Visiter Lipari : que voir et que faire sur l’île ?

Lipari est la plus vaste et la plus habitée des îles Éoliennes. Occupée depuis le Néolithique, elle a longtemps été un lieu d’échanges, de passage et de pouvoir au cœur de l’archipel. La ville s’est développée entre Marina Lunga et Marina Corta, sous la citadelle fortifiée où le musée archéologique retrace plusieurs millénaires d’histoire éolienne.

Cette profondeur historique s’inscrit dans un territoire marqué par le volcanisme. La pierre ponce blanche, l’obsidienne noire et les couches colorées du kaolin en sont les signes les plus visibles. Par endroits, les fumerolles et les anciens sites thermaux témoignent d’une activité encore présente. Ailleurs, il n’en reste parfois que le nom d’un village.

Voici plusieurs visages de Lipari, entre histoire, paysages volcaniques et mémoire thermale.

AU SOMMAIRE :

Que voir et que faire à Lipari ?

Le château de Lipari et le musée archéologique éolien

Je n’avais pas prévu de visiter le musée. En fin d’après-midi, tous les départs en hydroptère avaient été annulés et il me restait près de deux heures avant le ferry pour Vulcano, où je logeais. Installé dans le château, à quelques minutes du port, le musée était facile à rejoindre : j’y suis allé, et je ne l’ai pas regretté.

Je suis monté par les ruelles du centre historique jusqu’à ce que l’on appelle le château. Il s’agit en réalité d’une citadelle fortifiée, installée sur un dôme naturel de lave qui domine la mer d’une quarantaine de mètres.

Vue aérienne du château de Lipari sur son promontoire rocheux, avec le port et les reliefs de l’île en arrière-plan.
Le château de Lipari domine la mer depuis son promontoire rocheux, au cœur de la ville.

En 1544, Lipari fut attaquée par Barberousse, le pirate le plus célèbre de la Méditerranée. Hayreddin était alors amiral de la flotte ottomane : au service du sultan, il multipliait les raids, les prises de villes et les captures de navires, tout en défiant Charles Quint. À Lipari, il conquit et détruisit la ville, emmenant une grande partie de ses habitants en esclavage. Les puissantes murailles visibles aujourd’hui furent élevées sous Charles Quint après cette attaque, à une époque où Lipari, comme le reste de la Sicile, relevait de la couronne espagnole.

À l’intérieur de cette enceinte, le musée archéologique éolien Luigi Bernabò Brea occupe plusieurs bâtiments. Ses collections comptent parmi les plus riches du bassin méditerranéen et retracent l’histoire de l’archipel depuis la Préhistoire, avec des outils en obsidienne, des céramiques, des objets funéraires et une remarquable collection de masques de théâtre. L’archéologie sous-marine y occupe également une place importante, avec des amphores et des cargaisons retrouvées dans les épaves autour des îles Éoliennes.

Grand ensemble d’amphores antiques exposé au musée archéologique de Lipari.
L’impressionnant ensemble d’amphores est l’une des images fortes du musée archéologique de Lipari.

Les différents pavillons rassemblent aussi des vases peints, des statuettes votives et une importante collection de masques de théâtre antiques. La visite est dense, mais jamais monotone, car les objets et les périodes changent d’un bâtiment à l’autre.

Sarcophages et grandes céramiques exposés dans une salle du musée archéologique de Lipari.
Sarcophages et grandes céramiques

J’espérais surtout visiter le pavillon de volcanologie pour voir la place qu’il accordait aux sources chaudes, aux fumerolles et au passé thermal de Lipari. À l’accueil, on m’a prévenu dès l’achat du billet qu’il était fermé. Raté pour cette fois.

Informations pratiques

  • Accès à la citadelle : gratuit.
  • Musée archéologique : 8 € en plein tarif et 4 € en tarif réduit.
  • Horaires du musée : tous les jours de 9 h à 19 h 30, avec fermeture de la billetterie à 18 h 30. Les jours fériés, de 9 h à 13 h 30.

