Guide des sources chaudes et fontaines minérales en Auvergne
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 30 décembre 2025
L’Auvergne est un pays de hauts plateaux, de profondes vallées et de volcans modelés par le feu, l’eau et la terre. Mais ce relief ne fait pas qu’offrir de beaux paysages : la complexité de son sous-sol, héritée d’un passé volcanique puissant et d’une activité géothermique toujours latente, en fait, avec les Pyrénées, la région de France abritant la plus grande variété d’eaux minérales.
Ne vous y trompez pas : ces sources, qu’elles soient aujourd’hui perdues dans la nature ou captées, ne sont pas des découvertes récentes. Elles ont presque toutes été exploitées. Connues pour leurs vertus thérapeutiques dès l’Antiquité, elles ont connu leur apogée à la fin du XIXe siècle, quand l’homme a compris que cette richesse constituait un atout précieux pour le bien-être.
Aujourd’hui, je vous emmène explorer ces résurgences, témoins d’une époque où l’eau était reine, du bain atypique de la source Lefort aux eaux brûlantes de Chaudes-Aigues.
AU SOMMAIRE :
Carte des sources chaudes et des eaux minérales en Auvergne
En Auvergne, la baignade libre dans l’eau chaude est un privilège rare. Contrairement aux Pyrénées (bien que rare également), les spots accessibles gratuitement se comptent sur les doigts d’une main. Mais encore faut-il que l’eau soit suffisamment chaude !
Sur la carte ci-dessous, j’ai répertorié :
• Le spot de baignade : La source Lefort (la seule véritablement aménagée pour le bain).
• Les émergences naturelles : ces endroits où l’eau force le passage, créant parfois des décors surprenants (comme à Saint-Floret) lorsqu’elle n’est pas enfermée dans un établissement.
• Le patrimoine thermal oublié : Buvettes abandonnées et anciens bâtiments d’embouteillage qui témoignent du passé industriel de la région.
(Note : D’autres points seront ajoutés au fil de mes explorations. Gardez cette carte en favori.).
La source Lefort à Châteauneuf-les-Bains : le seul bain aménagé en accès libre
À Châteauneuf-les-Bains, l’histoire de l’eau est omniprésente. Pas moins de 22 sources ont été recensées et exploitées ici. Si l’établissement thermal (payant) se trouve au nord du village, dans la vallée encaissée, la nature nous offre une alternative gratuite quelques centaines de mètres plus loin.
L’expérience du bain
La source Lefort n’est pas une flaque sauvage, mais un bassin aménagé aux lignes géométriques datant de 1963.
Cette installation ne risque pas d’être modifiée ou détruite dans les années à venir, tant elle inspire une impression de solidité à toute épreuve. L’eau y remonte via un tuyau dissimulé dans une colonne d’ascension hexagonale surmontée d’une cloche en verre, puis se déverse dans le bassin avant de rejoindre la Sioule située juste en face.
Tendez l’oreille vers la cloche : ça bouillonne. Ce bruit remarquable est dû à la richesse de l’eau en gaz carbonique.
• Le gaz bienfaisant : ce CO2 dissous est une richesse pour le bain. Il provoque une vasodilatation des micro-capillaires de la peau (j’en parle en détail dans mon article sur les bienfaits du bain chaud). Attention toutefois, en milieu clos, ce gaz peut être suffocant, mais ici, à l’air libre, c’est sans danger.
• L’odeur : l’œuf pourri. Traditionnellement appréciée pour accompagner le confort des voies respiratoires.
Côté température, j’ai relevé 32°C à la sortie et environ 30°C dans le bain. C’est tiède, mais agréable. Le seul bémol est la profondeur : le bassin est si peu profond qu’il faut adopter une position un peu « incommode » pour s’immerger totalement.
(Note technique : le débit de la source a varié au fil de l’histoire. Il était trois fois plus élevé lors du premier captage en 1889. Il a ensuite baissé à cause des forages des thermes voisins, prouvant que sous terre, les griffons communiquent entre eux.)
La source du Grand Saladis : une mare pas comme les autres
Aux Martres de Veyre, le paysage change radicalement. On découvre le Grand Saladis, une sorte de mare mystérieuse où l’eau avoisine les 22°C. Aux premiers abords, cela ressemble à un bassin ordinaire, mais c’est un site géologique unique classé Natura 2000.
La salinité de l’eau a permis le développement d’un écosystème unique. Regardez bien les plantes autour : ce sont des plantes halophiles (qui aiment le sel), les mêmes que l’on trouve en bord de mer. Une découverte fascinante en plein Massif central.
