Sources de Sainte-Marguerite : le spectacle du geyser
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 18 juillet 2026
Au bord de l’Allier, sous le puy Saint-Romain, les sources de Sainte-Marguerite racontent une autre histoire des eaux d’Auvergne. Ici, on ne visite plus une station thermale en activité, mais les traces d’un ancien parc thermal du XIXe siècle, où les eaux salées continuent de surgir dans le paysage.
Le lieu a gardé plusieurs visages : vestiges de station, ancienne activité d’embouteillage, sources minérales, dépôts de travertin, flore halophile et surtout la source Brissac, ce « geyser » intermittent qui se réveille à intervalles réguliers.
C’est ce contraste qui rend la balade intéressante. Les bâtiments rappellent l’ambition thermale passée ; l’eau, elle, continue son travail dehors. Elle bulle, déborde, se perd dans les zones humides, colore le sol et transforme les abords de l’Allier.
À Sainte-Marguerite, le thermalisme n’a pas totalement disparu : il a changé de forme. Il ne se visite plus dans les baignoires, mais au bord du chemin, devant une eau minérale encore active.
AU SOMMAIRE :
Accès et histoire : l’ancien parc thermal des bords de l’Allier
Classé Natura 2000 et géré avec l’appui du Conservatoire d’espaces naturels d’Auvergne, le site de Sainte-Marguerite est aujourd’hui à la fois un espace naturel protégé et un ancien site thermal. On ne vient donc pas seulement voir des sources : on traverse un milieu fragile, façonné par les eaux minérales et les dépôts qu’elles laissent au sol. Les plantes halophiles en sont l’un des signes les plus visibles.
La fréquentation des eaux remonte à des temps anciens. Vous trouverez un panneau pédagogique qui signale la présence de thermes romains dès l’Antiquité, puis rappelle que Sidoine Apollinaire et Grégoire de Tours mentionnaient déjà ces sources réputées guérisseuses. En 1605, Jean Banc mentionne sept sources très fréquentées.
Le lieu prend ensuite son visage thermal au XIXe siècle. Un premier établissement assez sommaire apparaît vers 1840, avant d’être détruit par une crue en 1866. Deux ans plus tard, en 1868, un second établissement thermal est construit : il pouvait accueillir jusqu’à 600 curistes par jour. La vente aux enchères de 1889 marque ensuite le recul de cette activité thermale.
Aujourd’hui, Sainte-Marguerite se parcourt comme un ancien parc thermal rendu au paysage. On ne vient plus y suivre une cure organisée autour des sources : on suit désormais l’eau dehors, au bord du chemin, entre patrimoine oublié, sources encore présentes et milieu naturel protégé.
Informations pratiques
- Accès : visite libre et gratuite toute l’année.
- Parking : en face de l’usine Sainte-Marguerite.
- Parcours : le sentier du geyser démarre au fond du parking. Comptez environ 45 minutes pour une boucle facile d’environ 1 km.
- À voir : la source de l’Île, la source du Tennis et surtout le geyser Brissac.
Le site : une station thermale reprise par la nature
Ce qui frappe en arrivant, c’est le décalage entre les vestiges bâtis et le paysage redevenu très libre. À Sainte-Marguerite, on n’est pas dans une grande ville d’eaux comme Vichy, mais dans une ancienne station thermale plus modeste, installée au bord de l’Allier, entre sources, prairies humides et bâtiments fermés.
Le pavillon thermal principal est encore là, avec ses volets bleus et sa façade un peu figée. Il ne se visite plus, mais il donne tout de suite l’échelle du lieu : une station de campagne, tournée vers les eaux minérales, les bains et l’embouteillage.
Les tuyauteries encore visibles sur la façade rappellent l’envers technique du thermalisme.
Les bains ne se prenaient plus directement au contact des sources : l’eau était captée, conduite, puis distribuée dans les salles de soins. On s’éloigne alors de ce que l’on imagine des thermes anciens, où le bain se faisait plus volontiers au plus près de l’émergence, dans un rapport direct à l’eau. À Sainte-Marguerite, l’eau minérale devient un réseau, une ressource organisée, mise en service.