En avançant dans la citadelle, on passe devant la cathédrale San Bartolomeo, principal lieu de culte de l’archipel éolien. 

Plus loin, le théâtre en plein air tourne ses gradins vers la mer. On le croirait antique. Pourtant, il ne date que de 1978.

Petit théâtre en pierre du château de Lipari avec la mer en arrière-plan.
Le petit théâtre dans la citadelle de Lipari

Sa position perchée fait aussi de la citadelle un belvédère ouvert sur la ville et la mer. Depuis les remparts, on domine les toits de Lipari et l’on suit les bateaux qui entrent dans le port ou en repartent, avec la mer jusqu’à l’horizon.

Vue sur Marina Corta et la ville de Lipari depuis la citadelle, avec un visiteur au premier plan et un goéland en vol.
Près du théâtre, on aperçoit Marina Corta, avec l’église San Giuseppe à la façade claire et, au bout du môle, l’église des Âmes du Purgatoire.

Marina Corta, le port où l’on s’attarde

À Marina Lunga, ferries, hydroptères, taxis et véhicules de livraison se concentrent sur un front de mer largement asphalté. Le lieu est pratique, mais ne donne pas vraiment envie d’y rester. À Marina Lunga, on arrive. À Marina Corta, on s’attarde.

Front de mer de Marina Corta avec ses façades colorées, ses terrasses et le château de Lipari en arrière-plan.
Marina Corta au pied du château de Lipari.

La via Giuseppe Garibaldi mène à Marina Corta. Boutiques, cafés et petites trattorias bordent cette rue pavée.

Autour du petit port, les comptoirs d’excursions sont nombreux. Vulcano et Salina figurent parmi les sorties proposées, mais la grande classique associe Panarea et Stromboli. Cette excursion se prolonge jusqu’après le coucher du soleil, face à la Sciara del Fuoco, pour observer depuis la mer les éruptions du Stromboli. Au retour, Marina Corta est encore bien éveillée : les terrasses sont occupées et les dîners se prolongent au bord de l’eau.

Dans la journée, certains gozzi, les barques traditionnelles, servent aussi de bateaux-taxis pour rejoindre des plages et de petites criques difficiles d’accès par la route.

Deux églises à voir autour du port

L’église San Giuseppe, qui domine Marina Corta, conserve un décor baroque et une petite représentation de la grotte de Lourdes.

Au bout du môle, l’église des Âmes du Purgatoire abrite le Presepe del Mare, une crèche permanente installée dans un village maritime miniature, avec ses maisons, ses barques et ses pêcheurs. La Nativité y est transposée dans la vie de Marina Corta. L’entrée coûte 1 €.

Le belvédère de Quattrocchi face à Vulcano

Quattrocchi signifie « quatre yeux ». Selon l’explication souvent reprise sur l’île, deux ne suffiraient pas pour profiter du panorama. La formule est un peu facile, mais le lieu tient sa promesse : les falaises de Lipari, les faraglioni et Vulcano entrent dans le même cadre.

Vue sur les falaises de Lipari et l’île de Vulcano depuis le belvédère de Quattrocchi.
Le belvédère de Quattrocchi face à l’île de Vulcano.

Au large de la côte sud, Pietra Lunga et Pietra Menalda sont les deux faraglioni de Lipari. D’autres écueils se détachent autour d’eux. Plus loin, Vulcano occupe l’horizon et, par temps clair, l’Etna se dessine derrière la côte sicilienne. J’ai consacré un article à Vulcano, de l’ascension du Gran Cratere aux bains de boue, ainsi qu’un autre à l’Etna.

Informations pratiques

Le coucher du soleil est le moment le plus recherché, lorsque la lumière atteint les falaises et les rochers face à Vulcano. Au niveau du belvédère, un kiosque propose des boissons fraîches, des bières, des bruschette et quelques produits locaux. J’y ai bu une bière sicilienne, avec des câpres offertes à la dégustation.

Le belvédère se trouve directement au bord de la route et les places de stationnement sont peu nombreuses. Les bus reliant Lipari à Quattropani passent également par Quattrocchi.

