Sources chaudes sauvages Pyrénées-Orientales : le guide complet
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 19 juin 2026
Dans les Pyrénées-Orientales, l’eau chaude ne se limite pas aux stations thermales. Bien sûr, dans une région aussi marquée par le thermalisme, la plupart des sources ont été captées, canalisées puis intégrées à des établissements. Mais dans les vallées de la Têt et du Tech, quelques écoulements restent encore à l’air libre, au contact de la roche et de la montagne.
Ce sont ces lieux qui m’intéressent ici : des bains simples, parfois sommaires, où l’eau n’a pas entièrement disparu derrière les murs. On n’y vient pas chercher le confort d’un spa, mais une relation plus directe avec ce qui sort du sous-sol : la chaleur, la pierre, la pente, et une eau encore lisible dans son milieu.
AU SOMMAIRE :
L’autre histoire thermale des Pyrénées-Orientales
On associe souvent les Pyrénées-Orientales à des sources chaudes restées libres. La réalité est plus nuancée. Beaucoup d’eaux ont été captées, reliées à des établissements, puis intégrées à des projets thermaux parfois ambitieux. Mais toutes n’ont pas donné naissance à des stations capables de durer.
Dans les vallées de la Têt et du Tech, le relief impose vite ses limites. Les rivières occupent le fond, les versants descendent près de l’eau, les terrains disponibles sont rares. L’eau chaude pouvait être là, mais sans offrir autour d’elle les conditions nécessaires pour bâtir une vraie ville d’eaux. Ici, le relief a souvent trié les possibles.
Thuès-les-Bains, longtemps désigné sous le nom de Graus d’Olette, résume bien cette histoire. En 1850, Dominique Bouis achète les sources. L’année suivante, un premier établissement ouvre avec seulement deux cabinets de bains. On vient déjà pour l’eau, mais on ne séjourne pas encore vraiment sur place : les curistes logent à Olette ou dans les environs, comme si la source existait d’abord avant la station.
À Thuès, la géographie commande tout. Le site est pris dans une gorge étroite, entre la rivière et la montagne. Impossible de déployer une station comme on le ferait sur un replat. Alors on construit en hauteur : les bains en bas, les logements et les galeries au-dessus, accrochés au relief. Cette architecture verticale n’est pas un effet de style, mais une réponse directe au manque de terrain.
La station connaît pourtant une phase importante de modernisation au début du XXe siècle, notamment entre 1910 et 1914, avec l’arrivée du chemin de fer et le réaménagement de l’ensemble thermal. Mais les travaux coûtent cher. Les difficultés financières s’accumulent, et l’établissement est vendu aux enchères dès 1926.
Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle tentative de relance est engagée. Elle ne suffit pas. En 1958, l’activité thermale s’arrête.
Dans le secteur, Canaveilles raconte une autre forme de fragilité : une station née autour de ses sources, puis ravagée par un incendie avant de tomber dans l’abandon.
Ces trajectoires expliquent pourquoi certaines eaux chaudes sont restées plus libres. Elles n’ont pas été préservées pour les amateurs de bains naturels. Elles se trouvaient souvent dans des sites trop resserrés, avec des accès difficiles, des aménagements coûteux ou des débits insuffisants pour justifier une exploitation durable.
Par la force du terrain, de l’eau disponible et des équilibres économiques, certaines sources sont ainsi restées au bord de l’histoire thermale, encore visibles aujourd’hui comme des émergences autonomes.
Où se baigner dans les Pyrénées-Orientales ? Les lieux à connaître
Bains libres ou établissements thermaux ?
Dans les Pyrénées-Orientales, tous les bains chauds ne racontent pas la même histoire.
D’un côté, il y a les bains libres : des sources encore visibles, avec des vasques naturelles ou sommairement aménagées, accessibles sans réservation ni entrée payante. C’est l’approche la plus directe, mais aussi la moins confortable.
