10 bienfaits du bain chaud : ce que dit la science
- Par Nature Source Chaude
- Publié le
- Mis à jour le 18 juillet 2026
À travers l’histoire, les bains ont été tour à tour jugés superflus, suspects ou indispensables. Pourtant, une chose n’a jamais vraiment changé : lorsqu’un corps est fatigué, douloureux ou tendu, il recherche spontanément la chaleur de l’eau.
Ce réflexe ancien est aujourd’hui mieux compris.
Un bain chaud agit principalement par trois phénomènes physiques : la chaleur, la pression hydrostatique et la flottabilité. Ensemble, ils modifient la répartition du sang, le travail du cœur, la mécanique respiratoire, la tension musculaire et la thermorégulation.
Lorsque l’exposition est suffisamment intense, prolongée ou répétée, elle peut également déclencher des réponses cellulaires, cardiovasculaires et métaboliques.
L’intensité de ces effets dépend de plusieurs paramètres :
- la température de l’eau ;
- la durée du bain ;
- la profondeur d’immersion ;
- la température réellement atteinte par le corps ;
- l’état de santé de la personne ;
- le moment de la journée ;
- la répétition des séances.
Une baignoire domestique, une piscine thermale et une source chaude naturelle partagent les effets physiques de la chaleur et de l’immersion. Mais elles ne proposent ni la même continuité thermique, ni le même renouvellement de l’eau, ni le même environnement.
À ces effets communs peuvent s’ajouter les propriétés particulières de certaines eaux thermales, liées notamment à leur composition, à leurs gaz dissous et aux conditions dans lesquelles le bain se déroule.
AU SOMMAIRE :
Qu'est-ce qu'un bain chaud ?
Le bain désigne un séjour plus ou moins prolongé du corps, en partie ou en totalité, dans un milieu différent de son milieu habituel. Il peut ainsi prendre plusieurs formes : bains gazeux, liquides, solides, etc.
Lorsqu’il s’agit d’eau chaude ou tiède, le corps est entouré d’un liquide dans lequel il peut rester plusieurs minutes, voire une heure ou davantage.
Dans cette situation, trois grands effets physiques entrent en jeu : la chaleur, la pression de l’eau et la flottabilité.
Le bain chaud permet de profiter de ces trois effets.
♨️ Bain domestique, piscine thermale ou source chaude ?
Dans une baignoire, l’eau n’est généralement pas renouvelée en continu. Elle perd progressivement sa chaleur au contact du corps, de l’air et des parois.
Dans une piscine thermale, la température de l’eau est généralement ajustée par différents procédés afin de permettre une baignade confortable et prolongée. Dans les bassins collectifs, l’eau peut également être recyclée, filtrée ou désinfectée selon le fonctionnement de l’installation et les exigences sanitaires. Les effets de la chaleur et de l’immersion restent présents, mais l’eau a traversé un dispositif technique qui la distingue d’une eau continuant à circuler librement dans le milieu naturel alimenté par la source.
Dans une source chaude naturelle encore accessible à l’immersion, l’arrivée continue d’eau thermale compense les pertes de chaleur et peut maintenir une température remarquablement stable pendant le bain.
En France, les sources chaudes naturelles encore accessibles à l’immersion restent rares. Leur température, leur débit, leur profondeur et leurs conditions d’accès varient fortement d’un site à l’autre.
1. Modifie la circulation sanguine et la perfusion
Le premier grand effet du bain chaud est vasculaire.
Lorsqu’une grande partie du corps est immergée, la flottabilité contrecarre une partie de l’effet de la gravité sur la répartition des fluides. Moins de liquide quitte alors les vaisseaux vers les tissus des parties déclives, c’est-à-dire les zones les plus basses du corps, notamment les jambes.
Davantage de liquide reste ainsi dans le compartiment vasculaire, ce qui augmente le volume sanguin circulant. Lors d’une immersion jusqu’au cou, cette augmentation a été estimée à environ 500 à 700 mL [1].
La chaleur agit en parallèle sur les vaisseaux périphériques. Elle provoque une vasodilatation cutanée qui augmente fortement le débit sanguin vers la peau et permet au corps de transférer davantage de chaleur vers sa surface.
♨️ Ce que le CO₂ de certaines sources chaudes peut ajouter
À ces effets de l’immersion et de la chaleur peut s’ajouter, dans certaines eaux, l’action du dioxyde de carbone dissous.
Les études expérimentales présentées ici n’ont pas été réalisées directement dans une source chaude naturelle. Elles ont utilisé de l’eau ordinaire artificiellement enrichie en CO₂, comparée à la même eau sans ajout de CO₂ et maintenue à la même température. Cette méthode permet d’isoler l’effet propre du gaz dissous.
Dans un premier protocole mené chez de jeunes adultes en bonne santé, les jambes ont été immergées pendant vingt minutes à 38 °C [2].
L’eau enrichie en CO₂ a amélioré la vasodilatation dépendante de l’endothélium et diminué la rigidité artérielle, alors que l’eau témoin à la même température n’a pas produit la même réponse [2].
