Visiter Saint-Nectaire : circuit des sources, thermes et villas
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 26 juin 2026
Saint-Nectaire ne se résume pas à son célèbre fromage ni à son église romane. Cette petite vallée encaissée et verdoyante du Puy-de-Dôme repose sur une grande faille géologique, suivie en partie par le Courançon. C’est ce sous-sol fracturé qui explique en grande partie la richesse en sources minérales du site.
Sur à peine deux kilomètres, une quarantaine de sources ont été recensées. Elles émergent près de la rivière, dans des grottes, mais aussi sous ou près de villas bourgeoises toujours habitées.
Aujourd’hui assoupi, Saint-Nectaire a lui aussi été gagné par la fièvre thermale du XIXe siècle, au point de compter trois grands établissements de bains. Il en reste des traces très concrètes : anciens établissements thermaux, griffons oubliés, grottes aménagées et dépôts minéraux. Autant de traces qui invitent à regarder Saint-Nectaire autrement, comme un village où l’eau a longtemps compté.
AU SOMMAIRE :
Comprendre le sous-sol : le voyage de l'eau
Avant de goûter ou d’observer ces eaux, il faut comprendre leur origine. Pourquoi sont-elles chaudes et si minéralisées ? Tout commence avec l’infiltration des eaux de pluie dans les reliefs environnants. Peu à peu, elles s’enfoncent dans les fractures du sous-sol et descendent en profondeur. Là, au contact des roches marquées par l’histoire volcanique de l’Auvergne, elles se réchauffent.
Sous l’effet de la chaleur, de la pression et des échanges avec la roche, l’eau se charge progressivement en gaz carbonique, en fer, en lithium et en bicarbonates. Puis, guidée par la grande faille de Saint-Nectaire, elle remonte vers la surface et réapparaît sous nos pieds, chargée des gaz et des minéraux accumulés pendant ce long voyage souterrain.
Particularité des eaux : une minéralisation record
À Saint-Nectaire, les eaux se distinguent d’abord par leur forte minéralisation, qui peut atteindre 9 g/l selon les émergences. Elles ne présentent pas toutes le même profil : certaines sont froides, d’autres chaudes, avec des températures très différentes selon les sources.
Leur point commun reste leur richesse en bicarbonates, en gaz carbonique et en sels alcalins. Dès le début du XIXe siècle, des chimistes comme Boullay soulignent déjà la force de cette composition. Saint-Nectaire se démarque alors du Mont-Dore ou de Vichy par des eaux particulièrement chargées.
À l’époque, cette composition explique en partie leur usage dans les cures, notamment pour les rhumatismes chroniques et les affections articulaires.
Le secteur du Mont-Cornadore
La source Pradinat
Près des grottes de Châteauneuf, la source Pradinat se découvre sans effet spectaculaire : pas de grand bassin, mais une simple flaque teintée de rouille et un captage en pierre encore visible. L’eau est froide, autour de 14 °C, mais elle donne immédiatement le ton : à Saint-Nectaire, le sous-sol semble littéralement transpirer le fer.
Les Bains du Mont-Cornadore
La colline du Mont-Cornadore, sur laquelle se dressent Saint-Nectaire-le-Haut et son église romane, a donné son nom aux bains établis à ses pieds, en contrebas.
On y trouve l’un des établissements thermaux les plus emblématiques de la station. L’histoire commence en 1832, lorsque M. Serre et le Dr Vernière font construire les premiers bains, cinq ans après la découverte de la source principale. En 1865, M. Mandon devient propriétaire du site. Comme souvent au XIXe siècle, l’établissement est bâti au plus près des émergences, presque directement sur les sources.
L’ensemble formait un petit univers thermal à part entière. À gauche se trouvait un ancien hôtel, adossé à une muraille de rochers ; à droite, les thermes. Les deux bâtiments étaient reliés par une galerie. Cette époque voit aussi fleurir un véritable urbanisme thermal, mêlant hôtels, casinos, kiosques, villas et établissements de bains dans un foisonnement de styles. En 1873, l’architecte Bruyerres ajoute au bâtiment un fronton triangulaire et un grand hall surmonté d’une verrière, aujourd’hui protégés.
Sous le bâtiment même se trouvaient les eaux qui alimentaient les cabinets de bains. Toute l’installation dépendait de la source du Mont-Cornadore.