Petite terrasse du belvédère de Quattrocchi avec des vélos, des visiteurs et l’île de Vulcano en arrière-plan.
Une pause au belvédère de Quattrocchi, face à Vulcano.

Le belvédère de Quattropani depuis la Chiesa Vecchia

Le bus m’a déposé au carrefour de la petite route qui monte vers la Chiesa Vecchia, avant de poursuivre sur la route principale à travers Quattropani. De là, comptez une bonne dizaine de minutes à pied jusqu’au sanctuaire. Quattropani rassemble en réalité plusieurs localités dispersées, dont Chiesa Vecchia.

Près du sanctuaire, avant de poursuivre vers les carrières de kaolin, première étape de ma randonnée du jour, je me suis rendu compte que j’avais oublié ma bouteille d’eau en préparant mon sac. Le drone était bien là. L’eau, non. Heureusement, le bar-restaurant À Zà Tonuzza, juste à côté, m’a sauvé la mise : j’y ai acheté deux bouteilles. Avec Salina juste en face, je ne suis pas reparti tout de suite.

Verre posé sur la terrasse d’un bar de Quattropani avec l’île de Salina en arrière-plan.
Une pause face à Salina avant d’entamer la randonnée vers les carrières de kaolin.

Google Maps situe le belvédère près d’un virage. Pour profiter réellement du panorama, mieux vaut pourtant monter jusqu’au sanctuaire Maria Santissima della Catena, connu localement sous le nom de Chiesa Vecchia. Construite à la fin du XVIe siècle, la petite église se reconnaît notamment à sa coupole blanche.

Vue aérienne du sanctuaire de la Madonna della Catena à Quattropani, avec l’île de Salina en arrière-plan.
La Chiesa Vecchia de Quattropani face à Salina.

D’un côté, Salina occupe presque tout l’horizon. De l’autre, derrière le sanctuaire, apparaissent Panarea et Stromboli. Sur Panarea, la petite avancée sombre correspond à Capo Milazzese, où subsistent les vestiges d’un village préhistorique. Je présente ce site dans mon article consacré à Panarea, de Cala Junco au village préhistorique. Plus loin, Stromboli se détache à l’horizon ; je lui ai consacré un guide sur le volcan, sa randonnée et les sorties en bateau.

Panorama depuis Quattropani vers Panarea et Stromboli, avec la côte nord de Lipari au premier plan.
Derrière le sanctuaire, Panarea et Stromboli apparaissent au large.

Informations pratiques

En bus, demandez au chauffeur de vous arrêter au carrefour de la Chiesa Vecchia : la ligne principale ne monte pas jusqu’au sanctuaire. En voiture ou en scooter, quelques places permettent de se garer à proximité de l’église.

Le coucher du soleil est particulièrement recherché du côté tourné vers Salina. Tout près, À Zà Tonuzza mérite davantage qu’un simple arrêt pratique. Cette trattoria-pizzeria possède une terrasse et un jardin avec vue sur Salina, Filicudi et Alicudi. Les pizzas sont particulièrement appréciées, mais la carte propose aussi une cuisine éolienne plus travaillée. Une adresse à retenir pour dîner au coucher du soleil.

Porticello et les anciennes carrières de pierre ponce

À Porticello, la plage se trouve directement au pied des anciennes carrières de pierre ponce. Au-dessus, le Monte Pilato rappelle que ce paysage industriel est d’abord celui d’un volcan.

Plage de galets de Porticello avec une eau turquoise, les anciens pontons et les carrières blanches du Monte Pilato.
La plage de Porticello au pied du Monte Pilato et des anciennes carrières de pierre ponce.

Entre 776 et 787, une puissante éruption du Monte Pilato a formé le cône blanc et déposé d’immenses volumes de ponce sur le nord-est de Lipari. Près de cinq siècles plus tard, de nouvelles éruptions ont produit les coulées d’obsidienne de Forgia Vecchia et de Rocche Rosse. Le volcan a produit la matière. L’industrie a ensuite retaillé la montagne.