Une partie du CO₂ dissous peut diffuser à travers la peau jusque dans les tissus sous-cutanés. En se combinant à l’eau des tissus, il favorise une acidification locale, accélérée par l’anhydrase carbonique. Cette baisse du pH contribue à la dilatation des petits vaisseaux cutanés, à laquelle participent également des mécanismes impliquant le monoxyde d’azote.
Une seconde étude a mesuré plus directement les effets du CO₂ sur les différents débits sanguins.
Chez dix hommes dont les jambes étaient immergées à 38 °C, l’eau enrichie en CO₂ a augmenté le débit sanguin cutané de près de huit fois et fait passer le débit de l’artère poplitée d’environ 38 à 83 mL par minute [27].
Cette augmentation du débit dans l’artère poplitée était étroitement liée à celle de la perfusion cutanée. Au niveau musculaire, en revanche, l’ajout de CO₂ n’apportait qu’une augmentation supplémentaire limitée du débit sanguin par rapport à l’eau témoin [27].
L’action du CO₂ apparaît donc particulièrement marquée sur la microcirculation cutanée.
Ces expériences permettent de mieux comprendre l’intérêt de certaines sources naturellement riches en dioxyde de carbone. Dans ces eaux, la température n’est pas le seul facteur pouvant agir sur les vaisseaux et la perfusion locale : le CO₂ naturellement dissous peut lui aussi participer à la réponse vasculaire au contact de la peau.
♨️ Une eau thermale riche en CO₂ peut-elle perdre une partie de son gaz ?
Oui. Lorsqu’une eau thermale naturellement riche en CO₂ quitte son circuit souterrain et se retrouve à la pression atmosphérique, une partie du gaz commence progressivement à s’échapper.
La baisse de pression, le contact avec l’air, le brassage, le passage par des réservoirs ou certaines installations, ainsi qu’un réchauffement artificiel peuvent favoriser ce dégazage. Un captage et un circuit technique ne suppriment donc pas nécessairement le CO₂, mais le transport, le stockage et le réchauffement de l’eau peuvent réduire la quantité qui reste dissoute au moment du bain.
Lorsque le bain se déroule dans le milieu naturel encore relié à l’écoulement de la source, l’eau qui entoure le corps est sans cesse remplacée par une eau nouvellement issue du circuit souterrain. Une partie du CO₂ se dégage naturellement au contact de l’air, mais l’écoulement thermal renouvelle en permanence l’apport de gaz encore dissous.
C’est l’un des intérêts de se baigner dans le milieu naturel alimenté par la source : le corps reste au contact d’une eau constamment renouvelée, avant qu’un transport, un stockage ou un réchauffement artificiel ne puissent davantage modifier son équilibre gazeux.
2. Favorise le confort respiratoire et limite le dessèchement des voies aériennes
L’immersion agit d’abord sur la mécanique respiratoire.
La pression hydrostatique exercée sur l’abdomen et le thorax repousse légèrement le diaphragme vers le haut, réduit certains volumes pulmonaires et oppose une résistance supplémentaire à l’expansion de la cage thoracique. À chaque inspiration, les muscles respiratoires doivent donc fournir davantage d’effort pour faire entrer l’air [3].
Cette sollicitation augmente le travail de la respiration et la demande énergétique des muscles respiratoires. L’immersion ajoute ainsi un stimulus mécanique absent d’une inhalation pratiquée hors de l’eau.
Le bain chaud agit ensuite par l’air respiré juste au-dessus de sa surface.
L’eau réchauffe et humidifie l’air autour du visage. Cette atmosphère moins sèche peut limiter le dessèchement des muqueuses, rendre la respiration plus confortable, contribuer à maintenir les sécrétions plus fluides et favoriser une sensation de dégagement lorsque les voies aériennes sont encombrées.
Cette humidité peut également soutenir le transport mucociliaire, l’un des mécanismes naturels de défense des voies respiratoires.
Chez des sujets sains, trente minutes de respiration dans un air sec ont significativement ralenti le transport mucociliaire nasal par rapport à l’air ambiant. Les auteurs ont proposé que la perte d’eau de la muqueuse puisse modifier les propriétés du mucus et ralentir son évacuation par les cils [4].
Le bain chaud agit ainsi sur la respiration par plusieurs voies physiologiques que l’inhalation seule ne réunit pas. Il sollicite notamment davantage les muscles respiratoires sous l’effet de la pression de l’eau, tout en exposant les voies aériennes, pendant toute l’immersion, à un air plus chaud et plus humide.
♨️ L’avantage d’une source chaude naturelle
Dans une source chaude naturelle, l’inhalation ne constitue pas un soin séparé du bain. Elle accompagne toute l’immersion.
Le visage reste au-dessus d’une surface d’eau chaude pendant toute la durée du bain, souvent bien plus longtemps que lors d’une inhalation thermale ciblée. Le renouvellement continu de l’eau entretient autour du baigneur une véritable atmosphère thermale, chaude et humide.
Selon la source, cette atmosphère peut également contenir certains gaz libérés par l’eau, notamment du sulfure d’hydrogène dans les eaux sulfurées. Leur action potentielle ne dépend pas seulement d’une molécule isolée, mais de son interaction avec la chaleur, l’humidité, la vapeur et les autres composantes du milieu thermal.