Cette organisation s’explique aussi par la température. Les sources de Sainte-Marguerite sont tièdes, souvent sous les 30 °C. Pour proposer des bains confortables, il fallait donc porter l’eau à la bonne température. Le lieu n’a jamais reposé sur la grande chaleur, mais sur une eau minérale qu’il fallait apprivoiser.
Aujourd’hui, ce contraste se lit encore autour des anciens bâtiments. Dedans, l’eau servait la cure. Dehors, elle continue autrement : elle ressort par endroits, forme des dépôts, colore le sol, alimente des zones humides et rappelle que le site n’est pas seulement un décor abandonné.
Sainte-Marguerite n’était pas une station de grande chaleur : son thermalisme reposait plutôt sur des eaux minérales qu’il fallait capter, conduire, parfois chauffer, puis mettre en scène.
La Source de l’Île, ou source Jules-César
Autrefois, elle se trouvait sur un îlot de l’Allier, relié à la berge par une passerelle. Avec le déplacement du cours de la rivière, cet îlot a fini par être rattaché à la rive actuelle.
Aujourd’hui, il ne reste ni île visible, ni passerelle. La source se trouve au cœur d’une ancienne buse en béton, prise dans la végétation. L’eau minérale y affleure, limpide et gazeuse, puis s’anime par moments : des bulles remontent, la surface se soulève, et un bref jaillissement apparaît.
Ce phénomène s’explique par l’accumulation de gaz carbonique dans le conduit. Quand la pression devient suffisante, l’eau est poussée vers la surface. Rien de spectaculaire, mais un signe discret que le sous-sol travaille encore.
La Source Brissac : le spectacle du Geyser
La source Brissac est le moment le plus attendu du parcours. À première vue, le site paraît calme : on s’assoit sur le banc, on attend, puis le système se met en pression. L’eau jaillit au centre du bassin, au sommet du tube, mousseuse, avant de se rabattre le long du conduit. L’activité se poursuit quelques minutes, puis la source retrouve son calme.
Après cette phase active, il faut généralement attendre une vingtaine de minutes pour la voir recommencer. Le trop-plein rejoint ensuite la roselière et les zones humides voisines.
Ce n’est pas un geyser volcanique au sens strict, mais une source captée dont l’eau remonte dans un tube. Le gaz contenu dans l’eau minérale met le système en pression ; quand celle-ci devient suffisante, l’eau est poussée vers la surface.
C’est ce qui rend la source Brissac si fascinante : on voit une eau minérale se mettre en pression, jaillir quelques instants, puis retourner simplement dans le paysage.
Quand le geyser s’active, une odeur d’œuf pourri se dégage. Elle vient notamment du sulfure d’hydrogène, ou H₂S, caractéristique de certaines eaux minérales. En plein air, l’odeur se disperse vite, mais elle participe clairement à l’atmosphère thermale.
Les autres sources du parcours
La source Robinet
La source Robinet est l’un des vestiges les plus parlants du site. Abritée sous un petit édicule en forme de lanternon, elle ne se présente pas comme une source que l’on voit couler, mais comme une ancienne buvette organisée autour de l’eau.
Son nom dit déjà beaucoup. L’eau était redistribuée aux curistes par des robinets installés autour de l’édicule. On ne venait donc pas seulement regarder une émergence : on venait y boire une eau minérale servie, canalisée, mise à disposition.
La source Robinet résume à elle seule le thermalisme de Sainte-Marguerite : une eau naturelle, mais déjà transformée en service.
Aujourd’hui, la source est tarie. Il reste un pavillon dégradé, aux ouvertures encore marquées par des vitrages brisés. Le soubassement en petits carreaux de grès cérame témoigne aussi du soin apporté à cette architecture liée à la cure de boisson : ce matériau très dense était choisi pour résister au gel, à l’humidité constante et à l’agressivité des eaux minérales.
Une petite architecture thermale, désormais vide, qui rappelle qu’ici, autrefois, on venait autant boire l’eau que prendre les bains.