Avec une température à l’émergence de 39 °C et un débit de 52 l/min, cette eau sulfureuse dégage une odeur caractéristique d’œuf pourri.
Un détail technique mérite d’être signalé : l’eau était alors conduite par un tuyau en plomb. Courant à l’époque, ce matériau poserait aujourd’hui problème, car l’eau chaude et alcaline de Saint-Nectaire pouvait favoriser le passage d’éléments indésirables dans l’eau avant même son arrivée jusqu’au baigneur.
Le site abritait aussi ce que l’on pourrait appeler des fantômes hydrologiques : des sources connues par les archives, mais aujourd’hui disparues, scellées ou devenues inaccessibles.
- La Source Intermittente, à 25 °C, exploitée dès 1877, aurait aujourd’hui son captage scellé sous les fondations.
- La Source du Rocher, également à 25 °C, fut découverte pendant les travaux de l’hôtel, puis abandonnée à cause d’une pollution bactériologique et probablement comblée.
La source Morange : une eau à part
À environ 450 mètres des bains, un petit pavillon au toit de zinc, typique de l’architecture thermale de la fin du XIXe siècle, abrite la source Morange.
Autrefois, l’accès était payant et fermé à clé. Boire à cette source n’avait rien d’un geste anodin : l’eau se consommait dans un cadre médicalisé, et chaque verre était facturé quelques centimes.
Aujourd’hui, l’accès est libre, et le pavillon a été restauré grâce à l’association de sauvegarde du patrimoine.
Même accessible, la source Morange reste une eau brute, non contrôlée pour la consommation. Historiquement, elle était utilisée dans le traitement des surcharges pondérales.
Je l’ai goûtée avec prudence : elle m’a paru salée, ferrugineuse et naturellement pétillante. L’attaque en bouche est vive, acidulée par le gaz carbonique, avant de laisser un goût métallique caractéristique. Plus qu’une simple curiosité, cette source donne une idée très concrète de ce que pouvaient être les anciennes cures de boisson à Saint-Nectaire.
Les Grottes du Cornadore : voyage au centre de la terre
Visite payante : consulter le site officiel avant de venir.
C’est un labyrinthe minéral fascinant. On s’y enfonce casque sur la tête, entouré de suintements d’eaux tièdes, autour de 20 à 22 °C, et très minéralisées. En observant les parois, on comprend vite que la grotte n’a rien d’un décor figé : concrétions colorées, dépôts glissants et ruissellements témoignent d’une activité minérale toujours bien présente.
Le caldarium romain
On y découvre les vestiges de baignoires romaines, qui rappellent l’ancien usage thermal du lieu.
Mais il faut se garder d’imaginer un bain romain confortable au sens moderne du terme. L’eau de la grotte, naturellement tiède, ne suffisait pas à elle seule : elle devait être réchauffée artificiellement, notamment à l’aide de pierres chauffées plongées dans les bassins pour atteindre une température plus élevée.
L’atmosphère devait alors être lourde, humide, presque oppressante, très loin de l’image apaisée que l’on associe aujourd’hui au bien-être thermal. Ces bains auraient notamment servi à traiter les blessures des soldats romains et à accompagner la récupération des corps, dans des conditions bien plus brutes qu’aujourd’hui.
Le privilège géologique et l'illusion du confort
Les curistes de la Belle Époque ne percevaient pas forcément cette nuance. Séduits par les nouvelles douches, les baignoires et le confort des établissements, ils oubliaient parfois que la vraie force de Saint-Nectaire venait d’abord du sous-sol.
Là où d’autres stations devaient stocker, refroidir ou réchauffer leurs eaux, Saint-Nectaire bénéficiait d’un avantage rare. Les sources les plus abondantes, situées à proximité immédiate des trois établissements, étaient aussi les plus chaudes, avec une température proche de 40 °C. Elles permettaient donc d’alimenter les bains en continu (appelés bains en eau courante), sans grande manipulation thermique.
Mais ce confort avait aussi son revers. Même lorsque l’eau se renouvelle en continu, l’immersion en bassin coupe en partie le lien avec le milieu naturel de la source : la roche, les dépôts minéraux, le sol traversé par l’eau et la vie microscopique qui s’y développe. Pour approfondir ce point, je vous invite à lire mon article : Source chaude : son sol abrite un microbiote vital.