Je développe cet aspect dans mon article consacré à ce que les gaz et les vapeurs thermales peuvent apporter aux voies respiratoires.
3. Agit sur le métabolisme et certaines réponses inflammatoires
Un corps chauffé passivement ne reste pas inactif.
Lorsque la température interne augmente, l’organisme déclenche une réponse de thermorégulation qui mobilise le système cardiovasculaire, augmente la dépense énergétique et active plusieurs signaux cellulaires.
Certaines protéines de choc thermique, notamment HSP70, participent à la protection des protéines et à l’adaptation des cellules au stress thermique.
HSP70 et HSP27 : des protéines de protection cellulaire
Les protéines de choc thermique, ou heat shock proteins, ne sont pas produites uniquement en réponse à la chaleur. Elles peuvent aussi être mobilisées par l’exercice, le stress oxydatif ou une lésion cellulaire.
Elles agissent notamment comme des chaperons moléculaires : elles aident les protéines à conserver ou à retrouver leur forme, limitent l’accumulation de protéines endommagées et participent au maintien de l’équilibre cellulaire.
Parmi les plus étudiées dans les effets de la chaleur :
- HSP70 contribue à la protection des protéines, au maintien de l’intégrité des cellules et aux mécanismes de récupération musculaire ;
- HSP27 participe à la stabilisation des structures cellulaires et à la réponse des tissus soumis à un stress ou à une lésion.
Toutes les protéines de choc thermique ne réagissent pas de la même manière. Leur activation dépend notamment de la température atteinte, de la durée et de la répétition de l’exposition, ainsi que du tissu étudié.
Dans les travaux présentés dans cet article, HSP70 a augmenté après une heure d’immersion à 40 °C [6]. Plus loin, une étude consacrée à la régénération musculaire montre qu’une immersion quotidienne à 42 °C a fortement stimulé HSP27 et HSP70 [14].
Une réponse métabolique propre au bain chaud
Dans un protocole expérimental mené chez quatorze hommes, une heure d’immersion à 40 °C a été comparée à une heure de vélo d’intensité modérée [6].
Comme attendu, l’exercice entraînait une dépense énergétique totale plus élevée. L’immersion augmentait néanmoins la dépense d’environ 61 kilocalories par heure par rapport au repos.
La concentration de HSP70 extracellulaire augmentait après les deux interventions, sans différence significative entre le bain chaud et l’exercice [6].
Plus surprenant encore, après le repas suivant, le pic de glucose interstitiel était légèrement plus faible après le bain chaud qu’après le vélo [6].
Sur l’ensemble des vingt-quatre heures, la réponse glycémique globale restait cependant comparable entre les deux conditions.
Ces résultats montrent que le bain chaud ne constitue pas une version atténuée de l’exercice. Il représente un stimulus métabolique d’une autre nature, capable d’augmenter la dépense énergétique, de mobiliser certaines protéines de réponse au stress thermique et, dans ce protocole, d’atténuer le pic de glucose après un repas.
Les effets de bains répétés
Les effets se précisent lorsque les immersions sont répétées.
Chez dix hommes sédentaires et en surpoids, dix immersions d’une heure à 39 °C réparties sur deux semaines ont été associées à une diminution de la glycémie et de l’insuline à jeun [7].
Chaque séance déclenchait aussi une réponse biologique aiguë, avec une augmentation transitoire de l’IL-6 et de la disponibilité du monoxyde d’azote. La répétition des bains a ainsi produit à la fois des réponses immédiates et une évolution favorable de plusieurs paramètres métaboliques [7].
Chez quatorze personnes vivant avec un diabète de type 2, huit à dix immersions d’une heure à 40 °C sur quatorze jours ont amélioré la sensibilité à l’insuline mesurée à jeun et diminué l’insuline à jeun [8].
L’effet était ciblé : la réponse à une charge en glucose, la glycémie à jeun et les marqueurs inflammatoires étudiés n’avaient pas significativement changé [8].
En seulement deux semaines, les immersions chaudes répétées avaient donc déjà amélioré certains paramètres importants de la régulation de l’insuline chez des personnes vivant avec un diabète de type 2.
Les observations à plus grande échelle vont dans la même direction.
Chez 1 297 personnes atteintes de diabète de type 2, une fréquence plus élevée de bains chauds était associée à une HbA1c plus faible, ainsi qu’à un indice de masse corporelle et une pression artérielle diastolique légèrement inférieurs [9].
La HbA1c reflète la glycémie moyenne au cours des semaines précédentes.
Cette étude était observationnelle et ne permet donc pas, à elle seule, d’attribuer ces différences aux bains. Mais l’association persistait après ajustement pour plusieurs facteurs susceptibles d’influencer les résultats [9].
Pris ensemble, ces travaux dessinent une image cohérente.
Une immersion en eau chaude ponctuelle peut déjà augmenter la dépense énergétique, mobiliser certaines protéines de réponse au stress thermique et atténuer le pic de glucose après un repas. Répétée au fil des jours, elle peut aussi agir sur l’insuline, la sensibilité à l’insuline et, dans certains protocoles, la glycémie à jeun.