De l’autre, les établissements thermaux et les spas proposent une expérience plus encadrée : bassins entretenus, installations, soins, vestiaires et horaires définis.
Les deux approches n’ont pas le même esprit. L’une cherche le contact avec la source telle qu’elle se présente encore dans le paysage. L’autre privilégie le confort, la sécurité et les services.
À noter : les bains libres se fréquentent sous votre responsabilité. En montagne, l’accès libre suppose aussi prudence, discrétion et respect du lieu.
La carte ci-dessous recense les principaux lieux liés aux eaux chaudes dans les Pyrénées-Orientales : bains libres, anciens sites thermaux, établissements encore actifs et sources visibles dans le paysage.
Les trois bassins d'eau chaude à Thuès-entre-Valls
Une porte d’entrée idéale
Parmi les bains libres des Pyrénées-Orientales, Thuès-entre-Valls fait partie des sites les plus accessibles. Il faut tout de même marcher un peu, mais la sortie ne devient pas une randonnée longue ou isolée. C’est souvent par là que l’on découvre ce type de source dans le département.
Le lieu garde pourtant un caractère simple. Si ces bassins ne sont pas devenus un véritable équipement thermal, ce n’est sans doute pas par manque d’intérêt. Le site reste contraint, à l’écart des grands espaces nécessaires à une exploitation plus lourde, et le débit paraît trop modeste pour justifier un aménagement d’envergure.
Ailleurs, certaines eaux chaudes ont pu être captées puis conduites vers des établissements, parfois sur plusieurs kilomètres. Ici, on reste dans une autre échelle : quelques bassins modestes, une eau chaude qui arrive sur place, et un rapport direct à l’émergence.
Accès aux bassins de Thuès-entre-Valls
Le départ se fait depuis le village de Thuès-entre-Valls, où l’on peut se garer sur les emplacements prévus à cet effet, selon les possibilités du moment.
Le chemin commence près du village, puis franchit la voie ferrée par un passage à niveau. La prudence est indispensable : le Train Jaune circule sur cette ligne et son troisième rail est électrifié. Il ne faut jamais marcher sur les voies ni sortir du passage prévu.
Suivez ensuite le chemin de Las Ayguès Calentes jusqu’aux bassins. Comptez au minimum 30 minutes de marche, davantage si vous prenez votre temps.
Une source directe, mais des bassins aménagés
À Thuès-entre-Valls, les bassins sont nettement aménagés. Un mur de pierres maçonnées les délimite, et le fond a été pavé. Sur ces pierres, les dépôts et les micro-organismes donnent parfois à l’eau de très belles couleurs.
Le lieu reste agréable, mais il faut comprendre ce que l’on vient chercher ici. On n’est pas dans une vasque creusée naturellement dans la terre. Le contact avec le sol naturel a laissé place à un fond construit, plus stable, mais aussi moins brut que dans d’autres sources libres de la région.
Le vrai point fort reste la proximité de l’émergence. L’eau jaillit au niveau du petit bassin supérieur, puis circule de bassin en bassin, sur une distance courte et visible. Même si les vasques sont maçonnées et pavées, on garde ici un rapport direct à la sortie de l’eau.
La température varie selon les bassins. Le plus petit est généralement le plus chaud. Le deuxième tourne autour de 42 °C. Le troisième, plus grand, atteint environ 40 °C et peut accueillir plusieurs personnes, jusqu’à six environ lorsque le bassin est bien occupé.
Le canyon d'eaux chaudes à Thuès-les-Bains
L’entrée dans la gorge thermale
À Thuès-les-Bains, l’intérêt du lieu ne vient pas seulement des bassins, mais aussi de la gorge où circule la Fajet. Le cours d’eau traverse un passage rocheux, étroit par endroits, plus ouvert à d’autres, avec des parois qui changent au fil du sentier.