• Peut-on se baigner ? Non, la baignade dans le grand bassin est interdite pour protéger les berges fragiles (aménagement récent avec calade en pierre). De plus, la température n’est pas top et les grenouilles ont élu domicile.
• L’alternative : profitez de l’eau via la source du Petit Saladis située juste à côté, canalisée en fontaine. Les habitants du coin lui prêtent des vertus pour améliorer l’aspect des peaux sensibles.
Pour aller plus loin sur ce lieu étonnant, je vous conseille de lire mon article complet Sources du Saladis : l’étonnant bassin qui bouillonne ainsi que celui sur l’ancienne station voisine Sources de Sainte-Marguerite : le spectacle du geyser, une ancienne station thermale.
La source Croizat au Mont-Dore : le paradis interdit
La route de Clermont-Ferrand au Mont-Dore est sans doute l’une des plus belles d’Auvergne, traversant des paysages boisés magnifiques.
Les sources thermales y sont nombreuses et ont fait la renommée de la station thermale du Mont-Dore. Pas moins de 13 sources ont été recensées, dont 8 exploitées par les thermes.
Mais celle qui nous intéresse se cache à 3 kilomètres du centre, en empruntant le « sentier des sources ». Propriété de la commune, la source Croizat était autrefois exploitée par les thermes de La Bourboule. Cette eau s’écoule naturellement à environ 38°C dans le bassin supérieur (une vraie température de bain chaud !).
⚠️ Mise en garde : Depuis 2016, un arrêté municipal interdit officiellement la baignade, bien que le lieu reste fréquenté par les curieux. Même sans s’y tremper, le site reste un but de balade magnifique. Vous trouverez toute l’histoire de ce lieu dans l’article « La source d’eau chaude Croizat, Mont-Dore ».
Chaudes-Aigues : la ville aux eaux brûlantes
Chaudes-Aigues est un cas unique. Ici, l’eau est particulièrement chaude (entre 40°C et 82°C). L’histoire de la ville est tumultueuse. Vers l’an 450, l’évêque Sidoine Apollinaire vantait déjà ces eaux. Les thermes romains furent ensuite détruits par les invasions barbares (Goths, Vandales, Huns…), puis la ville fut mise à sac et incendiée par les protestants au XVIe siècle. Mais si les hommes passent et détruisent, les sources, elles, restent.
Aujourd’hui, sur les 32 sources recensées, beaucoup naissent directement dans des maisons privées. Il n’est pas rare ici qu’un habitant ait sa propre source au sous-sol pour se chauffer !
La Source du Par : record de France
C’est la star de la ville. Avec une température de 82°C (j’ai relevé 80,6°C au griffon), c’est la source la plus chaude de France. Historiquement, elle est célèbre pour avoir alimenté le premier réseau de chauffage urbain au monde. Mais la donne a changé.
Depuis 2010, la source du Par doit répondre en priorité aux besoins en eau chaude du nouvel établissement thermal et de l’espace thermoludique. Elle n’est donc plus une ressource permettant de chauffer un grand nombre d’habitations comme autrefois. Seule une certaine quantité est encore utilisée pour chauffer l’église.
• Derrière le portillon : l’eau est littéralement brûlante. Mais ne comptez pas vous en approcher : la source est protégée par un double portillon métallique verrouillé par un cadenas. J’ai juste pu prendre une photo du bassin en pierre où elle jaillit.
• Où en profiter ? Elle alimente la fontaine du Par à quelques mètres (qui reçoit 300L/min). L’eau y arrive quasiment à la même température, alors restez prudents.
• Autres points chauds : La ville abrite des fontaines alimentées par cette même source : Place du Marché (66°C), Place au Beurre (64°C)
Les sources de Saint-Nectaire
Saint-Nectaire n’est pas que le pays du fromage, c’est celui des eaux minérales. Sur à peine deux kilomètres, on ne compte pas moins d’une quarantaine de sources ! La plupart sont tièdes, mais toutes ont cette particularité : elles sont riches en sels minéraux.