Cette rupture ne date pas d’hier. Dès l’Antiquité, les Romains cherchaient déjà à canaliser et à maîtriser l’eau. La fièvre thermale du XIXe siècle n’a fait que prolonger ce mouvement. En isolant le baigneur dans un bassin aménagé, loin du lit naturel du ruisseau thermal, le soin a changé de nature : on a gagné en confort et en hygiène, mais on s’est aussi éloigné de l’eau telle qu’elle existe dans son milieu d’origine.
Jeu de piste : les sources oubliées
Saint-Nectaire est parsemé de griffons plus ou moins visibles. Certains affleurent au bord d’un chemin ou près d’un bâtiment ; d’autres se devinent à peine, sous une coulée minérale ou une trace de rouille.
La Source Giraudon
Dissimulée dans les ronces qui bordent la rue Morange, la source Giraudon fut longtemps exploitée avant d’être fermée pour cause de pollution. Son histoire raconte une lutte constante contre les infiltrations, dans un sous-sol où la qualité de l’eau pouvait rapidement être compromise.
La source Edmond & l'art de la pétrification
Saint-Nectaire est célèbre pour ses fontaines pétrifiantes. Dans ces fontaines, l’eau, très chargée en calcaire dissous, dépose peu à peu sa matière minérale lorsqu’elle perd son gaz carbonique. C’est ce phénomène qui permet de recouvrir les objets d’une croûte de pierre en quelques mois seulement.
La source Edmond alimente la plus spectaculaire échelle de pétrification de Saint-Nectaire. On y voit littéralement l’eau bâtir la matière, couche après couche.
La source Gubler
La source Gubler n’a rien de monumental : une simple ouverture dans la roche, dissimulée derrière un mur. Elle fut fermée en 1936 pour cause de contamination bactérienne.
Cette distinction a son importance. Une contamination liée aux infiltrations ou aux activités humaines n’a rien à voir avec la vie microscopique naturellement présente dans les eaux profondes. Les micro-organismes indigènes appartiennent au milieu de la source : ils ne relèvent pas d’une pollution, mais témoignent d’un écosystème souterrain vivant.
La source de la Voûte
Face à la poste, de l’autre côté de la route, la grotte n’est qu’à une dizaine de mètres. L’accès reste pourtant piégeux : le sol, recouvert d’eau et d’herbes, dissimule des creux plus profonds où l’on peut s’enfoncer jusqu’aux genoux.
Devant la source, on découvre une eau opaque, d’un bleu laiteux très marqué, retenue sous une voûte rocheuse humide. Dommage qu’elle ne soit qu’autour de 20 °C : avec cette couleur, on aurait presque envie de s’y immerger.
Le marais salé
Le sol y est si chargé en sel qu’une flore de bord de mer pousse en plein cœur de l’Auvergne. Plantain maritime, glaux et autres espèces halophiles composent un paysage botanique inattendu, directement lié aux sources minérales.
Classé Natura 2000, ce petit marais salé rappelle que l’eau de Saint-Nectaire ne marque pas seulement les pierres et les anciens thermes : elle transforme aussi les sols et la végétation.
Sur la route de Sapchat : les eaux de villégiature
En quittant le cœur du village pour rejoindre la route de Sapchat, l’histoire thermale devient plus discrète. Les sources ne sont plus liées aux grands établissements : elles se cachent derrière un mur, au fond d’un jardin abandonné ou dans un petit bois en surplomb de la route.
Les sources Bélonie : le jardin oublié
Au pied du Puy d’Eraigne, entre granite et volcanisme, un jardin aujourd’hui délaissé borde l’ancien Hôtel de l’Ermitage. C’est là que jaillissent les trois sources Bélonie : Sainte-Marie, André et Bauger. Dans une station thermale, toutes les eaux ne sont pas destinées au bain chaud : les Bélonie sont des sources froides, autour de 12 à 14 °C.
Jusqu’en 1958, on venait encore boire cette eau bicarbonatée sodique à une fontaine aménagée. Elle passait pour l’une des plus agréables au goût de toute la station, une sorte de limonade naturelle, avec cette touche ferrugineuse si typique. Aujourd’hui, l’une des sources apparaît dans l’ombre d’une petite grotte, tandis que les autres murmurent encore dans les herbes folles.
