courante conservait donc un renouvellement permanent de l’eau, mais il constituait déjà une première rupture avec la source dans son milieu naturel.
Car une source ne se résume pas à son eau. Dans son environnement d’origine, elle est en contact avec la roche, les dépôts minéraux, les sédiments et toute la vie microscopique qui s’y développe. Une fois captée puis conduite jusqu’à une baignoire ou un bassin, une partie de ces interactions disparaît. Pour approfondir ce point, je vous invite à lire mon article : Source chaude : son sol abrite un microbiote vital.
Cette transformation ne commence d’ailleurs pas avec le thermalisme moderne. Dès l’Antiquité, les Romains canalisaient l’eau et aménageaient des espaces de bains. Le XIXe siècle a considérablement développé cette logique : captages, conduites, réservoirs, baignoires et réseaux de distribution permettent de mieux maîtriser l’eau et d’améliorer le confort du baigneur, mais l’éloignent progressivement des conditions dans lesquelles elle émerge naturellement.
À Saint-Nectaire, cette évolution ira beaucoup plus loin à la fin du XXe siècle, lorsque les anciennes sources ne suffiront plus et que l’on cherchera davantage d’eau par forage. Captage profond, transport, mélange et stockage remplaceront alors le fonctionnement beaucoup plus direct des anciens bains en eau courante.
Saint-Nectaire rejoint ainsi tardivement un modèle que de nombreuses stations thermales avaient déjà adopté dès le XIXe siècle : celui d’une eau captée, conduite et préparée avant d’arriver jusqu’au baigneur.
Jeu de piste : les sources oubliées
Saint-Nectaire est parsemé de griffons plus ou moins visibles. Certains affleurent au bord d’un chemin ou près d’un bâtiment ; d’autres se devinent à peine, sous une coulée minérale ou une trace de rouille.
La Source Giraudon
Dissimulée dans les ronces qui bordent la rue Morange, la source Giraudon fut longtemps exploitée. Son utilisation pour les soins est suspendue en 2001 à la suite d’une contamination bactérienne. Son histoire raconte une lutte constante contre les infiltrations, dans un sous-sol où la qualité de l’eau pouvait rapidement être compromise.
La source Edmond & l'art de la pétrification
Saint-Nectaire est célèbre pour ses fontaines pétrifiantes. Dans ces fontaines, l’eau, très chargée en calcaire dissous, dépose peu à peu sa matière minérale lorsqu’elle perd son gaz carbonique. C’est ce phénomène qui permet de recouvrir les objets d’une croûte de pierre en quelques mois seulement.
La source Edmond alimente la plus spectaculaire échelle de pétrification de Saint-Nectaire. On y voit littéralement l’eau bâtir la matière, couche après couche.
La source Gubler
La source Gubler n’a rien de monumental : une simple ouverture dans la roche, dissimulée derrière un mur. Elle fut fermée en 1936 pour cause de contamination bactérienne.
Cette distinction a son importance. Une contamination liée aux infiltrations ou aux activités humaines n’a rien à voir avec la vie microscopique naturellement présente dans les eaux profondes. Les micro-organismes indigènes appartiennent au milieu de la source : ils ne relèvent pas d’une pollution, mais témoignent d’un écosystème souterrain vivant.
La source de la Voûte
Face à la poste, de l’autre côté de la route, la grotte n’est qu’à une dizaine de mètres. L’accès reste pourtant piégeux : le sol, recouvert d’eau et d’herbes, dissimule des creux plus profonds où l’on peut s’enfoncer jusqu’aux genoux.
Devant la source, on découvre une eau opaque, d’un bleu laiteux très marqué, retenue sous une voûte rocheuse humide. Dommage qu’elle ne soit qu’autour de 20 °C : avec cette couleur, on aurait presque envie de s’y immerger.
Le marais salé
Le sol y est si chargé en sel qu’une flore de bord de mer pousse en plein cœur de l’Auvergne. Plantain maritime, glaux et autres espèces halophiles composent un paysage botanique inattendu, directement lié aux sources minérales.
Classé Natura 2000, ce petit marais salé rappelle que l’eau de Saint-Nectaire ne marque pas seulement les pierres et les anciens thermes : elle transforme aussi les sols et la végétation.
Sur la route de Sapchat : les eaux de villégiature
En quittant le cœur du village pour rejoindre la route de Sapchat, l’histoire thermale devient plus discrète. Les sources ne sont plus liées aux grands établissements : elles se cachent derrière un mur, au fond d’un jardin abandonné ou dans un petit bois en surplomb de la route.