C’est ici que l’on trouve les eaux les plus chargées d’Auvergne. Pour vous donner une idée de cette puissance invisible, voici un comparatif de la minéralisation :
| Station | Minéralisation (g/L) |
|---|---|
| Saint-Nectaire | 7,51 |
| La Bourboule | 6,66 |
| Châteauneuf-les-Bains | 4,51 |
| Mont-Dore | 1,40 |
| Chaudes-Aigues | 0,81 |
Cette richesse minérale incroyable ne se contente pas d’exister, elle transforme la matière. Depuis des siècles, l’homme a appris à dompter cette eau pour créer des objets d’art. Deux lieux emblématiques vous permettent de plonger dans cet univers souterrain :
• Les Grottes du Cornadore (L’héritage Romain) : c’est un voyage dans le temps. Dans ces galeries souterraines, l’eau tiède (autour des 20 °C) a permis aux Romains d’aménager de véritables thermes il y a 2000 ans. Vous marcherez dans leurs pas, découvrant des salles où l’eau minérale dégouline du plafond pour remplir des vasques naturelles et des gours, dans une ambiance humide et intemporelle.
• Les Fontaines Pétrifiantes (Le génie artisanal) : C’est ici que la géologie devient un art. Fondé en 1818 par Jean Serre, ce lieu unique utilise une eau plus chaude pour réaliser des bas-reliefs et des objets en calcaire. Grâce à d’impressionnantes « échelles de pétrification », l’eau ruisselle en fine pluie sur des moules, déposant ses cristaux de calcite pour créer de la pierre en quelques mois. C’est fascinant de voir l’eau « bâtir » des objets sous vos yeux.
Si vous souhaitez plonger au cœur de ce lieu, je vous invite à lire mon article complet « Visiter Saint-Nectaire : Les sources et les Grottes ».
La Tête de Lion à Saint-Floret : le monstre de calcaire
Saint-Floret possédait autrefois la « Source du ventre », historiquement réputée pour accompagner le confort gastrique des enfants, mais elle n’est malheureusement plus accessible. Heureusement, la vallée nous offre une autre merveille géologique spectaculaire : la Source de la Tête de Lion (ou source de la Ribeyre).
Située à environ 2 km du bourg, cette source a sculpté au fil des siècles un énorme bloc de travertin (calcaire) qui ressemble à une gueule de lion ouverte. C’est massif, c’est brut, et cela contraste totalement avec la nature sauvage alentour.
• L’expérience sensorielle : en collant l’oreille au sol au niveau de l’émergence, on entend la terre « gargouiller ». L’eau s’échappe en filet fortement gazeux.
• Température : environ 15°C. Ce n’est pas chaud, mais c’est vivant.
• Le goût : c’est une eau salée et ferrugineuse, ce qui explique la couleur rouge/rouille de la pierre.
• Botanique : comme au Saladis, la salinité de l’eau permet à des plantes halophiles (plantes de bord de mer) de s’épanouir ici, en pleine montagne.
Pour découvrir une autre « gueule de monstre » de ce style sculptée par l’eau, je vous invite à consulter mon article sur la fontaine pétrifiante de Réotier, dans les Hautes-Alpes.
Où dormir pour explorer les sources d'Auvergne ?
L’Auvergne est vaste. Pour optimiser votre périple « sources minérales » sans passer votre temps en voiture, voici les trois zones stratégiques où poser vos valises :
• Secteur Nord (Châteauneuf / Volvic) : Idéal pour le calme, la pêche et l’accès rapide à la Source Lefort. C’est l’Auvergne douce et verdoyante.
• Secteur Central (Mont-Dore / La Bourboule / Saint-Nectaire) : C’est le cœur touristique. Le choix parfait pour la randonnée, les visites de grottes et les paysages grandioses du Sancy. C’est là que l’offre d’hébergement est la plus riche.
• Secteur Sud (Chaudes-Aigues) : Pour une ambiance plus sauvage et isolée dans le Cantal, au plus près des eaux les plus chaudes d’Europe.
Voir les hébergements les mieux notés dans le Massif du Sancy (Zone Centrale)
Utilisez la carte interactive ci-dessous pour explorer l’ensemble de la région et comparer les prix :
Conclusion : l'Auvergne, terre de puissance
Au-delà de la carte postale des volcans éteints, ces sources nous rappellent une réalité physique : ça chauffe encore là-dessous. Que ce soit pour s’immerger à la source Lefort ou pour la découverte des eaux bouillantes à Chaudes-Aigues, ces lieux nous connectent directement à l’histoire hydrogéologique de la région.
Ces sources témoignent d’une activité géologique toujours présente sous nos pieds. Gratuites et puissantes, elles sont accessibles à ceux qui prennent la peine de les chercher. Profitez de ce guide pour les découvrir et n’oubliez pas : respectez ces lieux fragiles pour qu’ils restent accessibles à tous.
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Fabrice


