Source du Pérotin : la source chaude disparue de Lorraine
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 24 juin 2026
Situé à la frontière de la Meurthe-et-Moselle et de la Moselle, entre les communes d’Avril et de Moyeuvre-Petite, le lieu-dit du Pérotin ne laisse presque plus rien deviner de son passé thermal.
Pendant plusieurs décennies, une source chaude a laissé le souvenir d’un lieu à part, où l’on venait se baigner et se soigner. Mais un jour, au début des années 1970, elle a cessé de couler.
Retour sur une émergence née d’un forage minier en 1909, et qui peut être considérée comme l’ancêtre oublié du thermalisme moderne d’Amnéville.
AU SOMMAIRE :
Une naissance accidentelle en 1909
C’est en cherchant du charbon que les hommes ont trouvé de l’or bleu. En 1909, un sondage minier foré près de Moyeuvre-Petite visait à repérer d’éventuelles couches de houille sous les gisements de fer. À 956 mètres de profondeur, le trépan perce une poche sous pression.
Le résultat est spectaculaire : un véritable geyser jaillit du tube, forçant l’interruption immédiate des travaux.
La seule exception géologique du Pays-Haut
Cette découverte constitue une véritable anomalie. Dans tout le bassin industriel de Briey, malgré la frénésie des forages miniers engagés depuis les années 1880, les eaux rencontrées étaient systématiquement froides. La source du Pérotin, elle, débitait environ 450 litres par minute d’une eau brûlante.
Depuis cette date, de nombreux autres sondages et forages ont été réalisés pour l’exploitation du minerai de fer. Même lorsque certains atteignirent 900 mètres de profondeur, les eaux rencontrées restèrent froides et fortement ferrugineuses. Le Pérotin apparaît donc comme une exception géologique remarquable.
1914-1918 : les bains de l’armée allemande
L’histoire de la source est intimement liée aux conflits du XXe siècle. Située en 1914 à proximité de la frontière franco-allemande, la zone tombe rapidement sous contrôle allemand.
Un centre de repos à l'arrière du front
Les Allemands comprennent vite la valeur de cette eau thermale. Ils aménagent un premier bassin en béton pour la recueillir. À l’écart des lignes de front, le site du Pérotin devient un lieu de repos apprécié, où les soldats viennent se laver, se réchauffer et récupérer dans cette eau que l’on disait réparatrice.
Cette utilisation militaire des eaux thermales ne se limite pas au Pérotin. Du côté français aussi, plusieurs établissements thermaux servent pendant la Grande Guerre à accueillir des blessés, à les soigner ou à accompagner leur convalescence. Les eaux, les bains et les stations existantes trouvent alors une place dans l’effort de guerre, entre hygiène, repos et récupération des corps éprouvés.
Après 1918, ce rôle joué pendant la guerre contribue à renforcer l’importance accordée au thermalisme. La loi de 1919 encadre les stations hydrominérales, climatiques et de tourisme, et leur donne notamment la possibilité de percevoir une taxe de séjour pour financer leurs équipements.
L’âge d’or : baignades populaires et camping (1920-1970)
Après la guerre, la source revient à un usage civil. Le Pérotin devient peu à peu un lieu de baignade populaire, un rendez-vous familial et dominical dans un cadre forestier très apprécié.
Une piscine alimentée par une eau à 49°C
D’après les archives, l’eau arrivait à la surface sous une coupole avant de s’écouler par gravité vers la piscine initialement construite par les Allemands. Elle atteignait environ 49 °C à l’émergence.
Le bassin, bien que sommaire, offrait un luxe rare : une eau naturellement chaude, avec un renouvellement rapide, sans aucun système de chauffage artificiel.
Un petit coin des Vosges en Pays-Haut
Le site, niché au milieu des hêtres et des chênes, abrité des vents d’ouest, évoquait certains vallons des Vosges.
Son accessibilité a beaucoup évolué. Vers 1910, il fallait encore franchir le Conroy par une passerelle installée par le Club Vosgien. Dans les années 1950, une route permet désormais aux automobilistes de s’y arrêter beaucoup plus facilement.
La mort d'une source, la naissance d'un empire
À partir des années 1950, le débit devient irrégulier. Puis, au début des années 1970, c’est le tarissement définitif. Le tubage, probablement fragilisé par le temps, s’effondre ou se bouche, mettant fin à l’écoulement.
L'occasion manquée et le coup de génie d'Amnéville
La disparition de la source laisse un vide. Les communes concernées hésitent à relancer un forage coûteux. C’est alors que Jean Kiffer, maire d’Amnéville, comprend le potentiel économique de cette eau thermale.
Il décide de lancer un nouveau forage à une dizaine de kilomètres de là, dans le bois de Coulanges. En 1979, le pari est réussi : les foreurs atteignent à leur tour la nappe profonde. La source Saint-Éloi est née.
C’est elle qui alimente aujourd’hui les installations thermales d’Amnéville, bien loin du caractère rustique et forestier du Pérotin. Sans cette première découverte accidentelle de 1909, l’histoire thermale moderne d’Amnéville aurait probablement été tout autre.
Que reste-t-il aujourd'hui ?
Si vous vous rendez sur place, ne cherchez pas l’ancienne piscine : elle a disparu. Le principal témoin encore visible est une fontaine totem en béton d’environ 4 mètres de haut, aujourd’hui en ruine.
Une plaque commémorative y demeure lisible, rappelant l’existence de la source thermale du Pérotin. Le lieu a quelque chose de profondément mélancolique, comme un petit sanctuaire oublié de l’histoire locale.
Analyse de l'eau : pourquoi elle soignait ?
Bien que la source soit aujourd’hui tarie, les analyses anciennes permettent de mieux comprendre pourquoi cette eau a laissé un souvenir aussi fort. Il s’agissait d’une eau chlorurée, sodique, lithinée, ferrugineuse et sulfureuse, dégageant une forte odeur d’œuf pourri, signature de l’hydrogène sulfuré.
La présence de lithine
La source se distinguait aussi par sa teneur élevée en lithine, c’est-à-dire en lithium naturellement dissous. Dans la tradition des eaux minérales, cet élément a longtemps été associé au calme nerveux, à la détente et à la récupération.
Des usages aujourd’hui oubliés
À l’époque, la source du Pérotin était fréquentée par ceux qui cherchaient à :
- soulager les rhumatismes ;
- soutenir le confort digestif dans le cadre de cures de boisson ;
- accompagner certains troubles métaboliques, notamment liés à la surcharge pondérale.
Une eau unique, mais issue d’un forage
L’eau du Pérotin n’était pas une source naturelle au sens strict. Elle ne remontait pas librement jusqu’à la surface à travers les fissures et les couches du sous-sol : elle provenait d’un forage profond d’environ 1 km, qui ouvrait un passage direct depuis l’aquifère.
C’est toute la nuance. Dans un forage tubé, l’eau remonte autrement : plus vite, avec une baisse de pression, un refroidissement plus rapide, un dégazage plus marqué, et surtout sans continuer à circuler au contact des couches géologiques traversées. Dès que la remontée n’emprunte plus le chemin naturel, l’équilibre physico-chimique de l’eau est modifié.
Autrement dit, ce n’était pas simplement la même eau arrivée par un autre chemin. Le chemin fait partie de l’eau.
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Si l’histoire de cette eau sulfureuse vous intéresse, vous pouvez retrouver les effets de certains gaz thermaux dans mon article Nettoyer ses poumons naturellement.