La source Rouge : trafics et salon de thé
C’est sans doute la source à l’histoire la plus pittoresque de Saint-Nectaire. Située à l’angle de la route de Sapchat, elle doit son nom aux dépôts d’ocre rouge qu’elle laisse sur son passage.
Son propriétaire, M. Versepuy, gendre du célèbre M. Mandon, avait bien compris le potentiel du lieu : il fit construire un élégant pavillon avec salon de thé et chocolaterie. À la Belle Époque, c’était un véritable rendez-vous mondain.
C’est sans doute la source à l’histoire la plus pittoresque de Saint-Nectaire. Située à l’angle de la route de Sapchat, elle doit son nom aux dépôts d’ocre rouge qu’elle laisse sur son passage. Son propriétaire, M. Versepuy, gendre du célèbre M. Mandon, avait bien compris le potentiel du lieu : il fit construire un élégant pavillon avec salon de thé et chocolaterie. À la Belle Époque, c’était un véritable rendez-vous mondain.
Mais la source Rouge a aussi nourri une petite histoire de débrouille. L’accès à la buvette était payant et protégé par une grille en fer. Pour les visiteurs mondains, quelques centimes faisaient partie du rituel. Pour des curistes plus modestes, ou des malades venus chercher cette eau précise, la dépense n’avait pas le même sens. Certains auraient alors imaginé un système simple et ingénieux : attacher un gobelet au bout d’un long bâton, le passer entre les barreaux de la grille et recueillir l’eau au point de sortie.
Le lieu raconte aussi une autre évolution, plus discrète, celle de la médecine thermale. Dans le sillage des pratiques codifiées à Vichy par le Dr Dumas, l’eau minérale ne se buvait plus au hasard : elle se prescrivait, se mesurait, se vendait. Les curistes utilisaient des verres gradués pour absorber seulement quelques millilitres à la fois.
Même si rien ne prouve que ce protocole ait été appliqué tel quel à la source Rouge, l’esprit est bien là : l’accès était payant, protégé par une grille, et l’eau devenait une dose. À environ 23 °C, gazeuse et salée, elle n’était plus seulement une eau de source, mais un produit médicalisé autant qu’un commerce.
Une eau protégée par une grille, vendue au verre et pensée au millilitre : voilà aussi ce que raconte la source Rouge.
Les sources Léon et Eulalie
Un peu plus loin sur la route de Sapchat, face à la longue clôture de l’Hôtel du Parc, les sources Léon et Eulalie se trouvent dans le bois, en surplomb de la route. La galerie de Léon se rejoint en s’écartant du bord de route, puis en remontant sous les arbres. Celle d’Eulalie se situe plus à droite, à quelques dizaines de mètres, dans le même secteur, mais elle est plus difficile à repérer.
Leur accès est aujourd’hui rendu difficile par la végétation, mais elles témoignent d’une évolution intéressante. En 1924, ces sources affichaient respectivement 28 °C et 30 °C. Aujourd’hui, la source Léon est redescendue autour de 16 à 17 °C, signe d’un refroidissement notable.
Elles ne sont pourtant pas totalement oubliées. Leurs eaux continuent d’être canalisées vers un petit établissement situé en contrebas, au bord de la route, où elles servent encore de matière première à l’art de la pétrification.
L'héritage vivant : les Fontaines Pétrifiantes
Aux Fontaines Pétrifiantes, l’eau continue de travailler. La grande époque thermale appartient au passé, mais le lieu prolonge un savoir-faire ancien, fondé sur la richesse minérale de ses sources. Peu à peu, l’eau recouvre objets et moules d’une couche de calcaire, jusqu’à leur donner l’apparence de la pierre.
La visite est payante, mais elle permet d’entrer au cœur du site et de comprendre concrètement ce phénomène. On y découvre aussi l’un des plus beaux bassins de Saint-Nectaire : une eau thermale à 37 °C, encore brute et bouillonnante, préservée dans une grotte spectaculaire.
L'ère industrielle : le Centre Thermadore
Face au déclin de la station thermale, une relance s’organise dans les années 1970. Une campagne de forages profonds est lancée, avec notamment les forages Charles, Say et Sans Souci, afin de capter des eaux plus chaudes, atteignant jusqu’à 60 °C. Cet élan débouche sur la construction d’un nouvel établissement thermal, Lignerat, inauguré en 1978.