Pendant des siècles, la ponce a été l’une des principales ressources de Lipari. Elle descendait des carrières vers les bâtiments de traitement, puis jusqu’aux longues installations sur pilotis où elle était chargée sur les navires.

Anciennes carrières blanches de pierre ponce, bâtiments industriels et convoyeur sur pilotis au bord de la mer à Porticello.
Les anciennes carrières de pierre ponce et le convoyeur qui permettait de charger les navires.

L’inscription des îles Éoliennes sur la Liste du patrimoine mondial en 2000 n’a pas fermé les carrières du jour au lendemain. Le Comité du patrimoine mondial a toutefois suivi de près la poursuite de l’extraction. Après une mission conjointe de l’UNESCO et de l’UICN au printemps 2007, les carrières ont définitivement fermé le 31 août 2007.

La blancheur du relief peut faire penser à de la craie. Il s’agit pourtant de ponce, une roche volcanique remplie de bulles, parfois assez légère pour flotter. Au bord de l’eau, les bâtiments abandonnés prolongent encore ce versant blanc jusqu’à la mer.

Bâtiment industriel en ruine entre les falaises blanches de pierre ponce et la mer turquoise à Porticello.
L’un des bâtiments abandonnés au pied des anciennes carrières de pierre ponce.

Informations pratiques

Les bus en direction d’Acquacalda desservent Porticello en passant par Canneto et les anciennes carrières de pierre ponce. Depuis l’arrêt de Porticello, comptez environ 5 à 10 minutes à pied pour rejoindre la plage.

En saison, une partie de la plage est aménagée avec des parasols et des transats. Un snack-bar sert aussi des boissons et de quoi manger au bord de l’eau.

Acquacalda, un village face à Salina

Je séjournais alors à Vulcano, où je prenais chaque jour un bain de boue à la Pozza dei Fanghi, juste à côté de la Spiaggia delle Acque Calde. Le nom d’Acquacalda m’a donc forcément intrigué : je me demandais si je retrouverais ici des sources hydrothermales sous-marines ou des émissions gazeuses dans la mer.

Sur la plage, je n’ai rien observé de tel. Le nom d’Acquacalda serait lié à d’anciennes sources chaudes situées dans le secteur de San Gaetano, autour de l’église du même nom. En 1990, l’archéologue Madeleine Cavalier, l’une des grandes spécialistes de l’archéologie des îles Éoliennes, évoquait déjà une source disparue et impossible à localiser.

Cela ne signifie pas nécessairement que l’eau thermale ne circule plus sous le village. Son trajet dans le sous-sol a pu se modifier, tandis que l’endroit où elle apparaissait autrefois a pu être recouvert ou intégré depuis longtemps aux constructions. Une source peut disparaître des regards sans que l’eau ait disparu du sous-sol.

À Acquacalda, on ne sait plus où chercher l’eau chaude. Le nom est resté.

Vue aérienne de la plage de galets d’Acquacalda, au nord de Lipari, avec l’île de Salina à l’horizon.
La plage d’Acquacalda face à l’île de Salina.

La route et les maisons suivent une longue plage de galets, avec Salina juste en face. Ce jour-là, une mer presque tempétueuse frappait le rivage. Quelques minutes plus tard, depuis le bus qui longeait Canneto, le contraste était total : l’eau était presque plate et des goélands se laissaient tranquillement porter à la surface. À quelques kilomètres, on aurait dit deux mers différentes.

Informations pratiques

Les bus au départ de Lipari desservent directement Acquacalda en passant par Canneto et Porticello.

La plage est composée de gros galets, jusque dans l’eau : des chaussures aquatiques peuvent être utiles. Plusieurs bars et restaurants sont installés le long du front de mer.

Pour dormir sur place, l’Hotel Cutimare se trouve à seulement une quinzaine de mètres de la plage. L’établissement met des parasols, des transats et des serviettes de plage à la disposition de ses clients. Selon la catégorie, les chambres disposent d’une douche ou d’une baignoire hydromassante, et certaines possèdent une terrasse. Pas de bulles dans la mer, donc, mais éventuellement dans la chambre. Le Sky Bistrot permet également de prendre un verre, de déjeuner ou de dîner en terrasse.