Le bain chaud constitue donc un véritable stimulus métabolique. Il agit par des mécanismes qui lui sont propres et peut former une voie complémentaire particulièrement intéressante, y compris lorsque l’activité physique est difficile à pratiquer.
4. Exerce un véritable stimulus cardiovasculaire
Un bain chaud bien toléré ne met pas le cœur et les vaisseaux au repos. L’immersion provoque au contraire une véritable sollicitation cardiovasculaire.
La chaleur dilate les vaisseaux périphériques et diminue leur résistance. En parallèle, l’immersion modifie la répartition du sang dans l’organisme et augmente le remplissage du compartiment central. Le cœur accélère alors pour maintenir le débit sanguin tout en participant à l’évacuation de la chaleur.
Une synthèse publiée en 2026, regroupant vingt études menées chez des adultes en bonne santé, a confirmé cette réponse cardiovasculaire [10].
Après une immersion en eau chaude unique, elle a observé en moyenne :
- une augmentation de la fréquence cardiaque d’environ 28 battements par minute ;
- une diminution de la pression artérielle diastolique d’environ 5 mmHg ;
- une diminution de la pression artérielle moyenne d’environ 7 mmHg [10].
À savoir : la pression artérielle diastolique est la pression la plus basse dans les artères, mesurée lorsque le cœur se relâche entre deux battements. La pression artérielle moyenne reflète la pression moyenne qui assure l’irrigation des organes au cours d’un cycle cardiaque ; elle ne correspond pas à la simple moyenne des pressions systolique et diastolique.
Les immersions répétées étaient également associées à une diminution moyenne d’environ trois battements par minute de la fréquence cardiaque au repos.
Ces résultats dessinent une réponse cohérente : pendant le bain, le rythme cardiaque augmente tandis que la vasodilatation favorise une diminution de la pression diastolique et de la pression artérielle moyenne. Avec la répétition des immersions, cette sollicitation peut aussi s’accompagner d’une légère diminution du rythme cardiaque au repos.
Selon les paramètres étudiés, les estimations reposaient toutefois sur quatre à dix études, avec des températures, des durées et des protocoles différents. Ces valeurs constituent donc des repères moyens, et non une réponse identique chez chaque personne.
Des associations favorables à long terme
Une cohorte japonaise a suivi plus de 30 000 adultes pendant près de vingt ans.
Par rapport à une fréquence de bain inférieure à deux fois par semaine, le bain presque quotidien était associé à :
- une diminution d’environ 28 % du risque de maladie cardiovasculaire globale ;
- une diminution d’environ 26 % du risque d’accident vasculaire cérébral [11].
Une étude observationnelle ne permet pas d’établir à elle seule une relation directe de cause à effet. Les personnes qui prennent un bain quotidien peuvent aussi différer par leur mode de vie, leur environnement ou d’autres habitudes de santé.
La taille de la cohorte, la durée du suivi et la persistance de l’association après ajustement pour plusieurs facteurs en font néanmoins un signal épidémiologique important [11].
Ces observations à long terme prolongent les réponses physiologiques décrites plus haut. Le bain chaud mobilise le cœur et les vaisseaux par des mécanismes qui lui sont propres, notamment la vasodilatation et les effets de l’immersion sur la répartition du sang. Il constitue ainsi une forme particulière de sollicitation cardiovasculaire, distincte de celle produite par l’exercice.
L’action sur la fibrinolyse
Le bain chaud peut également agir sur un mécanisme moins connu : la fibrinolyse.
La fibrinolyse est le processus naturel par lequel l’organisme dégrade la fibrine, l’une des principales structures qui forment la trame d’un caillot sanguin.
Le t-PA, ou activateur tissulaire du plasminogène, est une enzyme qui joue un rôle central dans ce système. Il transforme le plasminogène en plasmine, une autre enzyme capable de dégrader la fibrine.
Dans une étude menée chez vingt personnes présentant des séquelles d’un infarctus cérébral, dix minutes de bain thermal à 41 °C ont augmenté l’activité fibrinolytique sans modification marquée des principaux paramètres de la coagulation [12].
Le temps nécessaire à la lyse du caillot diminuait, tandis que l’activité de dégradation de la fibrine augmentait. Des analyses complémentaires ont indiqué que le t-PA jouait un rôle majeur dans cette activation [12].
L’effet ne semble cependant pas reposer sur un seul mécanisme.
Chez quinze personnes ayant également des antécédents d’infarctus cérébral, trente minutes de bain à 38 °C ont augmenté le taux de t-PA et diminué celui de son principal inhibiteur, le PAI-1 [24].
Le système fibrinolytique peut donc être favorisé dans les deux sens : davantage d’activateur et moins d’inhibition.
L’effet propre de l’immersion
Chez neuf hommes en bonne santé immergés jusqu’au cou pendant deux heures dans une eau thermoneutre à environ 34 °C, l’activité fibrinolytique a augmenté alors même que le t-PA sanguin diminuait progressivement.
