Plan de Phazy : sources d’eau chaude gratuites (Hautes-Alpes)
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 17 juin 2026
Entre le parc naturel régional du Queyras et le parc national des Écrins, deux résurgences thermales apparaissent au milieu d’une plaine ouverte, dominée par les montagnes.
Nous sommes au Plan de Phazy, au bord de la Durance, face à la silhouette de Mont-Dauphin. Deux sources y émergent : la source des Suisses et la source de la Rotonde. Cette dernière jaillit d’un rocher de marbre rose et alimente quatre bassins autour de 28 °C.
Le site est accessible toute l’année et se découvre facilement à pied. L’usage de l’eau reste toutefois réglementé.*
Avant de rejoindre la fontaine pétrifiante de Réotier, située à environ 2 km, commençons par ce lieu simple, minéral et vivant.
À savoir avant d’y aller
Un arrêté municipal est affiché sur le site. Il réglemente l’accès aux sources chaudes du Plan de Phazy : les abords de la Rotonde sont accessibles aux piétons et aux cyclistes, mais la baignade et la consommation de l’eau sont officiellement interdites.
L’arrêté mentionne notamment une qualité d’eau jugée insuffisante pour la consommation humaine, l’absence de protection autour des bassins et la sensibilité des prés salés.
* Plus d’informations sur ma carte ci-dessous, où je détaille les restrictions et ce que l’on observe réellement sur place.
AU SOMMAIRE :
Carte de localisation : les sources chaudes des Hautes-Alpes
Le Plan de Phazy bénéficie d’un accès simple par la N94, avec un parking gratuit à proximité immédiate. En hiver, c’est un vrai avantage : la petite route d’accès est généralement vite déneigée.
Le site se trouve aussi à moins de 2 km à vol d’oiseau de Mont-Dauphin, ce qui en fait un arrêt facile à intégrer entre Guillestre, le Queyras et Briançon.
L’accès est gratuit. L’usage de l’eau reste toutefois réglementé par arrêté municipal, comme indiqué plus haut.
Sur la carte ci-dessous, vous retrouverez aussi :
- les sources du Plan de Phazy, avec la Rotonde et la source des Suisses ;
- la fontaine pétrifiante de Réotier ;
- les sources de Monêtier-les-Bains et leurs environs.
Le Plan de Phazy : des Romains aux garnisons
Dès l’Antiquité, les sources du Plan de Phazy sont fréquentées. Le site se trouve près de l’ancienne voie romaine qui longeait la Durance après le passage du col de Montgenèvre, dans un secteur de circulation entre les vallées alpines.
Au fil des siècles, la mémoire de ces eaux ne se perd pas. Plus tard, l’édification de la place forte de Mont-Dauphin inscrit le secteur dans un environnement militaire. Au XIXe siècle, les eaux du Plan de Phazy accueillent des curistes, mais aussi des militaires venus de Mont-Dauphin et de Briançon.
Avant même les analyses chimiques modernes, cette eau chaude est donc déjà une ressource repérée dans cette plaine de passage : un lieu où l’on venait se soigner, se reposer ou simplement profiter d’une émergence thermale facile d’accès.
La Rotonde : l'histoire d'un thermalisme brut
En 1824, un petit bâtiment thermal est construit autour du point de jaillissement principal : la Rotonde. Le nom est resté.
Contrairement aux grandes stations, où l’eau finit souvent par être conduite, stockée, chauffée ou mise en scène loin de son émergence, l’approche restait ici beaucoup plus directe.
Au Plan de Phazy, le thermalisme n’est pas séparé de son lieu d’origine. Il se joue au pied du rocher, dans des bassins aménagés tout près de la source.
L’établissement était organisé en amphithéâtre, avec des baignoires taillées à même la pierre. L’eau n’était pas extraite de son décor pour devenir un produit thermal : elle restait là, visible, minérale, immédiatement liée à la roche d’où elle sortait.
En 1935, un séisme frappe la Rotonde. La source se tarit sous le bâtiment, puis rejaillit quelques mètres plus loin, à l’extérieur. Ce déplacement modifie profondément le rapport au lieu. L’eau n’est plus prisonnière de l’ancien bâti thermal : elle réapparaît en plein air, dans la lumière, au contact direct du rocher, des bassins et du paysage. Le visage actuel du Plan de Phazy vient en partie de ce basculement.