Des carrières de kaolin aux thermes de San Calogero

Les anciennes carrières de kaolin se trouvent dans la partie occidentale de Lipari, près de Quattropani. Le site n’est pas très étendu et les fronts d’extraction se parcourent rapidement. Le panorama sur la côte vaut néanmoins l’arrêt. Surtout, les carrières marquent le départ d’une randonnée qui descend vers Punta Palmeto avant de rejoindre les thermes de San Calogero.

Vue aérienne des anciennes carrières de kaolin de Lipari, entre les reliefs couverts de végétation et la mer.
Les anciennes carrières de kaolin dominent la côte occidentale de Lipari.

Exploité depuis l’Antiquité jusqu’en 1972, le kaolin apparaît ici sous la forme de formations argileuses et de bancs plus ou moins purs. Au blanc presque éclatant se mêlent le jaune, le rose et le violet. Ces couleurs résultent notamment de l’altération des roches par les gaz fumaroliques. Le secteur appartient à la partie géologiquement la plus ancienne de Lipari et reste marqué par un volcanisme secondaire encore actif.

Passage étroit entre des parois blanches, jaunes et orangées dans les carrières de kaolin de Lipari.
Le chemin passe entre les parois creusées des anciennes carrières.
Couches de kaolin blanc, violet et jaune visibles au bord du chemin à Lipari.
Le kaolin prend par endroits des teintes blanches, jaunes et violettes.

À moins de 200 mètres des anciens fronts d’extraction, légèrement en contrebas, le sentier atteint Bagno Secco, un ancien site thermal dont il ne reste presque rien de visible. Les fumerolles sont encore actives, mais, par beau temps, leurs émissions restent presque invisibles. Des dépôts jaunes et blanchâtres marquent certaines roches. Par endroits, une légère odeur de soufre reste également perceptible. Les descriptions anciennes montrent pourtant qu’autrefois l’activité était bien plus intense.

Sentier traversant le maquis et les reliefs volcaniques dans le secteur de Bagno Secco à Lipari.
Le sentier descend des carrières de kaolin vers le secteur de Bagno Secco. Des dépôts jaunes et blanchâtres marquent certaines roches.

Bagno Secco signifie « bain sec ». Le nom ne désignait pas des bassins, mais des étuves aménagées directement sur les ouvertures des fumerolles, encore actives aujourd’hui.

En 1781, le géologue et naturaliste français Déodat de Dolomieu, qui donnera son nom à la dolomie, décrit cinq petites grottes creusées au sommet d’un monticule traversé par des fumerolles. Des émanations brûlantes remontaient du sous-sol par de petites ouvertures et se concentraient dans ces cavités, utilisées comme étuves naturelles. Les personnes y entraient pour exposer leur corps à une atmosphère mêlant chaleur, gaz et vapeur d’eau.

Trois de ces grottes communiquaient entre elles. Plus on s’enfonçait, plus la température augmentait. À certaines périodes, la chaleur devenait si forte qu’elle pouvait provoquer l’étouffement et rendre les étuves impraticables.

Reconstitution schématique du fonctionnement des anciennes étuves de Bagno Secco, d’après la description de Déodat de Dolomieu en 1781.
Reconstitution schématique du fonctionnement des anciennes étuves de Bagno Secco, d’après la description de Déodat de Dolomieu en 1781.
Ouverture entourée de roches blanches, jaunes et orangées dans la zone fumarolique de Bagno Secco à Lipari.
Une petite ouverture dans la zone fumarolique de Bagno Secco.

Plus bas, le vallon avait autrefois un tout autre visage. Dolomieu situe, environ quatre-vingt-dix mètres sous les étuves, une source considérable d’eau presque bouillante jaillissant du flanc de la montagne. Elle formait ensuite un ruisseau thermal qui descendait vers la mer près de Punta Palmeto.

Son débit suffisait à actionner trois moulins. Il faut imaginer ici le bruit du ruisseau, les roues en mouvement et la vapeur remontant du vallon. L’eau thermale ne servait pas seulement aux bains. Elle était aussi une force motrice.