Dans ce cas, l’effet provenait surtout d’une diminution plus importante du PAI-1, qui restait encore abaissé trente minutes après la sortie de l’eau [25].
Ces résultats montrent que la fibrinolyse peut être influencée par plusieurs composantes du bain : la température, la durée, mais aussi les effets propres de l’immersion et de la pression hydrostatique.
♨️ Quand la nature de l’eau fait une différence
Une autre étude apporte un élément particulièrement intéressant pour les eaux thermales.
Des volontaires en bonne santé ont pris, à une semaine d’intervalle, des bains de dix minutes dans quatre conditions différentes : eau thermale à 38 °C, eau de puits à 38 °C, eau thermale à 41 °C et eau de puits à 41 °C [26].
À 38 °C, l’eau de puits n’a pas produit d’augmentation significative du t-PA, tandis que l’eau thermale en produisait une. À 41 °C, le t-PA augmentait avec l’eau de puits comme avec l’eau thermale, mais la réponse observée avec le bain thermal restait particulièrement nette [26].
Après un bain thermal de dix minutes à 41 °C, l’augmentation du t-PA était encore mesurable trente minutes après la sortie de l’eau chez les participants suivis pendant cette période [26].
Les auteurs ont conclu que deux facteurs participaient à cette réponse : la température de l’eau, mais aussi les caractéristiques propres de l’eau thermale.
Cette comparaison est importante. Elle montre que l’effet du bain sur la fibrinolyse ne se réduit pas nécessairement au seul fait d’être immergé dans une eau chaude.
La chaleur compte. L’immersion compte. Et, dans cette étude, la nature thermale de l’eau comptait elle aussi [26].
Le bain chaud agit donc sur le système cardiovasculaire bien au-delà de la seule vasodilatation. Selon les conditions d’immersion, il peut également mobiliser les mécanismes naturels qui régulent la dégradation de la fibrine.
5. Favorise la récupération musculaire et atténue certaines douleurs
La chaleur augmente la température des muscles et des tissus conjonctifs, favorise la perfusion locale et réduit la sensation de raideur.
Elle modifie également la perception douloureuse par son action sur les récepteurs thermiques, les voies nerveuses et la tension musculaire.
Après un effort, ces effets peuvent rendre les mouvements plus faciles et diminuer l’inconfort. La flottabilité réduit parallèlement les contraintes exercées sur les articulations et les muscles sollicités.
Des mécanismes favorables à la récupération
Les travaux consacrés à la thérapie par la chaleur montrent qu’élever suffisamment la température du muscle peut agir sur plusieurs mécanismes importants de la récupération.
La chaleur peut notamment favoriser :
- une augmentation du débit sanguin local ;
- le maintien ou la restauration de la fonction mitochondriale ;
- la resynthèse du glycogène ;
- l’activation de protéines de protection cellulaire ;
- certains mécanismes impliqués dans la réparation et la reconstruction musculaires [13].
Ces effets ont d’abord été largement étudiés avec des applications locales de chaleur. Leur intensité dépend de la température réellement atteinte dans le muscle, de la durée d’exposition et de la répétition des séances.
L’immersion en eau chaude permet d’aller plus loin en réchauffant simultanément une masse musculaire beaucoup plus importante.
En 2025, cette approche a été directement étudiée après une lésion musculaire provoquée expérimentalement. Une immersion quotidienne à 42 °C pendant dix jours a amélioré plusieurs marqueurs de régénération, atténué la douleur et fortement stimulé HSP27 et HSP70 [14].
Dans les mêmes conditions expérimentales, l’immersion en eau froide n’a pas amélioré la régénération par rapport à l’eau thermoneutre.
La récupération de la force maximale n’était pas significativement différente entre les trois groupes à la fin du suivi. Mais sur les marqueurs biologiques et cellulaires de la régénération, les marqueurs sanguins du dommage musculaire et la douleur, l’évolution était plus favorable avec la chaleur [14].
Pour comprendre plus précisément la différence entre soulagement immédiat et régénération musculaire, découvrez mon article consacré au bain de glace et au bain chaud après l’effort.
Pourquoi l’immersion compte-t-elle ?
Un coussin chauffant ou une bouillotte réchauffe une zone limitée.
Dans un bain, la chaleur agit sur une surface beaucoup plus vaste. La flottabilité allège simultanément le corps, tandis que la pression hydrostatique modifie les échanges circulatoires.
Cette combinaison permet d’aller au-delà du simple réchauffement local, en créant des conditions plus favorables aux mécanismes de récupération et de réparation musculaires.
6. Favorise le relâchement et réduit certains marqueurs du stress
Le bain chaud agit rapidement sur la tension corporelle.
La flottabilité diminue fortement la charge liée au poids du corps. Plus le corps est immergé, plus cet allègement devient important.
Dans une étude réalisée en position debout, la charge supportée ne représentait plus qu’environ 51 % du poids du corps lorsque l’eau atteignait le nombril, 24 % au niveau de la poitrine et seulement 6 à 8 % au niveau du cou [28].