La source du Héron
La source du Héron est l’un des vestiges les plus étranges du parcours. Avec son enveloppe de bois posée comme une carapace, le bâtiment ne ressemble pas à une simple fontaine, mais à une petite construction refermée autour d’un ancien captage.
Aujourd’hui, la source est tarie. Il reste cette forme curieuse, à la fois protectrice et décorative, qui donne au Héron une place à part dans le parcours.
La source Valois, ou source de la Grotte
La source Valois est sans doute la plus photogénique du parcours. Elle est abritée dans une construction en rocaille, à mi-chemin entre la grotte artificielle et le décor thermal.
À l’intérieur, l’eau minérale remplit une petite retenue. Là où l’eau arrive dans le bassin, des ondes régulières se forment à la surface. Les petits points blancs visibles sur l’eau ne sont pas des impuretés : ce sont des dépôts calcaires.
Le lieu vaut autant pour la source que pour le décor qu’on lui a construit. La rocaille, les ouvertures, l’escalier étroit qui permet de monter sur la partie supérieure : tout semble pensé pour transformer l’émergence en petite scène thermale.
La source Valois n’est pas seulement captée : elle est théâtralisée.
La source du Tennis
La source du Tennis se repère à sa vasque de travertin accolée à une petite maisonnette. L’eau minérale y ressort tiède, autour de 26 °C.
Des plantes halophiles, adaptées au sel et habituellement associées aux milieux littoraux, recolonisent lentement l’espace.
Ici, la source ne fait pas spectacle. Son eau s’étale, transforme le pré et travaille en silence.
Du jardin thermal au pré salé
Au temps de la station thermale, l’eau devait être captée, contrôlée, mise au service de la cure. Elle circulait dans un jardin lisible, maîtrisé, pensé pour organiser la présence de l’eau minérale.
Aujourd’hui, une partie de cette eau retrouve un comportement plus libre. Elle déborde, s’étale, humidifie le sol, dépose ses minéraux et recrée un milieu plus salé, plus humide, moins favorable aux plantes ordinaires.
Ce qui pourrait passer pour un terrain mal entretenu est en réalité l’une des richesses écologiques du site. Quand l’eau minérale s’écoule dehors, au lieu d’être seulement conduite dans des canalisations, elle retrouve le contact d’un milieu vivant. Elle ne fait pas simplement « verdir » le paysage : elle façonne un milieu sélectif. Certaines plantes reculent, tandis que d’autres, plus spécialisées, peuvent recoloniser l’espace.
Les plantes halophiles en sont le signe le plus visible. Adaptées au sel, elles rappellent que ces prés salés d’Auvergne ne sont pas des friches quelconques, mais des milieux rares, nés de la présence de ces eaux minérales.
Le jardin thermal voulait contenir l’eau. Le pré salé, lui, la laisse travailler.
La Source de la Chapelle
La source de La Chapelle est la seule source du parcours qui conserve une véritable fonction industrielle. Elle ne se présente pas comme une source que l’on voit couler, mais comme un captage fermé.
Le contraste est presque ironique. Son nom évoque une chapelle ; sur place, on découvre plutôt un cube de chantier posé au milieu des herbes. Ici, l’eau n’est plus mise en scène : elle disparaît derrière la sécurité, les tuyaux et la production.
Après contrôle, traitement et embouteillage sous la marque Sainte-Marguerite, l’eau issue de ce captage devient une eau de table gazeuse, principalement vendue dans les magasins Intermarché et dans certains circuits locaux. Elle n’a évidemment plus le même visage que l’eau minérale qui s’écoule librement sur le site.
Où dormir pour explorer la vallée de l'Allier ?
Pour visiter les sources de Sainte-Marguerite, le plus pratique est de dormir autour de Saint-Maurice-ès-Allier, de Coudes ou des villages voisins de l’Allier. Montpeyroux peut aussi être une option si vous cherchez un village perché plus pittoresque, tout en restant dans le secteur.
→ Trouver un hébergement autour des sources de Sainte-Marguerite.
La carte ci-dessous permet de comparer les logements disponibles autour du site.
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Fabrice


