Source Croizat : trésor oublié entre Mont-Dore et Bourboule
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 10 août 2026
Dans la haute vallée de la Dordogne, Le Mont-Dore et La Bourboule se sont développés autour de leurs sources thermales. Des thermes romains du Mont-Dore à l’essor spectaculaire de La Bourboule au XIXe siècle, les sources chaudes ont façonné les deux villes jusque dans leur architecture.
La source Croizat entre plus tard dans cette histoire. Exploitée au début du XXe siècle, alors que La Bourboule possède déjà ses grands établissements thermaux, elle présente une particularité : située sur le territoire du Mont-Dore, son eau est alors captée au profit de La Bourboule, distante de plusieurs kilomètres.
Aujourd’hui, des bassins thermaux subsistent à ciel ouvert au bord de la Dordogne, dans un environnement largement naturel. Croizat rend visible ce que les établissements thermaux ont fait disparaître du paysage : la source chaude elle-même. Difficile d’imaginer, en découvrant les lieux ainsi, l’importance qu’a autrefois eue cette source et l’histoire mouvementée de son exploitation.
AU SOMMAIRE :
Carte des sources
Le sentier des sources : accès facile, site fragile
Pour rejoindre la source Croizat, l’accès le plus simple part du parking de la Taillerie du Sancy, sur la route entre Le Mont-Dore et Murat-le-Quaire. Attention si vous venez en van ou en fourgon : l’entrée du parking est limitée à 1,90 m de hauteur.
Depuis le parking, passez devant la Taillerie, suivez la route sur une cinquantaine de mètres, puis prenez le premier chemin qui descend à droite. Il mène vers la micro-centrale du Moulin de la Compissade. Juste à côté, un pont en bois franchit la Dordogne et marque le vrai départ du sentier des sources.
Le chemin monte ensuite doucement sur le flanc de la colline. Il est large, facile à suivre, sans difficulté technique. C’est aussi ce qui rend Croizat si accessible : en quelques minutes, on quitte la route pour rejoindre une page de l’histoire thermale, en pleine nature.
Mais cette facilité a aussi son revers. Le site attire beaucoup de monde, alors qu’il reste fragile. La baignade à la source Croizat est formellement interdite, notamment pour des raisons sanitaires et de protection du lieu.
La source Félix : un thermalisme resté en marge
En poursuivant sur le chemin principal, une bifurcation se présente. À gauche, on rejoint un second parking situé sur la départementale entre Le Mont-Dore et La Bourboule. À droite, le sentier longe la Dordogne en direction de la source Félix, aussi appelée source Chabory, du nom d’un ancien directeur des thermes du Mont-Dore.
Avant d’être captée, la source Félix n’était qu’une venue d’eau discrète : un suintement thermal dans le rocher. En 1895, L. Chabory fit réaliser un forage de 6 mètres pour mieux la capter, lui donnant une forme plus lisible, mais pas la force d’une grande source.
Le site partait avec trois limites : une position isolée, un débit d’environ 14 litres par minute seulement, et une eau autour de 30 °C, trop tiède pour offrir seule un vrai bain thermal chaud. La fréquentation est restée à la mesure du lieu : une cinquantaine de curistes par saison, avant l’abandon du site vers 1930.
La source Félix aurait sans doute pu rester une petite fontaine aménagée, discrète, au bord du chemin. Mais on était alors en pleine fièvre thermale : une source ne devait plus seulement couler. Elle devait soigner, attirer, remplir des baignoires, devenir rentable. C’est là que le lieu a montré ses limites. L’eau existait, mais pas assez pour porter tout le rôle qu’on voulait lui faire jouer.
Aujourd’hui, le bâtiment est condamné, mais il raconte encore l’usage du lieu. Par une fenêtre, on distingue les anciennes pièces de bain, où hommes et femmes étaient séparés. Au centre, l’eau de la source stagne désormais au sol, en laissant de larges dépôts ferrugineux rougeâtres.
Jusqu’à une période récente, certains habitants venaient encore y puiser l’eau directement. L’accès a depuis été sécurisé, refermant un peu plus cette petite page du thermalisme local.
Depuis ce vestige, un pont en pierre permet de franchir à nouveau la Dordogne pour remonter vers le hameau du Genestoux.