Cette sensation d’allègement constitue l’une des particularités les plus immédiates de l’immersion. Les articulations supportent moins de charge et les muscles qui maintiennent la posture peuvent se relâcher plus facilement.
À cet effet physique s’ajoute celui de la chaleur, qui favorise à son tour le relâchement musculaire. Les tensions diminuent, les sensations corporelles changent et l’attention peut progressivement se détourner des sollicitations extérieures.
Cette détente s’accompagne aussi de modifications biologiques mesurables.
Dans un petit protocole mené auprès de douze hommes en bonne santé, une heure de bain thermal à environ 42 °C a été associée à une diminution du stress ressenti et du cortisol salivaire [15].
La baisse du cortisol était plus marquée chez les participants dont le niveau de stress initial était le plus élevé. La chromogranine A, un marqueur lié à l’activité du système nerveux sympathique, évoluait quant à elle différemment selon le niveau de stress de départ [15].
La réponse ne correspondait donc pas à une diminution uniforme de tous les marqueurs : elle semblait aussi dépendre de l’état initial de la personne.
Ces résultats rejoignent l’expérience familière du bain chaud. En associant chaleur et allègement du corps, l’immersion crée des conditions particulièrement favorables au relâchement physique et à l’apaisement.
À savoir : qu’est-ce que la chromogranine A ?
La chromogranine A est une protéine mesurable dans la salive.
Elle est utilisée comme marqueur de certaines réponses immédiates au stress, en lien avec l’activité du système nerveux sympathique.
Contrairement au cortisol, qui reflète davantage la réponse hormonale au stress, la chromogranine A renseigne plutôt sur l’état d’alerte et la réactivité immédiate de l’organisme.
Dans le contexte du bain, elle ne se lit donc pas comme un simple thermomètre de la détente, mais comme un indicateur de la manière dont le corps réagit à l’immersion.
7. Peut contribuer à réduire les symptômes dépressifs
Les bains hyperthermiques ont produit, dans un essai pilote, une diminution plus importante des symptômes dépressifs après deux semaines qu’un programme d’exercice physique modéré.
L’étude a porté sur 45 personnes présentant une dépression modérée. Toutes ont poursuivi leurs soins habituels et ont été réparties entre :
- deux bains hyperthermiques par semaine ;
- un programme d’exercice physique modéré réalisé à la même fréquence [16].
Les bains consistaient en une immersion jusqu’au cou dans une eau à 40 °C, avec un objectif d’environ vingt minutes. Ils étaient suivis d’une période de repos au chaud destinée à maintenir temporairement l’élévation de la température corporelle.
Le programme d’exercice durait environ 45 à 50 minutes et associait échauffement, marche, course légère, étirements et renforcement musculaire.
Après seulement deux semaines, soit quatre séances, l’avantage allait nettement aux bains chauds.
Sur l’échelle de dépression de Hamilton à 17 items, ou HAM-D, le score avait diminué en moyenne de 5,4 points dans le groupe bain, contre 1,4 point dans le groupe exercice. Après ajustement, la différence entre les groupes atteignait 4,3 points en faveur des bains hyperthermiques [16].
Les auteurs considéraient cette différence comme cliniquement importante. Le questionnaire rempli directement par les participants, le BDI-II, allait dans le même sens, avec là encore une amélioration plus marquée dans le groupe bain.
Dans cet essai, le bain hyperthermique n’a donc pas simplement reproduit les effets de l’exercice : il a produit une amélioration plus rapide et plus importante au cours des deux premières semaines.
Un autre résultat mérite d’être souligné : les bains ont été beaucoup mieux suivis. Deux participants sur vingt-deux ont abandonné dans le groupe bain, contre treize sur vingt-trois dans le groupe exercice.
Cette différence fragilise la comparaison statistique, car l’analyse limitée aux participants ayant réellement suivi le protocole ne montrait plus qu’une tendance en faveur des bains après deux semaines. Le protocole était également ouvert et, après huit semaines, les scores moyens de dépression étaient devenus proches dans les deux groupes [16].
Ces limites n’effacent cependant pas le résultat observé à court terme. Elles empêchent seulement d’affirmer que les bains sont, de manière générale, supérieurs à toute forme d’exercice.
Cette différence d’adhésion a néanmoins une portée clinique très concrète. Dans la dépression, une intervention n’est réellement utile que si elle reste accessible lorsque l’énergie, l’élan et la capacité à fournir un effort sont diminués.
Le fait que les bains aient été beaucoup mieux suivis ne prouve pas que tous les abandons du groupe exercice étaient dus à l’épuisement provoqué par la maladie. Il suggère néanmoins que le bain hyperthermique peut constituer, pour certaines personnes, une approche complémentaire plus facile à entreprendre et à maintenir que l’exercice physique [16].
Plusieurs mécanismes pourraient contribuer à cet effet :
- la modification temporaire de la thermorégulation ;
- l’amélioration du sommeil et des rythmes circadiens ;
- le relâchement des tensions corporelles ;
- les réponses neuroendocrines déclenchées par l’élévation de la température ;
- l’activation possible de voies thermosensorielles reliées à des circuits cérébraux impliqués dans l’humeur.