Les deux résurgences du Plan de Phazy
La source des Suisses, ou source des Vignes
La source des Suisses, aussi appelée source des Vignes, sort aujourd’hui autour de 26 °C. Son débit est important, environ 300 litres par minute, et son eau sert à chauffer des serres horticoles en aval.
On repère souvent sa présence grâce aux dépôts ferrugineux rougeâtres visibles autour des champs et des écoulements.
La source de la Rotonde : marbre rose et pré salé
La source de la Rotonde est le cœur visible du Plan de Phazy. Son eau jaillit d’un rocher de marbre rose autour de 28 °C, avec un débit d’environ 70 litres par minute. Elle alimente quatre bassins, même si les deux premiers sont les plus utilisés par les visiteurs.
Les deux derniers, situés plus bas, sont plus calmes ; on y voit parfois des chiens, plus rarement des chevaux, amenés par leurs propriétaires pour des soins empiriques.
L’eau ruisselle ensuite sur un plateau de tuf ferrugineux. Cette chimie particulière a façonné un milieu rare en moyenne montagne : un pré salé continental, avec une flore et une faune adaptées à des conditions très minéralisées.
Quand l’eau retourne au vivant
Lorsqu’une source minérale reste dans son milieu, elle ne produit pas seulement une eau à boire ou un bassin où se baigner. Elle transforme le sol, dépose sa matière, sélectionne des plantes capables de vivre dans des conditions rares et finit parfois par créer un paysage.
Au Plan de Phazy, le pré salé le montre très clairement : l’eau ne sert pas seulement aux hommes, elle travaille aussi pour le milieu qui l’entoure.
Quand une source est captée, conduite dans un établissement, puis renvoyée vers les eaux usées, quelque chose se perd. L’eau a été utilisée, mais elle n’a plus nourri le même sol. Elle n’a plus laissé ses dépôts, ses traces, sa lente influence sur le terrain.
Une source libre ne vaut donc pas seulement par sa température ou sa composition. Elle vaut aussi par ce qu’elle permet autour d’elle.
Ce que révèlent les analyses de l’eau
Pour comprendre pourquoi les eaux du Plan de Phazy ont longtemps été réputées, il faut regarder leur composition. Ce sont des eaux chlorurées sodiques, fortement minéralisées, riches en sodium, chlorures, sulfates, bicarbonates, calcium et magnésium. Les analyses disponibles mentionnent aussi la présence de fer, de fluor, de silice, de lithium et de zinc.
Les chiffres donnent tout de suite la mesure du phénomène : la source de la Rotonde affiche par exemple 1 450 mg/L de sodium, 2 165 mg/L de chlorures et 1 265 mg/L de sulfates. La source des Suisses est elle aussi très chargée, avec 1 570 mg/L de chlorures, 1 480 mg/L de sulfates et une teneur en fer plus élevée.
Historiquement, ces eaux n’étaient donc pas vues comme de simples eaux tièdes. Les indications thérapeutiques relevées par le Dr Marcel Lesbros dans sa thèse de médecine, en 1947, étaient beaucoup plus larges. En usage externe, elles étaient recommandées pour les arthroses, les affections rhumatismales, hépatiques, rénales et certaines dermatoses, comme l’eczéma ou le psoriasis.
En usage interne, elles étaient décrites comme laxatives et utilisées dans les troubles du métabolisme. Cette mention doit toutefois être replacée dans son contexte : aujourd’hui, la consommation de l’eau est interdite par arrêté municipal, et les sources ne sont pas régulièrement contrôlées.
Le Plan de Phazy garde donc une double lecture : un site libre, simple, presque modeste en apparence, mais porté par des eaux puissantes, très minéralisées, qui ont longtemps occupé une vraie place dans l’histoire thermale locale.
La fontaine pétrifiante de Réotier : l’eau qui fabrique la pierre
De l’autre côté de la Durance, la fontaine pétrifiante de Réotier offre un spectacle très différent du Plan de Phazy. Connue depuis longtemps, elle a souvent été comparée à une gueule de monstre ou à un dragon minéral.
