Sources de Sainte-Marguerite : le spectacle du geyser
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 30 août 2026
Au bord de l’Allier, sous le puy Saint-Romain, les sources de Sainte-Marguerite racontent une autre histoire des eaux d’Auvergne. Ici, on ne visite plus une station thermale en activité, mais les traces d’un ancien parc thermal du XIXe siècle, où les eaux salées continuent de surgir dans le paysage.
Le lieu a gardé plusieurs visages : vestiges de station, ancienne activité d’embouteillage, sources minérales, dépôts de travertin, flore halophile et surtout la source Brissac, ce « geyser » intermittent qui se réveille à intervalles réguliers.
C’est ce contraste qui rend la balade intéressante. Les bâtiments rappellent l’ambition thermale passée ; l’eau, elle, continue son travail dehors. Elle bulle, déborde, se perd dans les zones humides, colore le sol et transforme les abords de l’Allier.
À Sainte-Marguerite, le thermalisme n’a pas totalement disparu : il a changé de forme. Il ne se visite plus dans les baignoires, mais au bord du chemin, devant une eau minérale encore active.
AU SOMMAIRE :
Accès et histoire : l’ancien parc thermal des bords de l’Allier
Classé Natura 2000 et géré avec l’appui du Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne, le site de Sainte-Marguerite est aujourd’hui à la fois un espace naturel protégé et un ancien site thermal. On ne vient donc pas seulement voir des sources : on traverse un milieu fragile, façonné par les eaux minérales et les dépôts qu’elles laissent au sol. Les plantes halophiles en sont l’un des signes les plus visibles.
La fréquentation des eaux remonte à des temps anciens. Vous trouverez un panneau pédagogique qui signale la présence de thermes romains dès l’Antiquité, puis rappelle que Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours mentionnaient déjà ces sources réputées guérisseuses. En 1605, Jean Banc mentionne sept sources très fréquentées.
Le lieu prend ensuite son visage thermal au XIXe siècle. Un premier établissement assez sommaire apparaît vers 1840, avant d’être détruit par une crue en 1866. Deux ans plus tard, en 1868, un second établissement thermal est construit : il pouvait accueillir jusqu’à 600 curistes par jour. La vente aux enchères de 1889 marque ensuite le recul de cette activité thermale.
Aujourd’hui, Sainte-Marguerite se parcourt comme un ancien parc thermal rendu au paysage. On ne vient plus y suivre une cure organisée autour des sources : on suit désormais l’eau dehors, au bord du chemin, entre patrimoine oublié, sources encore présentes et milieu naturel protégé.
Informations pratiques
- Accès : visite libre et gratuite toute l’année.
- Parking : en face de l’usine Sainte-Marguerite.
- Parcours : le sentier du geyser démarre au fond du parking. Comptez environ 45 minutes pour une boucle facile d’environ 1 km.
- À voir : la source de l’Île, la source du Tennis et surtout le geyser Brissac.
Le site : une station thermale reprise par la nature
Ce qui frappe en arrivant, c’est le décalage entre les vestiges bâtis et le paysage redevenu très libre. À Sainte-Marguerite, on n’est pas dans une grande ville d’eaux comme Vichy, mais dans une ancienne station thermale plus modeste, installée au bord de l’Allier, entre sources, prairies humides et bâtiments fermés.
L’ancien établissement thermal est toujours là, avec ses volets bleus, face à l’Allier. Fermé au public, il porte encore sur sa façade les traces de son ancienne fonction : des tuyauteries courent toujours le long des murs.
Les bains ne se prenaient pas directement dans le milieu naturel des sources. Leurs eaux étaient captées sur le site puis amenées jusqu’aux baignoires de l’établissement.
Entre la source et le baigneur, l’eau passait donc déjà par des aménagements techniques.
La Source de l’Île, ou source Jules-César
Autrefois, elle se trouvait sur un îlot de l’Allier, relié à la berge par une passerelle. Avec le déplacement du cours de la rivière, cet îlot a fini par être rattaché à la rive actuelle.
Aujourd’hui, il ne reste ni île visible, ni passerelle. La source se trouve au cœur d’une ancienne buse en béton, prise dans la végétation. L’eau minérale y affleure, limpide et gazeuse, puis s’anime par moments : des bulles remontent, la surface se soulève, et un bref jaillissement apparaît.
Ce phénomène s’explique par l’accumulation de gaz carbonique dans le conduit. Quand la pression devient suffisante, l’eau est poussée vers la surface. Rien de spectaculaire, mais un signe discret que le sous-sol travaille encore.
La Source Brissac : le spectacle du Geyser
La source Brissac est le moment le plus attendu du parcours. À première vue, le site paraît calme : on s’assoit sur le banc, on attend, puis le système se met en pression. L’eau jaillit au centre du bassin, au sommet du tube, mousseuse, avant de se rabattre le long du conduit. L’activité se poursuit quelques minutes, puis la source retrouve son calme.
Après cette phase active, il faut généralement attendre une vingtaine de minutes pour la voir recommencer. Le trop-plein rejoint ensuite la roselière et les zones humides voisines.
Ce n’est pas un geyser volcanique au sens strict, mais une source captée dont l’eau remonte dans un tube. Le gaz contenu dans l’eau minérale met le système en pression ; quand celle-ci devient suffisante, l’eau est poussée vers la surface.
C’est ce qui rend la source Brissac si fascinante : on voit une eau minérale se mettre en pression, jaillir quelques instants, puis retourner simplement dans le paysage.
Quand le geyser s’active, une odeur d’œuf pourri se dégage. Elle vient notamment du sulfure d’hydrogène, ou H₂S, caractéristique de certaines eaux minérales. En plein air, l’odeur se disperse vite, mais elle participe clairement à l’atmosphère thermale.