La source Croizat : un écosystème thermal à ciel ouvert
En arrivant au bord de la Dordogne, on découvre les bassins de la source Croizat, installés sur la rive gauche, presque au contact du cours d’eau. Cette proximité fait beaucoup pour le charme du lieu : l’eau chaude circule là, à ciel ouvert, dans un décor très simple, sans établissement ni mise en scène.
Un bain à eau courante
Le site est petit, mais il garde une atmosphère presque méditative. Ici, l’eau thermale ne passe pas par un grand réseau apparent ni par des installations complexes. Elle arrive dans les bassins, s’écoule par trop-plein, puis poursuit sa course vers la rivière.
L’eau circule naturellement par gravité entre deux niveaux :
- Le bassin supérieur : l’eau y reste autour de 38 °C.
- Le bassin inférieur : alimenté par le trop-plein du premier, il se maintient plutôt autour de 35 à 36 °C.
Ce fonctionnement fait tout l’intérêt de Croizat. L’eau ne fait pas seulement remplir les bassins : elle les traverse. Elle entre, se renouvelle, déborde, puis poursuit sa course vers la Dordogne. On retrouve là l’esprit des anciens bains à eau courante : préserver, dans le bain, ce que la source fait naturellement dehors.
Un milieu vivant, visible sur la roche
À la source Croizat, le vivant ne se devine pas seulement : il se voit. Sur les pierres, au contact de l’eau chaude, des dépôts et des tapis microbiens colorent certaines zones humides. On ne voit pas les micro-organismes eux-mêmes, mais les traces qu’ils laissent lorsqu’ils colonisent la roche.
C’est aussi ce qui donne au site son caractère. Les bassins ne fonctionnent pas comme de simples cuves isolées : l’eau les traverse, déborde, puis continue de percoler par endroits au contact des pierres et du sol. Ce lien direct avec le support minéral explique en partie l’aspect vivant du lieu.
Le site a pourtant connu un épisode brutal. En 2021, les anciens bassins ont été détruits à l’initiative de la mairie de La Bourboule, propriétaire de la source. Du béton a ensuite recouvert une partie des lieux, avant d’être retiré. Aujourd’hui, Croizat garde quelque chose d’entre-deux : ce n’est pas une vasque sauvage intacte, mais l’eau circule de nouveau au contact des pierres, des dépôts et des sédiments.
Un débit à la baisse
À l’époque où La Bourboule valorisait ses eaux dans ses brochures de station, la source Croizat était annoncée à environ 200 litres par minute. Mais ce chiffre correspondait à une source exploitée : un bâtiment avait été construit sur le puits, avec une pompe électrique destinée à remonter l’eau avant son acheminement vers la station thermale.
La nuance est importante : une pompe ne crée pas l’eau, mais elle permet d’imposer un débit de prélèvement dans le réservoir souterrain. Les 200 litres par minute annoncés à l’époque ne peuvent donc pas être assimilés automatiquement au débit que la source aurait fourni spontanément sans pompage.
Aujourd’hui, le débit paraît nettement inférieur aux 200 litres par minute autrefois annoncés. L’eau continue néanmoins de circuler d’un bassin à l’autre par trop-plein, avec un écoulement bien visible.
L’histoire industrielle et la fin d’une exploitation
La galerie souterraine : avant l’arrivée aux bassins
Le griffon, c’est-à-dire le point où l’eau thermale est captée, se trouve de l’autre côté de la voie ferrée, dans la zone boisée.
De là, l’eau rejoint les bassins par une galerie voûtée maçonnée, enfouie sous plusieurs mètres de terrain. Elle n’y circule pas dans une canalisation fermée : elle s’écoule à surface libre dans cet ouvrage artificiel avant de ressortir au bord de la Dordogne.
Ce passage change le bain. Dès son captage, l’eau a quitté son milieu souterrain naturel. Au cours de son trajet dans la galerie, elle se refroidit et se retrouve au contact de l’air et de l’ouvrage maçonné. Elle n’atteint donc plus les bassins exactement dans le même état qu’au griffon.
La source prise entre deux villes d’eaux
Dès 1910, la Compagnie des Eaux minérales de La Bourboule pompe l’eau de Croizat et l’achemine jusqu’à La Bourboule par une canalisation en fonte longue d’environ 4 kilomètres, suivant la voie ferrée. À son arrivée, elle est stockée dans deux grands réservoirs thermaux avant d’être distribuée aux établissements de la station.