Dans l’étude, les bains étaient ajoutés aux soins habituels. Ils doivent donc être envisagés de la même manière : comme une approche complémentaire prometteuse, particulièrement intéressante lorsque l’exercice est difficile à mettre en œuvre.
BDNF, cortisol et chaleur : une piste biologique
L’élévation de la température corporelle peut provoquer des réponses qui dépassent la simple sensation de détente.
Dans une étude croisée menée chez huit hommes en bonne santé, vingt minutes d’immersion jusqu’au cou dans une eau à 42 °C ont augmenté la concentration sanguine de BDNF, alors qu’une immersion à 35 °C ne produisait pas cette réponse [33].
Le BDNF, ou facteur neurotrophique dérivé du cerveau, est une protéine essentielle à la survie des neurones, aux connexions synaptiques et à la plasticité cérébrale. Il occupe une place centrale dans les recherches sur la dépression, car les mécanismes qu’il soutient sont souvent altérés par le stress chronique et les troubles dépressifs. L’augmentation de sa signalisation est également considérée comme l’une des voies pouvant participer aux effets de plusieurs traitements antidépresseurs.
Dans l’étude, son taux restait élevé quinze minutes après le bain chaud, puis revenait à son niveau initial trente minutes après la sortie de l’eau. Le cortisol diminuait immédiatement après le bain, avant de retrouver lui aussi son niveau initial au bout de trente minutes [33].
Ces résultats montrent qu’une immersion suffisamment chaude peut déclencher rapidement des signaux neuroendocriniens et neurotrophiques importants pour l’adaptation au stress et le fonctionnement cérébral.
L’étude portait cependant sur un très petit groupe de personnes sans dépression. Elle ouvre donc une piste biologique particulièrement intéressante, sans démontrer à elle seule que l’augmentation du BDNF explique l’amélioration des symptômes observée après les bains hyperthermiques.
Concernant la sérotonine, les chercheurs évoquent une autre possibilité : des signaux thermiques provenant de la peau pourraient atteindre des circuits cérébraux sérotoninergiques impliqués dans la régulation de l’humeur. Cette voie reste une hypothèse physiologique et ne signifie pas que le bain augmente directement la production de sérotonine.
8. Facilite l’endormissement
Le bain chaud fait partie des usages de la chaleur les mieux documentés.
Pour s’endormir, le corps doit progressivement diminuer sa température interne.
Un bain chaud semble d’abord produire l’effet inverse. Pourtant, il prépare cette baisse.
La chaleur dilate les vaisseaux des mains, des pieds et de la peau. Après la sortie du bain, cette vasodilatation facilite le transfert de chaleur du centre du corps vers l’extérieur. La température interne peut alors redescendre plus efficacement.
Une méta-analyse publiée en 2019 a trouvé des résultats favorables lorsque le bain ou la douche chaude était pris :
- dans une eau comprise entre 40 et 42,5 °C ;
- pendant au moins dix minutes ;
- environ une à deux heures avant le coucher [17].
Cette fenêtre était associée à :
- un endormissement plus rapide ;
- une meilleure efficacité du sommeil ;
- une amélioration de la qualité subjective du sommeil.
Il s’agit de la plage la mieux étudiée, et non d’une température obligatoire.
Une personne qui tolère mal l’eau très chaude peut choisir une température plus modérée et prolonger légèrement l’exposition.
Bain chaud et sommeil : les principaux repères
| Objectif | Température | Durée | Bon timing | Repère utile |
|---|---|---|---|---|
| Favoriser l’endormissement | 40 à 42,5 °C | Au moins 10 min | 1 à 2 h avant le coucher | La fenêtre la mieux étayée associe une exposition suffisamment chaude à un délai permettant ensuite au corps de dissiper sa chaleur avant le sommeil. |
| Option plus douce | Bain ou douche chaude mieux tolérée | 10 à 20 min | Environ 1 h avant | Une température plus modérée peut être choisie lorsque l’eau très chaude est mal tolérée ou lorsque l’objectif recherché est surtout le relâchement. |
| Adapter le bain | Selon la tolérance | Réduire en cas d’inconfort | Laisser au corps le temps de redescendre en température | Si le bain provoque un malaise, des palpitations ou une sensation de surchauffe persistante, il vaut mieux réduire la température ou la durée. |
Repères généraux issus des synthèses sur le chauffage passif du corps. La réponse dépend aussi de la durée, de la profondeur d’immersion et de la tolérance individuelle.
9. Déclenche certaines réponses immunitaires
La chaleur ne se contente pas d’agir sur la circulation sanguine, les muscles ou le métabolisme. Lorsqu’une immersion élève suffisamment la température interne du corps, elle peut également mobiliser certaines composantes du système immunitaire.
On parle alors de bain hyperthermique. Le terme ne correspond pas à une température d’eau unique : il désigne une exposition à la chaleur capable d’élever la température centrale du corps.
Dans les protocoles expérimentaux, cette élévation dépend de plusieurs facteurs : la température de l’eau, la profondeur d’immersion, la durée d’exposition, la température corporelle de départ, la corpulence et la capacité individuelle à dissiper la chaleur.