Pour accéder au secteur de la Marmite, on emprunte le chemin qui passe au-dessus de l’ancien établissement thermal de Thuès-les-Bains, puis on traverse la voie ferrée au passage prévu. Une fois de l’autre côté, il faut suivre le sentier sur la droite, presque jusqu’au bout.
La Marmite
Pour rejoindre la Marmite, il faut descendre dans la gorge par un passage raide, où la roche et la pente demandent un minimum d’attention. Cet accès moins évident contribue aussi à garder le lieu plus calme que les trois bassins aménagés de Thuès, décrits plus haut.
Sous un abri sous roche, une émergence d’eau chaude alimente directement une vasque située au bord du cours d’eau. L’eau arrive très chaude, mais une petite arrivée d’eau plus froide vient la tempérer naturellement. C’est cet équilibre qui rend le bain possible.
Ici, tout tient à peu de chose : la roche, la pente, le débit, la rencontre entre l’eau chaude et l’eau froide. La Marmite n’a rien d’un bassin pensé pour le confort. C’est plutôt un bain rendu possible par le terrain lui-même.
Le cours d’eau de la Fajet
Une fois en bas, on rejoint le lit de la Fajet. Dans cette partie de la gorge, l’eau n’a pas vraiment l’allure d’un torrent de montagne. Elle circule de vasque en vasque, mais son mouvement reste discret. On le perçoit surtout là où l’eau franchit un seuil, glisse sur la roche ou ressort d’un bassin.
Cette lenteur donne au lieu une atmosphère particulière. Le cours d’eau reçoit, au fil de la gorge, plusieurs arrivées d’eau chaude. La chaleur ne vient donc pas d’un seul point isolé : elle se manifeste par touches, dans les vasques, les parois et les zones de contact avec la roche.
Cette présence thermale diffuse donne au secteur une ambiance très différente des trois bassins aménagés de Thuès. Ici, l’eau chaude ne se limite plus à un bassin bien délimité. Elle se mêle au cours d’eau, accompagne la gorge et rend le lieu plus vivant, mais aussi plus difficile à saisir d’un seul regard.
La Cascade
Plus bas dans la gorge, le secteur de la Cascade marque un autre niveau du site. L’eau descend le long de la paroi rocheuse sur plusieurs mètres, puis rejoint plusieurs zones où se mêlent eau chaude et écoulements plus frais.
Dans cet ensemble assez irrégulier, une zone de baignade se distingue davantage. Sa forme est plus lisible que le reste du site, presque comme un vrai bassin, mais l’aménagement reste très simple. Le bain tient surtout à la roche, au cours d’eau et aux écoulements d’eau chaude qui arrivent sur le côté.
Le thermalisme accroché au versant
Sur le chemin du retour, l’ancien établissement thermal se comprend mieux quand on regarde son implantation. Le grand bâtiment occupe une bande étroite au pied du versant. Tout près passent la Têt, puis la route, avant que la montagne ne remonte presque aussitôt de l’autre côté. Plus haut, la gare du Train Jaune rappelle que le site s’est organisé en niveaux, faute d’espace pour s’étendre librement.
Mais l’essentiel se jouait autour du bâtiment et à l’intérieur même de celui-ci. Les émergences et les captages se trouvent dans ce secteur, y compris le long du chemin qui mène vers la gorge. L’eau était conduite vers l’établissement, où les bains se prenaient au rez-de-chaussée. Thuès-les-Bains s’est donc développé au plus près des sorties d’eau, dans l’espace réduit que la vallée permettait.
Cette implantation rejoint l’histoire du lieu. En 1833, les Graus d’Olette, ancien nom de Thuès-les-Bains, comptaient déjà plus de trente sources d’eaux thermales sulfurées sodiques. L’arrivée du chemin de fer a ensuite facilité l’accès au site et accompagné son développement, sans effacer la contrainte du terrain.
Aujourd’hui encore, cette superposition reste visible : les anciens bâtiments, la voie ferrée, la pente et les eaux chaudes racontent un thermalisme construit avec peu d’espace, dans un lieu où la montagne a toujours imposé ses limites.