La source se trouve sur le territoire du Mont-Dore, mais son eau part vers La Bourboule. Une situation que les habitants du Mont-Dore voient d’un mauvais œil : une eau jaillissant sur leur territoire alimente la station thermale voisine.
En 1934, une station d’épuration est mise en service au Mont-Dore, environ 650 mètres en amont du captage. Deux ans plus tard, des analyses révèlent la présence de germes dans l’eau de Croizat et l’exploitation thermale s’arrête. Les rejets de cette station d’épuration seront alors évoqués parmi les causes possibles de la contamination, sans que leur responsabilité puisse être établie avec certitude.
Source située au Mont-Dore, exploitée par La Bourboule, puis frappée par une pollution dont l’origine reste discutée : Croizat se retrouve une nouvelle fois au milieu des deux villes d’eaux.
L’échec des forages profonds : un trépan toujours au fond
Après la contamination du captage, l’idée est simple : aller chercher plus profond une eau que l’on espère mieux protégée des pollutions de surface. On ne cherche plus seulement à capter l’eau là où elle émerge naturellement : le forage crée un accès artificiel jusqu’à la circulation d’eau souterraine.
En 1938, un forage est poussé jusqu’à 171 mètres, sans résultat concluant. En 1969, une nouvelle tentative atteint 214 mètres, mais l’opération tourne court : un éboulement souterrain provoque la rupture du trépan, qui reposerait toujours au fond du trou.
Ces forages n’ont pas permis de relancer l’exploitation de Croizat. Ils ont même laissé une fragilité supplémentaire : la présence d’un tube de forage abandonné, resté en contact avec les eaux de ruissellement, peut encore constituer une voie de pollution vers la ressource souterraine.
1934 : l'ultime saison glorieuse de la source Croizat
Une brochure touristique publiée en 1934 et consacrée à La Bourboule permet de mesurer l’importance capitale de la source Croizat juste avant son déclin. À cette date, elle n’est pas encore un site oublié : elle fait partie des piliers de l’économie thermale de la station.
La brochure devient presque une pièce à conviction. Elle montre ce que la source représentait avant que le compte à rebours sanitaire ne commence.
Dans le thermalisme du XIXe siècle et du début du XXe siècle, le débit d’une source constituait un argument publicitaire majeur : plus une eau paraissait abondante, plus elle inspirait confiance.
La source Croizat impressionnait à double titre. Avec 200 litres par minute, elle se plaçait au même niveau que les célèbres sources Choussy et Perrière, chacune annoncée elle aussi à 200 litres par minute. Avec une minéralisation de 9,84 g/l, elle comptait aussi parmi les eaux les plus chargées de la vallée, avec un goût légèrement salé et une réputation remarquable dans la famille des eaux arsenicales.
Cette puissance permettait d’alimenter une partie de l’appareil thermal de la ville : bains, douches et inhalations des trois grands établissements, Mabru, Choussy et les Grands Thermes. Deux vastes réservoirs implantés au nord de la station recueillaient l’eau de la source, afin de disposer d’une réserve suffisante pour les besoins des établissements.
Les buvettes Croizat, jadis
L’exploitation de la source offrait deux manières très différentes de boire l’eau de Croizat.
La buvette à la source
En empruntant un petit sentier, les curistes pouvaient rejoindre la buvette installée dans le bâtiment même du captage. Sous leurs pieds se trouvait le puits donnant accès à la venue d’eau, équipé d’une pompe électrique destinée à la remonter.
Ici, l’eau de Croizat se buvait au plus près de son captage, avant le long trajet qui conduisait une grande partie de la ressource jusqu’à La Bourboule. Le décor n’avait rien du faste des Grands Thermes : il fallait venir jusqu’à cette buvette isolée, au milieu de la vallée, pour boire l’eau sur son lieu d’exploitation.
Les curistes parcouraient donc ce chemin pour venir chercher leur verre d’eau minérale à quelques mètres seulement du puits. Mais cette proximité avec la source avait son revers : la buvette restait éloignée du cœur de La Bourboule, où se concentraient les établissements, les promenades et toute la vie thermale.
La buvette des Grands Thermes
À La Bourboule, l’eau issue du captage Croizat était également servie dans le hall monumental des Grands Thermes, dans le cadre le plus prestigieux de la station.
Le décor gagnait en luxe. L’eau, elle, s’éloignait de ses conditions au captage.