Randonneur descendant dans le vallon de Bagno Secco, entre des parois transformées par l’activité hydrothermale.
Le sentier descend dans le vallon autrefois parcouru par un ruisseau thermal.

La grande éruption de Vulcano, entre 1888 et 1890, marque un tournant. Après cet épisode, les phénomènes décrits par Dolomieu se sont fortement atténués. Les anciennes étuves ne subsistent plus et le vallon n’a plus le visage qu’il décrivait au XVIIIe siècle.

Le ruisseau a disparu. Les moulins aussi. Comme si le vallon avait effacé jusqu’aux témoins les plus concrets de son passé thermal. Une petite source, au débit estimé à environ 10 litres par minute, reste recensée à Bagno Secco, mais elle n’a plus rien de comparable au puissant écoulement historique. Les fumerolles, elles, sont toujours là.

Après le vallon, le sentier débouche sur un plateau face à Salina. Cette fois, ses deux grands cônes volcaniques, le Monte dei Porri et le Monte Fossa delle Felci, apparaissent ensemble. Avec ses deux bosses bien détachées au-dessus de la mer, l’île retrouve sa silhouette de chameau.

En contrebas, vers Punta Palmeto, le ruisseau thermal achevait autrefois sa course dans la mer.

Randonneur sur le plateau de Punta Palmeto, sur la côte ouest de Lipari, avec les deux sommets de Salina en arrière-plan.
Le plateau côtier de Punta Palmeto face aux deux sommets de Salina.

La randonnée se termine aux thermes de San Calogero. Ici, dès l’âge du Bronze, l’eau thermale était déjà canalisée vers une étuve en forme de tholos, datée d’environ 1600 avant notre ère. Le site fut ensuite utilisé par les Grecs, puis agrandi à l’époque romaine avec plusieurs bassins et une piscine à gradins.

Les thermes de San Calogero, point d’arrivée de la randonnée.

À San Calogero, le destin de l’eau fut différent. Entre 1865 et 1870, un établissement thermal à vocation de sanatorium fut construit à côté des vestiges antiques. Il resta en activité jusqu’en 1975. Lipari n’est jamais devenue une grande ville d’eaux, mais ici, l’eau fut canalisée et les soins regroupés derrière les murs d’un établissement.

Le contraste avec Bagno Secco est troublant. Si son puissant ruisseau thermal n’avait pas disparu, d’importants aménagements auraient probablement été réalisés autour de son émergence. Avec un débit capable d’actionner trois moulins, l’eau aurait sans doute été conduite vers un second établissement thermal, voire vers un véritable complexe. Une route aurait gagné le vallon. Or ce sentier, qui relie aujourd’hui les carrières de kaolin aux thermes de San Calogero, est l’une des randonnées les plus marquantes de Lipari. Il n’aurait plus du tout le même visage.

La disparition de l’eau a peut-être préservé le paysage.

Vue aérienne des vestiges des thermes de San Calogero, avec une piscine romaine rectangulaire à gradins remplie d’eau, un second bassin creusé dans la roche et plusieurs personnes près de la route.
Les bassins antiques de San Calogero, avec Angelo, une figure du lieu, et quelques visiteurs autour du site. À gauche, la grande piscine thermale à gradins d’époque romaine reçoit encore l’eau de la source.

J’explique plus en détail l’histoire de la source, de la tholos de l’âge du Bronze et des bassins romains dans mon article consacré aux thermes de San Calogero.

Informations pratiques

Accès et randonnée. Depuis Lipari, prenez le bus pour Quattropani et descendez à l’arrêt Cave di Caolino. Les carrières sont à quelques minutes à pied. Comptez ensuite environ 5 km et 300 mètres de dénivelé jusqu’aux thermes. Juste après les carrières, la descente est caillouteuse sur une courte portion ; le sentier reste ensuite globalement correct. Pour repartir en bus, rejoignez Pianoconte, à environ 2,2 km des thermes, avec 175 mètres de dénivelé positif supplémentaires.