Les Bains de Canaveilles à Nyer
Le bain mêlé de la Têt
Situés dans le lit même de la Têt, les bains de Canaveilles offrent une expérience à part. Ici, rien n’est parfaitement stable : l’eau thermale arrive depuis la rive droite, mais la rivière, froide et vive, vient sans cesse s’y mêler.
À savoir avant d’y aller
L’accès aux bains de Canaveilles demande un peu d’attention. Le stationnement se fait juste après le tunnel sur la RN116, sur le bas-côté, en face de la D28 qui monte vers Canaveilles.
Il faut ensuite descendre à pied vers la Têt, puis traverser la rivière pour rejoindre la zone des bains. Cette traversée ne doit pas être prise à la légère : selon la saison, la météo et le débit, elle peut devenir délicate, voire dangereuse.
Mieux vaut éviter le site après un orage, lors d’une montée des eaux ou lorsque la Têt coule trop fort. Ici, l’accès fait pleinement partie des limites du lieu.
Un bain à apprivoiser
À Canaveilles, le bain demande un peu d’adaptation. L’eau chaude et l’eau froide ne se mélangent pas toujours de façon homogène : la chaleur reste souvent en surface, tandis que l’eau plus froide se fait sentir plus bas, surtout près des jambes.
Il faut donc bouger, brasser l’eau, chercher le bon endroit. Les vasques, simplement délimités par des pierres et des galets, laissent passer l’eau de la Têt. La température change donc d’un point à l’autre, et il faut souvent bouger ou brasser l’eau pour trouver le bon équilibre.
C’est ce qui fait l’intérêt du lieu, mais aussi sa limite : on ne s’installe pas ici dans un bassin parfaitement réglé. On compose avec la rivière.
Le Relais de l’Infante : une station dans un site exposé
En amont des bains de Canaveilles, à environ 500 mètres, les restes de l’ancien hôtel thermal apparaissent dans le défilé des Graus. Le bâtiment, connu sous le nom de Relais de l’Infante, rappelle qu’ici aussi l’eau chaude a été exploitée, mais dans un site très contraint, au fond d’un couloir rocheux où la Têt laisse peu de place aux constructions.
Plusieurs sources jaillissent sur la rive gauche de la Têt, certaines directement dans le lit de la rivière. Cette proximité faisait l’intérêt du lieu, mais aussi sa fragilité. On venait chercher l’eau chaude, on tentait de l’utiliser, mais il fallait composer avec une vallée étroite, une rivière active et des installations difficiles à protéger.
L’inondation de 1876 frappe durement le secteur. Elle montre ce que l’on devine encore sur place : l’eau chaude pouvait attirer les curistes, mais le site restait exposé. Dans ces gorges, la rivière qui bordait les installations pouvait aussi menacer ce qui avait été construit autour des sources.
Le déclin du Relais de l’Infante ne tient pourtant pas à une seule crue. Comme souvent dans ces vallées, plusieurs fragilités s’additionnent : accès difficile, relief resserré, coûts d’aménagement, entretien des bâtiments. À Canaveilles, l’incendie viendra ensuite porter le coup final. L’ancienne station finira ravagée, puis abandonnée.
Le Relais de l’Infante résume bien cette histoire : dans les Pyrénées-Orientales, l’eau chaude ne suffisait pas toujours à faire durer une station. Il fallait aussi un site moins exposé, un accès durable et les moyens de tenir face aux crues, aux coûts et au temps.
Les sources d'eau chaude de Prats-Balaguer
Le bain le plus sauvage
Prats-Balaguer n’est pas seulement une source chaude de plus. C’est sans doute l’un des rares endroits du département où le bain thermal garde encore une vraie part sauvage.