Mais avant d’arriver dans le verre des curistes, son parcours était bien plus long. Remontée du puits par pompage, elle parcourait environ 4 kilomètres dans une canalisation en fonte, était stockée dans les réservoirs thermaux de la station, puis redistribuée jusqu’à la buvette.
Pour une eau thermale, ce trajet compte. Une fois sortie de son milieu souterrain, son équilibre physicochimique évolue. Le transport, le stockage et le refroidissement modifient les conditions dans lesquelles elle se trouve et l’éloignent progressivement de celles de son captage.
La différence entre les deux buvettes ne tenait donc pas seulement au décor. Sur le site de Croizat, l’eau était déjà remontée artificiellement du puits, mais elle était consommée presque immédiatement. Aux Grands Thermes, elle arrivait après un long parcours hors de son milieu souterrain naturel.
On parlait toujours de « source » et de « griffon ». Mais entre le griffon et le verre, il y avait désormais un réseau.
Détail intéressant : la buvette Croizat des Grands Thermes a aujourd’hui disparu, mais l’espace qu’elle occupait correspond désormais à l’accueil principal, là où les curistes commencent encore leur parcours de soins.
Souvenirs pétrifiés : la mémoire minérale du site
À proximité immédiate de Croizat se trouvait autrefois une fontaine pétrifiante. Une carte postale ancienne montre le lieu clairement signalé par un panneau « FONTAINE PÉTRIFIANTE », avec un petit ouvrage maçonné et une échelle en bois destinée à exposer les objets au ruissellement de l’eau.
Il ne s’agissait pas de la source Croizat elle-même, mais d’une autre venue d’eau. Riche en carbonate de calcium, elle déposait progressivement une couche de calcite sur les objets placés sous son écoulement. Peu à peu, leur surface se recouvrait d’une enveloppe minérale, donnant naissance à ces curiosités dites « pétrifiées ».
Cette pratique était alors bien connue dans certaines stations thermales. À Saint-Nectaire, par exemple, les eaux minérales sont utilisées depuis le XIXe siècle pour produire des objets incrustés. À Croizat aussi, la fontaine donnait à cette eau un autre rôle : elle ne servait plus seulement aux usages thermaux, mais aussi à la fabrication de ces objets minéralisés.
L’installation a aujourd’hui disparu.
À Croizat, l’eau transformait aussi les objets : couche après couche, elle en faisait des souvenirs minéraux.
La « guerre des puits » : quand La Bourboule est allée chercher l’eau sous terre
À l’origine, La Bourboule n’était qu’un modeste hameau au fond de la vallée de la Dordogne. Les eaux minérales y atteignaient naturellement la surface par plusieurs griffons, mais en faible quantité : en 1855, l’ensemble des sources ne fournissait encore qu’environ 35 litres par minute.
L’eau était là. Mais pas encore en quantité suffisante pour faire naître une grande station thermale.
Entre 1863 et 1879, au moment du véritable lancement de la station de La Bourboule, cette question du débit devient centrale. Deux intérêts se font face. D’un côté, la famille Choussy possède son établissement et ses propres sources. Elle attire l’essentiel des curistes et entend conserver le monopole qu’elle exerce alors sur la station. De l’autre, les sources appartenant à la collectivité sont concédées au vicomte de Sédaiges, bientôt associé à Mabru et Perrière.
Mais l’eau minérale dont dispose ce second camp est très insuffisante pour mettre en place une exploitation importante et viable. Le bail prévoit donc la recherche de nouvelles sources. Il ne s’agit plus seulement d’exploiter ce qui sort naturellement de terre : il faut trouver davantage d’eau.
À partir de 1866 commence alors la véritable « guerre des puits ». Les forages se multiplient et descendent toujours plus profondément. Leur objectif devient double : obtenir une quantité d’eau minérale suffisante pour soigner davantage de malades, mais aussi éliminer la concurrence en tarissant ses sources. Et cela fonctionne : plusieurs sources adverses voient leur débit chuter, certaines finissent par disparaître.
En surface, les sources appartiennent à des propriétaires différents. Sous terre, l’eau ne connaît pas ces frontières.