Une mémoire du lieu. Lors de ma visite, j’ai rencontré Angelo Mammana, auteur du livre Le sorgenti delle Isole Eolie, publié en 2006. Il m’a montré d’anciennes photographies des thermes conservées dans son ouvrage et m’a raconté l’histoire du site. Il m’a aussi expliqué qu’il n’avait plus les clés permettant d’ouvrir le bâtiment, qui est donc resté fermé ce jour-là. Sa présence sur place n’est évidemment pas garantie.

Les excursions en bateau au départ de Lipari

Depuis Marina Corta, les bateaux rejoignent facilement les autres îles Éoliennes. Pour voir le Stromboli en activité, choisissez une sortie Panarea–Stromboli qui se prolonge après le coucher du soleil devant la Sciara del Fuoco.

La sortie Salina–Lipari privilégie davantage les côtes, les criques et les arrêts baignade. Depuis la mer, les falaises, les grottes et les anciennes carrières de pierre ponce apparaissent sous un autre angle, tandis que certaines portions du littoral restent inaccessibles par la route.

Avant de réserver, vérifiez surtout la durée des escales et des baignades : une sortie collective coûte moins cher, tandis qu’un petit bateau avec skipper laisse davantage de liberté.

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Où dormir à Lipari ?

Sans voiture ni scooter, Lipari-ville reste le choix le plus pratique : le port, Marina Corta, les arrêts de bus et les départs d’excursions sont accessibles à pied. Trois hôtels permettent de profiter de cette situation avec des cadres assez différents.

Hotel Mea — Cet hôtel 4 étoiles se trouve à quelques minutes du port et du centre. Son restaurant et sa piscine panoramique dominent Marina Lunga et la citadelle. Le meilleur compromis pour tout faire à pied tout en profitant d’une belle vue.

Borgo Eolie — Proche du centre, cet hôtel 3 étoiles réunit plusieurs petits bâtiments autour d’une piscine. Une navette gratuite relie également l’établissement au port. Une adresse simple et pratique lorsque l’on voyage sans véhicule.

Villa Enrica — Installé sur les hauteurs de Marina Lunga, cet hôtel 4 étoiles possède un jardin méditerranéen et une piscine à débordement dominant la baie. À choisir surtout pour le panorama et un cadre plus retiré du port.

Pour dormir face à Salina

À Acquacalda, l’Hotel Cutimare se trouve à une quinzaine de mètres de la plage. Certaines chambres disposent d’une terrasse ou d’une baignoire hydromassante. Une option différente, tournée vers la mer et Salina, mais plus éloignée de Lipari-ville.

Voir tous les hébergements disponibles à Lipari

Préparer son séjour à Lipari

Comment rejoindre Lipari ? Milazzo reste le point de départ le plus pratique, avec de nombreux hydroptères qui rejoignent l’île en environ une heure. Les ferries sont plus lents, mais permettent d’embarquer un véhicule. En été, des liaisons existent également depuis Messine, Reggio de Calabre et Palerme. Depuis Naples, la traversée est beaucoup plus longue.

Combien de jours prévoir ? Une journée permet de découvrir le château, Marina Corta et plusieurs des sites présentés dans cet article grâce aux bus. Une nuit sur l’île permet aussi d’assister au coucher du soleil depuis Quattrocchi ou Quattropani. Pour profiter des plages, faire la randonnée des carrières de kaolin aux thermes de San Calogero et partir en excursion en bateau, comptez plutôt trois à quatre jours.

Comment se déplacer sur l’île ? Le centre de Lipari se visite facilement à pied. Les bus desservent notamment Canneto, Porticello, Acquacalda, Pianoconte et Quattropani. Une voiture ou un scooter apporte davantage de liberté, mais n’est pas indispensable pour découvrir l’île.

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Fabrice

Fabrice, enchanté !

Bienvenue ! À l’écoute des bienfaits de la nature, je partage ici mes découvertes. Des sources chaudes aux piliers du vivant — l’eau, l’air et la lumière — redécouvrons ensemble notre lien profond avec les éléments.

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