Mais cette modernisation marque aussi une rupture. Le thermalisme s’industrialise : mélange des eaux, stockage en cuves, refroidissement artificiel. Le confort progresse, mais cette standardisation signe en même temps la fin du traditionnel bain en eau courante, et éloigne encore un peu plus le curiste de la source brute.
L’établissement Lignerat ferme définitivement en 2004, marquant la fin du thermalisme médical à Saint-Nectaire.
L’anecdote du geyser
En 1981, le forage Charles déclenche accidentellement un geyser de 50 mètres de haut. La pression du gaz carbonique souterrain est alors si forte que l’eau jaillit avec une violence spectaculaire, perturbant même pendant plusieurs semaines le débit des sources voisines.
L’épisode montre à quel point le sous-sol thermal de Saint-Nectaire reste actif, sous l’effet des gaz et des circulations profondes.
Archéologie urbaine : les villas des médecins
À la Belle Époque, le médecin thermal n’était pas un praticien ordinaire. C’était souvent un notable influent, qui possédait sa villa… et parfois même sa propre source privée. À Saint-Nectaire-le-Bas, plusieurs demeures rappellent encore ce lien entre médecine, architecture et eau minérale.
La Villa du docteur Porge
Cette villa liée à l’histoire thermale de Saint-Nectaire abritait deux sources ferrugineuses, dont les captages sont aujourd’hui comblés. Sur le mur, une tête de lion au style naïf servait probablement de déversoir à l’une d’elles.
La Villa du prince Orloff et la source des Dames
Cette grande résidence conserve quelque chose du faste d’autrefois, même si son petit parc princier a aujourd’hui disparu. De cet ensemble, il ne subsiste qu’un vestige discret, situé à droite de la villa, derrière une haie et une clôture : la source des Dames.
Le spectacle est aujourd’hui assez triste. Cette source intermittente gît à l’abandon, en partie recouverte de déchets. Son faible débit n’en faisait pas une source majeure par l’abondance, mais sa composition la distinguait nettement des autres eaux de Saint-Nectaire : elle était réputée pour présenter la plus forte teneur en arsenic de la station.
La villa du docteur Sérane
Située juste à gauche de la Villa Russe, cette demeure pittoresque construite vers 1890 témoigne de l’organisation thermale d’autrefois. Propriété du docteur Sérane, elle rappelle le rôle central du médecin dans le parcours des curistes : avant de prendre les eaux, il fallait d’abord obtenir une ordonnance, puis réserver son horaire et son numéro de baignoire à l’établissement thermal.
L’eau est toujours présente autour de la villa. Deux points de sortie laissent encore s’écouler une eau ferrugineuse autour de 15 °C, guidée par d’anciennes canalisations en pierre. Quant au griffon originel, il reste tapi quelque part entre l’intérieur de la villa et son jardin.
La villa du Dolmen, ou villa du docteur Roux
Voisine de la villa Sérane, sur sa gauche, cette demeure construite vers 1890 garde la mémoire d’une figure locale importante : le docteur Roux. Médecin influent du XXe siècle, il a aussi marqué durablement la commune en tant que maire de 1945 à 1965, au point de donner son nom à l’avenue qui relie les deux parties de Saint-Nectaire.
La source associée à la villa, aménagée vers 1895, se devine derrière une grille en fer forgé. Aujourd’hui abandonnée, elle cache derrière un mur de pierre une petite cavité remplie d’une eau minérale rouge intense, colorée par l’oxyde de fer.
D’un point de vue chimique, c’est un cas d’école : cette source était à la fois la plus ferrugineuse et la moins minéralisée de toute la station.
Les villas médicales de Saint-Nectaire-le-Haut
Ce modèle du médecin-propriétaire ne se limitait pas au quartier thermal du bas. À Saint-Nectaire-le-Haut, on retrouve la même association entre demeure privée, statut médical et eau minérale.
Là aussi, des villas dissimulent leurs propres griffons, captés sous les bâtiments ou dans les jardins.
Les Grands Thermes, aujourd'hui Office de Tourisme
Les anciens Grands Thermes abritent aujourd’hui l’Office de Tourisme. Avec un peu de chance, il est possible de voir la salle du rez-de-chaussée, où l’eau reste encore présente. Dès l’ouverture de la porte, l’odeur de soufre se fait sentir.