La bataille se déroule jusque sous les yeux des baigneurs. Le jaillissement des eaux connaît alors d’importantes perturbations. Les curistes s’en émeuvent vivement et certains médecins commencent à s’inquiéter. Cet épisode finit même par peser sur la réputation de la station : à la saison suivante, au moment des départs pour les eaux, plus d’un malade hésite à prendre le chemin de La Bourboule, craignant de ne plus y retrouver les vertus thérapeutiques attribuées aux sources d’autrefois.
En 1875, le rapport de forces change encore. La Compagnie des Eaux minérales de La Bourboule succède à la société Sédaiges, Mabru et Perrière. Dotée de moyens financiers bien plus importants, elle reprend les droits d’exploitation des sources communales et l’établissement Mabru, puis entreprend la construction des futurs Grands Thermes.
Pendant ce temps, les volumes disponibles changent complètement d’échelle. En 1877, les sources exploitées par la Compagnie fournissent déjà 632 litres par minute, contre seulement 35 litres par minute pour l’ensemble des sources en 1855.
Face à elle, Louis Choussy poursuit la lutte. Mais après des années de forages, de procès et de rivalités, il finit par vendre ses propriétés à ses adversaires en 1879. Épuisé par cette longue bataille, il meurt peu après, la même année.
La Compagnie sort renforcée de la guerre des puits, et toute possibilité d’accroître ses ressources en eau minérale est bonne à prendre. À la fin du XIXe siècle, les travaux de terrassement de la ligne de chemin de fer vers Le Mont-Dore mettent fortuitement au jour une source thermale sur les terrains de M. Croizat, dont elle porte le nom. La Compagnie la rachète ensuite à son propriétaire pour accroître ses ressources en eau minérale.
Mais la guerre des puits laisse derrière elle une situation étonnante. Le puits Perrière reste communal, tandis que les puits Choussy I et II demeurent dans le patrimoine de la Compagnie. Parmi eux, Choussy II, situé à quelques pas de Perrière, exploite la même ressource thermale souterraine.
Deux ouvrages voisins puisent donc dans la même eau, mais relèvent de deux propriétaires différents.
Le vieux conflit change alors de forme. Il ne s’agit plus de multiplier les forages pour tarir l’adversaire, mais de répartir les prélèvements entre deux ouvrages interdépendants. Cette cohabitation donnera encore lieu à des désaccords sur les débits exploités.
Il faudra attendre 2023 pour que cette situation prenne fin. Pour reprendre la maîtrise de la ressource, la commune engage une opération bien plus large : pour 2,4 millions d’euros, l’Établissement public foncier d’Auvergne acquiert pour son compte l’ancien ensemble thermal Choussy, ses installations et les puits Choussy I et II. Perrière étant déjà communal, Choussy II et Perrière, les deux ouvrages exploitant la ressource Choussy-Perrière, se retrouvent enfin sous une même maîtrise.
Plus de 140 ans après la défaite de Choussy, l’un des derniers héritages de la « guerre des puits » trouvait ainsi son épilogue.
La guerre des puits laisse surtout une autre trace, moins visible. Les puits Perrière et Choussy perturbent ou font disparaître successivement plusieurs des anciennes émergences naturelles. Situés à très faible distance l’un de l’autre, ils finissent par devenir les deux grands captages d’un même système thermal ; les études hydrogéologiques montreront leur interdépendance.
L’eau qui trouvait autrefois seule son chemin jusqu’à la surface, l’homme va désormais la chercher directement sous terre.
Une source naturelle apparaît lorsque l’eau minérale contenue dans un réservoir aquifère souterrain parvient à se frayer d’elle-même un passage jusqu’à la surface du sol. Elle donne alors naissance à une source qui jaillit naturellement.
Mais cette eau peut aussi rester emprisonnée dans le sous-sol, sa remontée étant empêchée par une couche de terrain imperméable. Le forage crée alors artificiellement un passage jusqu’à elle. Si la pression souterraine est suffisante, l’eau remonte d’elle-même dans le puits et peut même jaillir ; sinon, elle doit être pompée.
L’eau reste naturelle. C’est son chemin jusqu’à la surface qui ne l’est plus.
Aujourd’hui encore, cette histoire reste inscrite dans le fonctionnement de la station. Les puits Choussy et Perrière exploitent une même ressource thermale, à environ 58 °C. À Perrière, l’eau est extraite par un pompage permanent avant d’être distribuée aux Grands Thermes. Ceux-ci continuent pourtant à parler de la « source Perrière », d’une eau à 58 °C « à l’émergence » et « prélevée au griffon ».