L’accès aux sources
L’accès à Prats-Balaguer demande un vrai temps d’approche. Depuis le départ du sentier, au niveau du virage sur la D28 en direction du hameau, il faut compter au minimum 20 minutes de marche tranquille. Le chemin commence par descendre, puis se poursuit sur un tracé plus régulier. Depuis Fontpédrouse, il faut prévoir au minimum 45 minutes de plus.
Il faut le dire franchement : cette marche fait le tri. Pour qui est épuisé, ou cherche un bain immédiatement accessible, les établissements thermaux classiques gardent toute leur logique. Mais pour qui peut encore accepter la marche, l’expérience change de nature.
L’effort prépare le corps, puis le bain chaud prend le relais. Ici, on ne se contente pas de consommer un bain : on l’atteint.
Ce qui distingue Prats-Balaguer
Contrairement à Canaveilles ou à Thuès, Prats-Balaguer donne une impression plus directe.
Pas de mélange immédiat avec la rivière : l’eau ne se mêle pas directement à une eau froide de surface avant le bain.
Un contact plus naturel avec le sol : pas de béton, pas de pavage. On reste au contact de la pente, des pierres et du terrain.
Un refroidissement par la pente : l’eau sort autour de 69 °C, puis perd progressivement de la chaleur en descendant à travers une série de vasques. On choisit donc son bassin selon la température recherchée, et non selon un réglage imposé.
C’est peut-être ce qui place Prats-Balaguer à part : ici, l’eau descend la montagne à sa manière. Le baigneur ne fait que trouver sa place dans ce mouvement.
→ Voir mon article complet : Bains sauvages de Prats-Balaguer.
Les Bains de Dorres
L’exception bien pensée
Je fais ici une entorse à ma préférence pour les sites totalement sauvages. Dorres est payant, les bassins sont construits, et l’aménagement est bien réel. Mais l’ensemble reste cohérent avec la source.
Un aménagement sans excès
À 1 500 mètres d’altitude, les bains de Dorres s’ouvrent sur la montagne. Les bassins, habillés de granit, s’inscrivent dans un cadre aménagé, avec pelouses, terrasses et espaces de repos. Rien de sauvage, donc, mais l’ensemble reste assez sobre pour ne pas effacer complètement la présence de la roche, de l’eau et du paysage.
Autre point important : le site a été aménagé au plus près du griffon, c’est-à-dire du point d’émergence de la source, captée dans un petit puisard artésien. On reste donc dans un rapport très direct à l’eau.
La gestion de l'eau
Dorres a surtout fait le choix de ne recourir ni au stockage, ni au traitement chimique, ni à une correction de température. L’eau arrive directement de la source, à une température qui permet la baignade telle quelle, et le débit suffit à maintenir les bassins sans intervention lourde.
Cette exigence impose des bassins limités en taille et en profondeur. Mais ici, la contrainte fonctionne bien : leur faible volume permet un renouvellement rapide de l’eau, dans une vraie logique d’eau courante.
Dorres montre qu’une source peut être aménagée sans trop la trahir, à condition d’accepter des bassins modestes, une eau non corrigée et une gestion qui laisse encore une place à la source elle-même.
Les curiosités : Reynes et Amélie-les-Bains
Le lavoir de Reynes
Ici, l’eau chaude sort directement du rocher, au contact même du lavoir. On imagine facilement l’usage qu’elle pouvait avoir autrefois, notamment en hiver, lorsque les lavandières venaient rincer le linge dans une eau autour de 28 °C. Le trop-plein rejoint ensuite le Correc de Can Guillet, le petit ruisseau qui passe juste à côté du lavoir.
Le lieu a gardé une simplicité très directe : une source, un lavoir, un écoulement, sans mise en scène particulière. Un habitué, qui fréquente la source depuis plus de 60 ans, m’a confié qu’elle pouvait aider à soulager les rhumatismes, tout en laissant sur la peau une sensation de douceur particulière.
La Source du Monjolet à Amélie-les-Bains
La source du Monjolet a été découverte en 1756. Son débit reste très faible, autour de 2 litres par minute, ce qui explique sans doute en partie sa discrétion.