Les autres sources du parcours
La source Robinet
Le petit édicule aujourd’hui appelé Source Robinet semble avoir été avant tout une ancienne buvette. Les documents l’associent au secteur de Brissac : l’eau y était amenée jusqu’aux curistes, et un robinet était encore visible dans son soubassement.
Le nom est finalement assez révélateur. Un robinet permet de contrôler ou d’interrompre l’écoulement de l’eau. Celle-ci n’est plus simplement laissée à son parcours naturel : elle est conduite jusqu’à un point de distribution, puis délivrée à la demande.
Entre la source et le verre du curiste, le geste devient très simple : ouvrir ou fermer l’eau. Pratique, évidemment, mais déjà bien loin d’une eau laissée libre dans son milieu naturel.
Il reste aujourd’hui un pavillon dégradé, aux ouvertures encore marquées par des vitrages brisés. Son soubassement en petits carreaux de grès cérame rappelle le soin apporté à ces architectures de cure, où l’hygiène se mêlait aussi au décor.
Le réflexe est ancien. Près de deux mille ans plus tôt, dans sa Lettre 86 à Lucilius, Sénèque opposait déjà la sobriété du bain de Scipion au luxe des établissements de son époque : marbres, mosaïques, colonnes purement décoratives et jusqu’aux robinets d’argent. Les matériaux changent, pas tout à fait l’idée : autour de l’eau, l’architecture thermale construit aussi son décor.
L’ancien point d’eau du kiosque est indiqué comme tari depuis 1968, tandis que le geyser aujourd’hui désigné comme source Brissac continue de jaillir quelques mètres plus loin. À Sainte-Marguerite, les captages et aménagements successifs rendent ainsi parfois difficile la lecture du site : le lieu où l’eau ressort aujourd’hui n’est pas forcément celui où elle apparaissait autrefois.
La source du Héron
La source du Héron est l’un des vestiges les plus étranges du parcours. Avec son enveloppe de bois posée comme une carapace, le bâtiment ne ressemble pas à une simple fontaine, mais à une petite construction refermée autour d’un ancien captage.
Aujourd’hui, la source est tarie. Il reste cette forme curieuse, à la fois protectrice et décorative, qui donne au Héron une place à part dans le parcours.
La source Valois, ou source de la Grotte
La source Valois est sans doute la plus photogénique du parcours. Elle est abritée dans une construction en rocaille, à mi-chemin entre la grotte artificielle et le décor thermal.
À l’intérieur, l’eau minérale remplit une petite retenue. Là où l’eau arrive dans le bassin, des ondes régulières se forment à la surface. Les petits points blancs visibles sur l’eau ne sont pas des impuretés : ce sont des dépôts calcaires.
Le lieu vaut autant pour la source que pour le décor qu’on lui a construit. La rocaille, les ouvertures, l’escalier étroit qui permet de monter sur la partie supérieure : tout semble pensé pour transformer l’émergence en petite scène thermale.
La source Valois n’est pas seulement captée : elle est théâtralisée.
La source du Tennis
La source du Tennis se repère à sa vasque de travertin accolée à une petite maisonnette. L’eau minérale y ressort tiède.
Des plantes halophiles, adaptées au sel et habituellement associées aux milieux littoraux, recolonisent lentement l’espace.
Ici, la source ne fait pas spectacle. Son eau s’étale, transforme le pré et travaille en silence.
Du jardin thermal au pré salé
Au temps de la station thermale, l’eau devait être captée, contrôlée, mise au service de la cure. Elle circulait dans un jardin lisible, maîtrisé, pensé pour organiser la présence de l’eau minérale.
Aujourd’hui, une partie de cette eau retrouve un comportement plus libre. Elle déborde, s’étale, humidifie le sol, dépose ses minéraux et recrée un milieu plus salé, plus humide, moins favorable aux plantes ordinaires.
Ce qui pourrait passer pour un terrain mal entretenu est en réalité l’une des richesses écologiques du site. Quand l’eau minérale s’écoule dehors, au lieu d’être seulement conduite dans des canalisations, elle retrouve le contact d’un milieu vivant. Elle ne fait pas simplement « verdir » le paysage : elle façonne un milieu sélectif. Certaines plantes reculent, tandis que d’autres, plus spécialisées, peuvent recoloniser l’espace.
Les plantes halophiles en sont le signe le plus visible. Adaptées au sel, elles rappellent que ces prés salés d’Auvergne ne sont pas des friches quelconques, mais des milieux rares, nés de la présence de ces eaux minérales.
Le jardin thermal voulait contenir l’eau. Le pré salé, lui, la laisse travailler.
La Source de la Chapelle
La Source de la Chapelle doit son nom à la petite chapelle qui la domine. Quelques mètres séparent pourtant deux mondes : la sobriété du petit édifice religieux et, dans les herbes, un cube de chantier refermé sur une eau devenue ressource industrielle.
Pendant longtemps, c’est pourtant cette source qui a alimenté l’usine d’embouteillage voisine. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : depuis 2023, l’eau vendue sous la marque Sainte-Marguerite provient de la source Marguita, captée par le forage SMS21, de l’autre côté de l’Allier. Elle traverse ensuite la rivière par canalisation pour rejoindre l’usine.
La Chapelle a donc gardé son nom et son petit bâtiment, mais plus sa place dans les bouteilles.
Où dormir pour explorer la vallée de l'Allier ?
Pour visiter les sources de Sainte-Marguerite, le plus pratique est de dormir autour de Saint-Maurice-ès-Allier, de Coudes ou des villages voisins de l’Allier. Montpeyroux peut aussi être une option si vous cherchez un village perché plus pittoresque, tout en restant dans le secteur.
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Fabrice