Un vocabulaire thermal traditionnel qui peut laisser imaginer une source jaillissant naturellement, alors qu’aujourd’hui l’eau est captée dans un puits et remontée par pompage.
Chronologie d'un abandon
Après l’arrêt de l’exploitation thermale en 1936, l’histoire de Croizat ne s’arrête pas immédiatement. De nouveaux travaux sont entrepris pour tenter de retrouver une eau exploitable, sans permettre la reprise du thermalisme. Les baigneurs, eux, continuent de profiter gratuitement de l’eau dans des bassins aménagés sur place, malgré l’incertitude qui demeure sur sa qualité bactériologique.
Le thermalisme officiel disparaît. Le bain, lui, se rapproche nettement de la source.
Repères : de l’arrêt thermal à la destruction des bassins
1936 : l’exploitation thermale de Croizat cesse définitivement après la découverte d’une contamination bactérienne de l’eau.
1973 : la commune de La Bourboule rachète la source Croizat à la Compagnie des Eaux minérales de La Bourboule.
2016 : un arrêté municipal du Mont-Dore interdit officiellement la baignade pour des raisons de sécurité.
2021 : les anciennes infrastructures de la source Croizat, avec le bunker intégré à la galerie et les bassins extérieurs, sont détruites sur décision de la mairie de La Bourboule. Les habitants reconstruisent ensuite eux-mêmes les bassins.
Il ne reste aujourd’hui de cette installation que des souvenirs. Grâce à une lectrice, nous pouvons toutefois retrouver un instant l’atmosphère secrète de l’ancien bassin couvert.
Où dormir dans la vallée ?
Entre Le Mont-Dore et La Bourboule, la vallée offre deux ambiances assez différentes. Le Mont-Dore garde un caractère plus montagnard, au pied du Sancy, tandis que La Bourboule présente une atmosphère plus familiale, avec de grands bâtiments thermaux hérités de son âge d’or.
→ Trouver un hébergement entre Le Mont-Dore et La Bourboule.
Note transparence : certains liens présents dans cet article sont des liens d’affiliation. Si vous effectuez une réservation en passant par eux, je peux percevoir une petite commission, sans surcoût pour vous. Cela m’aide à faire vivre ce blog, à poursuivre mes recherches et à continuer à partager des contenus utiles et détaillés. Merci beaucoup pour votre soutien.
Fabrice












6 réflexions au sujet de “Source Croizat : trésor oublié entre Mont-Dore et Bourboule”
Je réside à Saint-Nectaire et m’intéresse à la nature dans le massif du Sancy et du Cézallier.
Votre article est très instructif ! Merci.
Merci ! J’apprécie beaucoup votre retour.
Top. J’y étais il y a 4 jours. Ma femme et moi sommes restés dans le 2ième bassin pendant plus d’une heure. J’ai connu cette source l’année dernière par l’intermédiaire d’un habitant. C’est un rendez vous des « teufeurs » qui, dans les 2 fois que j’y étais, m’ont dit qu’ils y venait souvent.
Un bon moment de partage ou le respect pour la source était évident pour tous le monde.
Merci pour ce site, celà permet d’en savoir plus.
Bonjour et merci pour votre retour d’expérience et votre intérêt porté aux sources chaudes. 😉
Bonjour ,
Sujet passionnant, savez vous s’il est tout de même possible d’en profiter pendant l’hiver et la période de la journée ayant le moins d’afluences.
merci
Hubert
Bonjour Hubert,
Merci beaucoup pour votre commentaire, et je suis ravi que l’histoire de ce lieu vous passionne !
Vous avez raison, l’idée d’une baignade en hiver, aux heures calmes, est très tentante. En théorie, le meilleur moment en termes de fréquentation serait très tôt le matin.
Le point essentiel à retenir, cependant, est celui que j’ai mis en avant dans l’article : malgré son charme et l’absence de signalisation dans la nature, l’accès à la baignade reste soumis à un arrêté d’interdiction en vigueur. Tant que les autorités n’auront pas officiellement levé cette interdiction, je ne peux que vous recommander la plus grande prudence.
N’hésitez pas à explorer la région, les thermes du Mont Dore ou de la Bourboule qui sont, elles, légalement accessibles pour un bain chaud en toute tranquillité !
Au plaisir d’échanger à nouveau ! 👋