Le Monjolet se trouve à quelques minutes à pied des Thermes romains d’Amélie-les-Bains, en remontant vers la forêt. Pourtant, il semble déjà à part : un petit oratoire en marge du fonctionnement organisé de la station. Pas d’horaires, pas d’accueil, pas de robinet à ouvrir : seulement une eau qui coule en continu, avec un débit presque au compte-gouttes.
Ce faible débit n’empêche pas la source d’être immédiatement reconnaissable. Ici, l’odeur de soufre est très présente. Un ancien du village, rencontré sur place, la décrivait même comme « la meilleure odeur de la station ». La formule dit bien l’attachement local à cette petite source.
Dans ce petit abri maçonné, l’eau arrive par un simple tuyau avant de tomber dans une auge étroite. Chargée de glairine, elle est traditionnellement recherchée pour des applications locales sur la peau. Avec un filet d’eau si mince, le Monjolet n’avait sans doute pas de quoi soutenir une exploitation thermale d’envergure. C’est aussi ce qui explique qu’il soit resté visible ici, dans une forme très simple.
Reste la question de la température. Les informations disponibles donnent généralement une eau autour de 26 à 30 °C, une fourchette déjà large pour une source thermale. Mon relevé, au-dessus de 35 °C, rend cette variation encore plus difficile à expliquer. L’exploitation des eaux situées plus bas pourrait-elle influencer ponctuellement le débit ou la température du Monjolet ? Impossible de l’affirmer, mais la question mérite d’être posée.
Nature des eaux : avant les minéraux, la chaleur
Avant même de parler de soufre, de silice ou d’oligo-éléments, il faut rappeler un point simple : l’eau chaude agit déjà par sa température.
Lorsqu’on s’immerge, la chaleur favorise la dilatation des vaisseaux. Le sang circule plus facilement en surface, les tissus se réchauffent, et le corps entre peu à peu dans un état de relâchement. C’est l’un des grands effets des bains chauds sur la circulation sanguine, avant même d’aborder la composition propre de chaque source.
Viennent ensuite les minéraux dissous, les gaz, l’odeur de soufre, la glairine parfois, et toute une vie microscopique qui rappelle qu’une source chaude n’est pas seulement de l’eau chauffée.
Le soufre, le fil conducteur des sources pyrénéennes
La plupart des sources chaudes des Pyrénées-Orientales partagent une même signature : une eau sulfurée sodique, marquée par la présence de sulfure d’hydrogène. C’est lui qui donne cette odeur d’œuf caractéristique, plus ou moins nette selon les sites.
Il ne faut pourtant pas imaginer une odeur écrasante partout. Les teneurs en sulfure d’hydrogène restent généralement modérées, autour de 5 à 8 mg/L selon les sources. On perçoit donc bien le soufre, mais souvent de façon légère, surtout à l’air libre.
Le lavoir de Reynes fait ici exception : son eau chaude ne présente pas cette odeur soufrée marquée. Cette différence rappelle que toutes les sources du département ne se ressemblent pas, même lorsqu’elles appartiennent au même ensemble thermal régional.
Cette présence soufrée explique en partie la réputation ancienne de plusieurs de ces eaux. Elles ont longtemps été recherchées pour les voies respiratoires, la sphère ORL et la peau. Dans les bains libres, cette dimension reste plus simple : on n’est pas dans un soin médical organisé, mais dans un contact direct avec une eau chaude, minérale, encore proche de sa sortie naturelle.
Pour prolonger ce point, j’ai consacré un article aux liens entre soufre, hydrogène sulfuré et voies respiratoires : Nettoyer ses poumons naturellement : ce qui aide vraiment.
Une minéralité plus discrète qu’on ne l’imagine
Ces eaux ne sont pas forcément très chargées en minéraux. Dans les analyses disponibles, leur minéralisation reste généralement faible, souvent bien en dessous de 2 g/L.