Les captages des sources Boëtte et Saint-Cézaire se trouvent dans le sous-sol du bâtiment. Une partie de l’écoulement réapparaît dans la salle, assez pour observer les dépôts colorés, les travertins ocres et rouges, et le parcours visible de cette eau minérale.
Mais l’essentiel du débit ne remonte pas à l’air libre. Il emprunte une galerie souterraine avant de rejoindre directement le Courançon, sans passer par la surface.
Le problème du plomb : au XIXe siècle, l’eau était acheminée par des canalisations en plomb. Aujourd’hui, les installations thermales modernes privilégient des matériaux plus stables et plus résistants, comme l’acier inoxydable ou certains plastiques techniques, notamment le PEHD.
Les Bains Romains, actuel Hôtel Mercure
Face aux Grands Thermes se dresse un autre bâtiment majeur : les Bains Romains. Au XIXe siècle, ce nom servait déjà d’argument pour rappeler les origines antiques du thermalisme local. Aujourd’hui reconverti en Hôtel Mercure, l’édifice a perdu sa fonction de soins pour devenir un lieu d’hôtellerie.
La trace thermale reste pourtant bien présente. Dans les couloirs, on peut encore découvrir la source du Gros-Bouillon. Enfermée dans une vitrine, elle est désormais isolée pour éviter que son odeur caractéristique d’œuf pourri, liée au sulfure d’hydrogène, n’incommode la clientèle.
Éclairée par le bas, elle offre toujours le spectacle qui lui a valu son nom : un bouillonnement intense, provoqué par sa richesse en gaz carbonique. Même si le captage réel se trouve dans les soubassements, cette mise en scène permet encore d’observer la force de l’eau, devenue aujourd’hui un élément de décor dans le calme feutré de l’établissement.
Où dormir au cœur du patrimoine thermal
À Saint-Nectaire, certains hébergements ne sont pas de simples points de chute. Ils occupent d’anciens bâtiments liés à l’histoire thermale de la station.
Dormir dans ces lieux permet de prolonger la visite autrement, au contact de l’architecture Belle Époque, des anciens établissements et des traces laissées par les eaux.
L’Hôtel Mercure, dans les anciens Bains Romains
L’hôtel occupe aujourd’hui les bâtiments historiques des Bains Romains. Y séjourner permet de dormir dans l’un des lieux majeurs du Saint-Nectaire thermal du XIXe siècle.
C’est aussi, à ma connaissance, l’un des rares établissements où l’on peut encore apercevoir une source thermale en allant simplement prendre son petit-déjeuner, avec la présence du Gros-Bouillon dans les couloirs.
→ Voir les tarifs et disponibilités de l’Hôtel Mercure Bains Romains.
Les villas et autres hébergements
Pour une ambiance plus intime, il existe aussi des hébergements proches de l’esprit des anciennes pensions de famille, des villas thermales ou des maisons de villégiature. La carte ci-dessous permet de repérer les options disponibles autour de Saint-Nectaire.
Conclusion : la station thermale du rein
À Saint-Nectaire, l’émotion ne vient pas seulement des anciens thermes ou des villas Belle Époque. Elle vient surtout de ces griffons oubliés, de ces eaux rouges, blanches ou bleutées qui continuent de surgir dans le village, comme si l’eau traversait les siècles sans se soucier des modes ni des abandons humains.
Au XIXe siècle, la station s’est d’abord fait connaître pour le traitement des rhumatismes. Puis ses eaux, parmi les plus minéralisées d’Auvergne, ont imposé une autre image : celle d’une station du rein, au point que Saint-Nectaire fut elle-même présentée comme la « station du rein ».
Cette réputation bouscule nos réflexes actuels. Dans la médecine thermale ancienne, une eau très chargée en minéraux n’était pas forcément vue comme un excès à éviter. Elle pouvait au contraire être recherchée pour stimuler la diurèse et donner à l’eau un rôle actif dans le soin.
À lire aussi : Les bienfaits du bain chaud et Nettoyer ses poumons naturellement, pour prolonger la réflexion sur la chaleur, les gaz thermaux et leurs effets sur le corps.
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Fabrice