Le phénomène repose sur une précipitation naturelle. En sortant de terre, l’eau perd une partie de son gaz carbonique, ce qui favorise le dépôt du calcaire dissous. Peu à peu, cette matière s’accumule, se fige et construit la forme spectaculaire que l’on voit aujourd’hui.
L’eau de Réotier sort autour de 20 à 21 °C. Elle est un peu moins minéralisée que celle de la Rotonde, mais sa composition reste assez originale pour avoir inspiré une gamme cosmétique de L’Occitane, commercialisée sous le nom Aqua Réotier.
Où se loger à proximité des sources ?
Les sources du Plan de Phazy occupent un emplacement pratique, entre le Guillestrois, le Queyras et l’Embrunais. Pour rester proche du site, le plus simple est de dormir autour de Guillestre, Mont-Dauphin ou Eygliers.
Guillestre reste surtout l’option la plus pratique pour les commodités : commerces, restaurants, services, tout en gardant un accès direct vers le Plan de Phazy et la porte du Queyras.
Mont-Dauphin permet de loger dans un cadre plus historique, au pied de la place forte classée à l’UNESCO.
Eygliers vaut surtout par sa position dans la vallée. On reste tout près du Plan de Phazy et de la fontaine pétrifiante de Réotier, tout en gardant un accès facile vers le Queyras, Guillestre et le nord de la vallée, en direction de L’Argentière-la-Bessée et des Écrins.
La Roche-de-Rame peut aussi être une bonne base quelques kilomètres plus loin. La vallée se resserre, les Écrins s’imposent davantage, et la vue donne déjà une vraie impression de haute montagne. Pour le calme et la vue, mieux vaut s’éloigner de la N94 et se loger dans la partie haute du village.
→ Voir les hébergements disponibles à Guillestre et Mont-Dauphin.
La carte ci-dessous permet de comparer les options autour du site, entre petite ville, forteresse et hébergements plus proches de la nature.
Mon avis sur le Plan de Phazy
J’ai un lien particulier avec le Plan de Phazy. Pour avoir vécu plusieurs années à La Roche-de-Rame, j’y ai accumulé un grand nombre de bains, même en hiver.
Hors été et hors week-ends, j’étais souvent le seul à me baigner dans cette eau tiède, autour de 28 °C. Assez longtemps pour comprendre qu’elle ne se livre pas toujours au premier abord.
Pour beaucoup, sa température est un frein. J’ai déjà vu un couple venu de Chamonix, attiré par l’idée de prendre un bain chaud en pleine nature, repartir aussitôt après avoir simplement testé l’eau du bout des doigts. Comme elle n’est ni réchauffée artificiellement, ni ajustée au confort du baigneur, cette eau impose son rythme : on ne vient pas lui demander la bonne température, on apprend à entrer dans la sienne.
J’ai aussi partagé le bassin avec des habitants du coin qui connaissaient la source depuis des décennies, sans toujours avoir osé s’y tremper. Certains ont fini par essayer, par curiosité ou pour des douleurs articulaires, notamment liées à l’arthrose. Après quelques bains, plusieurs m’ont dit avoir été surpris par ce qu’ils ressentaient.
L’un des cas qui m’a le plus marqué est celui d’un habitant d’Eygliers, habitué à randonner, freiné depuis plusieurs années par son arthrose. Il s’est dit qu’il allait tester le Plan de Phazy tous les jours pendant un mois, pour voir ce que des bains réguliers pouvaient réellement lui apporter. Je l’ai revu ensuite : il était satisfait, au point de faire du bain à Phazy un rituel plusieurs fois par semaine.
Ce genre d’expérience ne remplace évidemment pas un avis médical. Mais elle rappelle une chose que l’on oublie facilement : marcher, bouger, randonner ne suffit pas toujours. Le corps a parfois besoin d’autre chose. Pas seulement d’effort, mais aussi d’un milieu, d’une eau, d’éléments qu’il peut utiliser pour retrouver un peu de marge.
C’est là que le Plan de Phazy prend tout son sens. Son eau n’est pas très chaude. Le lieu n’a rien d’un spa. Pourtant, quand on prend le temps d’y revenir, on comprend pourquoi une source aussi simple peut compter autant pour ceux qui l’ont vraiment fréquentée.
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Fabrice