C’est un point important : leur force ne vient pas d’une concentration massive en sels minéraux, mais d’un profil plus particulier. Elles sont souvent sulfurées sodiques, avec un pH nettement alcalin, souvent autour de 8,5 à 9. Ce niveau reste compatible avec une eau potable sur le plan réglementaire, mais il s’éloigne du profil plus neutre que l’on associe spontanément à une eau de boisson ordinaire.
On y retrouve aussi, selon les sources, de la silice, du fluor, du lithium, du bore ou du strontium. Ce ne sont donc pas des eaux « lourdes » au sens d’une forte minéralisation totale, mais des eaux marquées par quelques éléments bien identifiables.
Cela rappelle qu’une eau thermale ne se juge pas comme une eau quotidienne. Sa logique est celle d’un usage ponctuel, lié à sa température, à ses gaz, à ses oligo-éléments et à l’histoire médicale qui l’a accompagnée.
La glairine : une eau habitée
Dans certaines sources, on observe une substance blanchâtre et mucilagineuse, parfois sous forme de filaments ou de gelée flottante. On l’appelle glairine, ou barégine.
Il ne faut pas la confondre avec une saleté. Cette matière est liée à l’activité de micro-organismes associés aux eaux sulfureuses. Sa présence rappelle qu’une source chaude n’est pas une eau inerte : elle reste prise dans un milieu vivant.
Traditionnellement, la glairine a été recherchée pour des applications locales sur la peau, avec une réputation apaisante et adoucissante. Cette mémoire d’usage accompagne depuis longtemps les eaux sulfureuses.
Voir de la glairine, c’est donc comprendre quelque chose d’essentiel : une source thermale libre ne se résume pas à une eau chauffée par le sous-sol. C’est aussi une eau habitée, transformée par son trajet, ses gaz, ses minéraux et toute la vie microscopique qui s’y développe.
Où dormir pour profiter des sources ?
Pour visiter les sources de Prats-Balaguer, mais aussi celles autour de Thuès-les-Bains et de Canaveilles, le plus simple est de chercher un hébergement dans la vallée de la Têt, entre Fontpédrouse, Thuès et Olette.
→ Voir les hébergements disponibles à Fontpédrouse et dans la vallée.
La carte ci-dessous permet de comparer les logements autour des principales sources chaudes du secteur, selon votre itinéraire et la durée du séjour.
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6 réflexions au sujet de “Sources chaudes sauvages Pyrénées-Orientales : le guide complet”
Merci pour ces excellentes informations . Photos très belles , bonnes indications
Bonjour Milou, merci pour votre message.
Merci pour votre article, très détaillé.
Je suis allé à
1. Les trois bassins d’eau chaude – Thuès-entre-Valls et
3. Les Bains de Canaveilles – Nyer
4. Les sources d’eau chaude de Prats-Balaguer
en été 2020.
Le numéro 4 était vraiment bien. On pouvait profiter des sources chaudes dans différents bassins. Cependant, il y avait beaucoup de gens qui campaient à proximité et jetaient leurs déchets sur place, ce qui rendait l’endroit très sale. C’était vraiment dommage.
Merci ! C’était regrettable pour les déchets ! L’installation de tels campements toute l’année à proximité de la source chaude soulevait en effet de réelles interrogations quant à la propreté des lieux. La situation a toutefois probablement évolué positivement : des pierres empêchent désormais tout stationnement au bord de la route menant à la source. 😀
Merci pour toutes ses informations très intéressantes. Connaissez vous des sources naturel sur Bagnère de luchon, 31110?
Bonjour Patrice,
Comme toute ville d’eaux, Luchon a connu la « fièvre thermale ». Les travaux de forage ont permis de passer de huit à onze sources (après 1830) à près de soixante-dix sources aujourd’hui, dont la température varie de 22 à 66 °C. Les sources actuelles sont donc captées (et inaccessibles).