Les sources Bélonie : le jardin oublié
Au pied du Puy d’Eraigne, entre granite et volcanisme, un jardin aujourd’hui délaissé borde l’ancien Hôtel de l’Ermitage. C’est là que jaillissent les trois sources Bélonie : Sainte-Marie, André et Bauger. Dans une station thermale, toutes les eaux ne sont pas destinées au bain chaud : les Bélonie sont des sources froides, autour de 12 à 15 °C.
Jusqu’en 1958, on venait encore boire cette eau bicarbonatée sodique à une fontaine aménagée. Elle passait pour l’une des plus agréables au goût de toute la station, une sorte de limonade naturelle, avec cette touche ferrugineuse si typique. Aujourd’hui, l’une des sources apparaît dans l’ombre d’une petite grotte, tandis que les autres murmurent encore dans les herbes folles.
La source Rouge : trafics et salon de thé
C’est sans doute la source à l’histoire la plus pittoresque de Saint-Nectaire. Située à l’angle de la route de Sapchat, elle doit son nom aux dépôts d’ocre rouge qu’elle laisse sur son passage.
Son propriétaire, M. Versepuy, gendre du célèbre M. Mandon, avait bien compris le potentiel du lieu : il fit aménager un élégant pavillon pour la buvette. À proximité se trouvaient également un salon de thé et la chocolaterie La Marquise de Sévigné, installés dans un bâtiment distinct. À la Belle Époque, l’ensemble formait un petit lieu de rendez-vous pour les curistes.
Mais la source Rouge a aussi nourri une petite histoire de débrouille. L’accès à la buvette était payant et protégé par une grille en fer. Pour les visiteurs mondains, quelques centimes faisaient partie du rituel. Pour des curistes plus modestes, ou des malades venus chercher cette eau précise, la dépense n’avait pas le même sens. Certains auraient alors imaginé un système simple et ingénieux : attacher un gobelet au bout d’un long bâton, le passer entre les barreaux de la grille et recueillir l’eau au point de sortie.
Le lieu raconte aussi une autre évolution, plus discrète : celle de la médecine thermale. Dans le sillage des pratiques codifiées à Vichy par le Dr Dumas, l’eau minérale ne se buvait plus au hasard : elle se prescrivait, se mesurait, se vendait. Les curistes utilisaient des verres gradués pour absorber des quantités précisément mesurées.
Même si rien ne prouve que ce protocole ait été appliqué tel quel à la source Rouge, l’esprit est bien là : l’accès était payant, protégé par une grille, et l’eau devenait une dose. À environ 21 à 23 °C selon les relevés, gazeuse et salée, elle n’était plus seulement une eau de source, mais un produit médicalisé autant qu’un commerce.
Une eau protégée par une grille, accessible contre paiement et pensée comme une dose : voilà aussi ce que raconte la source Rouge.
Les sources Léon et Eulalie
Un peu plus loin sur la route de Sapchat, face à la longue clôture de l’Hôtel du Parc, les sources Léon et Eulalie se trouvent dans le bois, en surplomb de la route. La galerie de Léon se rejoint en s’écartant du bord de route, puis en remontant sous les arbres. Celle d’Eulalie se situe plus à droite, à quelques dizaines de mètres, dans le même secteur, mais elle est plus difficile à repérer.
Leur accès est aujourd’hui rendu difficile par la végétation, mais elles témoignent d’une évolution intéressante.
En 1924, la source Léon était mesurée à 28 °C et Eulalie à 30 °C. En 2003, Léon n’atteignait plus que 17,5 °C, soit une baisse de plus de 10 °C.
Elles ne sont pourtant pas totalement oubliées. Leurs eaux continuent d’être canalisées vers un petit établissement situé en contrebas, au bord de la route, où elles servent encore de matière première à l’art de la pétrification.
L'héritage vivant : les Fontaines Pétrifiantes
Aux Fontaines Pétrifiantes, l’eau continue de travailler. La grande époque thermale appartient au passé, mais le lieu prolonge un savoir-faire ancien, fondé sur la richesse minérale de ses sources. Peu à peu, l’eau recouvre objets et moules d’une couche de calcaire, jusqu’à leur donner l’apparence de la pierre.
La visite est payante, mais elle permet d’entrer au cœur du site et de comprendre concrètement ce phénomène. Dans les galeries creusées dans le granite, un bassin laisse voir l’eau thermale, à environ 37 °C, bouillonner sous l’effet du gaz carbonique.
L'ère industrielle : le Centre Thermadore
Dans les années 1970, Saint-Nectaire tente de relancer son activité thermale avec la construction d’un nouvel établissement, le centre Lignerat, inauguré en 1978.
Mais les anciennes sources ne suffisent plus à l’alimenter. En 1981-1982, une campagne de forages profonds est alors lancée pour obtenir davantage d’eau, mais aussi une eau plus chaude. Trois nouveaux forages sont réalisés : Charles, Say et Sans-Souci.
Mais cette modernisation marque aussi une rupture. Le thermalisme s’industrialise : captages profonds, mélange des eaux, transport par canalisations et stockage en cuves. Le confort progresse, mais cette organisation met aussi fin au traditionnel bain en eau courante et éloigne encore un peu plus le curiste de la source brute.
L’établissement Lignerat ferme définitivement en 2004, marquant la fin du thermalisme médical à Saint-Nectaire.
L’anecdote du geyser
En novembre 1981, le forage Charles se transforme en véritable geyser : sous la pression du gaz carbonique, l’eau jaillit jusqu’à une cinquantaine de mètres de hauteur toutes les 8 à 10 minutes. Le phénomène dure près de trois jours et réapparaît brièvement en janvier 1982.
Mais les effets du forage ne s’arrêtent pas avec le geyser. Les sources Papon voient leur débit chuter de plus de moitié, passant d’environ 42 L/min avant les travaux à moins de 20 L/min en avril 1982.
Archéologie urbaine : les villas des médecins
À la Belle Époque, le médecin thermal n’était pas un praticien ordinaire. C’était souvent un notable influent, qui possédait sa villa… et parfois même sa propre source privée. À Saint-Nectaire-le-Bas, plusieurs demeures rappellent encore ce lien entre médecine, architecture et eau minérale.
La Villa du docteur Porge
D’après le propriétaire actuel, deux sources ferrugineuses existaient autrefois dans la propriété. Leurs anciens captages sont aujourd’hui comblés.
Un écoulement reste visible à l’extérieur, au pied du mur d’enceinte. À l’intérieur de la propriété, on distingue également une petite tête de lion sculptée.
La Villa du prince Orloff et la source des Dames
Cette grande résidence conserve quelque chose du faste d’autrefois, même si son petit parc princier a aujourd’hui disparu. De cet ensemble, il ne subsiste qu’un vestige discret, situé à droite de la villa, derrière une haie et une clôture : la source des Dames.
Le spectacle est aujourd’hui assez triste. Cette source intermittente gît à l’abandon, en partie recouverte de déchets. Son faible débit n’en faisait pas une source majeure par l’abondance, mais sa composition la distinguait nettement des autres eaux de Saint-Nectaire : elle était réputée pour présenter la plus forte teneur en arsenic de la station.
La villa du docteur Sérane
Située juste à gauche de la Villa Russe, cette demeure pittoresque construite vers 1890 témoigne de l’organisation thermale d’autrefois. Propriété du docteur Sérane, elle rappelle le rôle central du médecin dans le parcours des curistes : avant de prendre les eaux, il fallait d’abord obtenir une ordonnance, puis réserver son horaire et son numéro de baignoire à l’établissement thermal.
L’eau est toujours présente autour de la villa. Deux points de sortie laissent encore s’écouler une eau ferrugineuse autour de 15 °C, guidée par d’anciennes canalisations en pierre. Quant au griffon originel, il reste tapi quelque part entre l’intérieur de la villa et son jardin.
La villa du Dolmen, ou villa du docteur Roux
Voisine de la villa Sérane, sur sa gauche, cette demeure construite vers 1890 garde la mémoire d’une figure locale importante : le docteur Roux. Médecin influent du XXe siècle, il a aussi marqué durablement la commune en tant que maire de 1945 à 1965, au point de donner son nom à l’avenue qui relie les deux parties de Saint-Nectaire.
La source associée à la villa, aménagée à la fin du XIXe siècle, se devine derrière une grille en fer forgé. Aujourd’hui abandonnée, elle abrite, au-delà d’un mur de pierre, une petite cavité remplie d’une eau minérale rouge sang, colorée par l’oxydation du fer.
D’un point de vue chimique, le contraste est remarquable : dans l’analyse de 1897, c’est la plus ferrugineuse des sources comparées, tout en étant celle dont la minéralisation globale est la plus faible.
Les villas médicales de Saint-Nectaire-le-Haut
Ce modèle du médecin-propriétaire ne se limitait pas au quartier thermal du bas. À Saint-Nectaire-le-Haut, on retrouve la même association entre demeure privée, statut médical et eau minérale.
Là aussi, des villas dissimulent leurs propres griffons, captés sous les bâtiments ou dans les jardins.
Les Grands Thermes, aujourd'hui Office de Tourisme
Les anciens Grands Thermes abritent aujourd’hui l’Office de Tourisme. Avec un peu de chance, il est possible de voir la salle du rez-de-chaussée, où l’eau reste encore présente. Dès l’ouverture de la porte, l’odeur de soufre se fait sentir.
Les captages des sources Boëtte et Saint-Cézaire se trouvent dans le sous-sol du bâtiment. Une partie de l’écoulement réapparaît dans la salle, assez pour observer les dépôts colorés, les travertins ocres et rouges, et le parcours visible de cette eau minérale.
Mais l’essentiel du débit ne remonte pas à l’air libre. Il emprunte une galerie souterraine avant de rejoindre directement le Courançon, sans passer par la surface.
Le problème du plomb : au XIXe siècle, l’eau était acheminée par des canalisations en plomb. Aujourd’hui, les installations thermales modernes privilégient des matériaux plus stables et plus résistants, comme l’acier inoxydable ou certains plastiques techniques, notamment le PEHD.
Les Bains Romains, actuel Hôtel Mercure
Face aux Grands Thermes se dresse un autre bâtiment majeur : les Bains Romains. Au XIXe siècle, ce nom servait déjà d’argument pour rappeler les origines antiques du thermalisme local. Aujourd’hui reconverti en Hôtel Mercure, l’édifice a perdu sa fonction de soins pour devenir un lieu d’hôtellerie.
La trace thermale reste pourtant bien présente. Dans les couloirs, on peut encore découvrir la source du Gros-Bouillon. Enfermée dans une vitrine, elle est désormais isolée pour éviter que son odeur caractéristique d’œuf pourri, liée au sulfure d’hydrogène, n’incommode la clientèle.
Éclairée par le bas, elle offre toujours le spectacle qui lui a valu son nom : un bouillonnement intense, provoqué par sa richesse en gaz carbonique. Même si le captage réel se trouve dans les soubassements, cette mise en scène permet encore d’observer la force de l’eau, devenue aujourd’hui un élément de décor dans le calme feutré de l’établissement.
Où dormir au cœur du patrimoine thermal
À Saint-Nectaire, certains hébergements ne sont pas de simples points de chute. Ils occupent d’anciens bâtiments liés à l’histoire thermale de la station.
Dormir dans ces lieux permet de prolonger la visite autrement, au contact de l’architecture Belle Époque, des anciens établissements et des traces laissées par les eaux.
L’Hôtel Mercure, dans les anciens Bains Romains
L’hôtel occupe aujourd’hui les bâtiments historiques des Bains Romains. Y séjourner permet de dormir dans l’un des lieux majeurs du Saint-Nectaire thermal du XIXe siècle.
C’est aussi, à ma connaissance, l’un des rares établissements où l’on peut encore apercevoir une source thermale en allant simplement prendre son petit-déjeuner, avec la présence du Gros-Bouillon dans les couloirs.
→ Voir les tarifs et disponibilités de l’Hôtel Mercure Bains Romains.
Les villas et autres hébergements
Pour une ambiance plus intime, il existe aussi des hébergements proches de l’esprit des anciennes pensions de famille, des villas thermales ou des maisons de villégiature.
Conclusion : la station thermale du rein
À Saint-Nectaire, l’émotion ne vient pas seulement des anciens thermes ou des villas Belle Époque. Elle vient surtout de ces griffons oubliés, de ces eaux rouges, blanches ou bleutées qui continuent de surgir dans le village, comme si l’eau traversait les siècles sans se soucier des modes ni des abandons humains.
Au XIXe siècle, la station s’est d’abord fait connaître pour le traitement des rhumatismes. Puis ses eaux, parmi les plus minéralisées d’Auvergne, ont imposé une autre image : celle d’une station du rein, au point que Saint-Nectaire fut elle-même présentée comme la « station du rein ».
Cette réputation bouscule nos réflexes actuels. Dans la médecine thermale ancienne, une eau très chargée en minéraux n’était pas forcément vue comme un excès à éviter. Elle pouvait au contraire être recherchée pour stimuler la diurèse et donner à l’eau un rôle actif dans le soin.
À lire aussi : Les bienfaits du bain chaud pour approfondir les effets de la chaleur et de l’immersion sur le corps.
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Fabrice