Une eau à 39,5 °C a par exemple permis de porter la température corporelle à environ 39 °C en quarante minutes. D’autres travaux ont utilisé une eau à 41 °C pour atteindre une température centrale d’au moins 38,5 °C, puis maintenir cette élévation pendant une heure.
Il n’existe donc pas une durée universelle : ce qui compte est l’élévation réelle de la température interne du corps.
Dans une étude menée auprès de dix volontaires, un bain hyperthermique du corps entier a modifié plusieurs paramètres de l’immunité cellulaire [18].
Après l’exposition, les chercheurs ont observé :
- une augmentation de la proportion des cellules NK ;
- une augmentation de leur activité ;
- une augmentation relative des lymphocytes CD8+ ;
- des modifications de la répartition d’autres populations lymphocytaires.
Les cellules NK, ou natural killer, occupent une place importante dans la surveillance immunitaire. Elles participent à la détection et à l’élimination de certaines cellules infectées, mais aussi de cellules devenues anormales ou tumorales.
Le résultat est donc particulièrement intéressant : après l’exposition à la chaleur, les cellules NK étaient proportionnellement plus présentes dans le sang et leur activité avait elle aussi augmenté [18].
Les chercheurs ont également observé une augmentation de l’hormone de croissance chez huit des dix volontaires après le bain hyperthermique. Les participants présentant cette réponse hormonale avaient aussi des proportions plus élevées de lymphocytes CD8+ et de cellules NK. Les auteurs ont ainsi proposé qu’une partie de la réponse immunitaire observée puisse être liée à cette activation hormonale [18].
Avec seulement dix participants, cette étude ne permet pas de savoir combien de temps ces modifications persistent ni si elles se traduisent par un bénéfice clinique durable.
Elle montre néanmoins qu’une seule exposition hyperthermique du corps entier peut provoquer, à court terme, une mobilisation mesurable de plusieurs acteurs importants de l’immunité cellulaire.
La chaleur ne se contente donc pas de procurer une sensation de bien-être. Lorsqu’elle élève suffisamment la température corporelle, elle peut aussi déclencher une réponse coordonnée impliquant des cellules qui participent directement à la surveillance des cellules infectées et anormales.
La température, un signal pour le système immunitaire
Le système immunitaire n’est pas indifférent à la température du corps.
Une élévation modérée vers des températures proches de celles de la fièvre peut modifier l’activité et le déplacement de certaines cellules immunitaires. Des travaux ont notamment montré qu’elle peut favoriser l’adhésion et la migration des lymphocytes vers les tissus où ils participent à la surveillance immunitaire, notamment par des mécanismes impliquant les protéines de choc thermique [31][32].
La relation entre température et immunité est plus complexe : selon l’intensité et la durée de l’exposition, la chaleur peut modifier la circulation des cellules immunitaires, leur activité et les signaux qui coordonnent leur réponse.
Le bain hyperthermique étudié plus haut s’inscrit précisément dans cette idée : en élevant temporairement la température interne du corps, il peut agir comme un signal physiologique capable de mobiliser certains acteurs de l’immunité.
10. Soutient la santé de la peau
Le bain chaud agit directement sur la peau.
La chaleur dilate les vaisseaux cutanés et augmente fortement le débit sanguin vers la peau. Le contact avec l’eau assouplit temporairement la couche cornée et facilite le détachement des squames et des impuretés présentes à sa surface, laissant la peau plus souple et plus lisse après le bain.
Mais la température n’est qu’une partie de l’équation.
Dans une étude menée chez cinquante adultes en bonne santé, dix minutes d’immersion des mains dans une eau à environ 41 °C ont nettement augmenté la perte insensible en eau à travers la peau, le pH cutané et les rougeurs immédiatement après l’exposition [19].
La chaleur elle-même jouait également un rôle : un contact de cinq minutes avec une surface à 44 °C, sans immersion dans l’eau, augmentait lui aussi la perte en eau et l’érythème [19].
L’eau et la chaleur peuvent donc chacune modifier temporairement le fonctionnement de la barrière cutanée. Mais l’effet final d’un bain dépend aussi du milieu dans lequel la peau est immergée.
Une eau domestique chauffée, une eau thermale utilisée dans un soin et une eau thermale continuant à circuler dans le milieu naturel de la source ne constituent pas le même environnement pour la peau.
Dans une baignoire domestique, l’eau ne se renouvelle pas. Elle peut être plus ou moins calcaire ou chlorée selon le réseau et être associée à des savons détergents, des bains moussants parfumés ou d’autres produits susceptibles d’agir sur la barrière cutanée.
Une eau thermale apporte d’autres caractéristiques : une composition minérale propre, un pH particulier, des gaz dissous et, selon les eaux, une composante biologique spécifique.
Lorsqu’elle est utilisée dans un établissement thermal, cette eau peut avoir été captée, conduite ou soumise à différents traitements. Cela ne la rend pas pour autant équivalente à une eau domestique chauffée : elle peut présenter au moment du bain des caractéristiques physico-chimiques et biologiques particulières.
C’est d’ailleurs dans le domaine dermatologique que les effets des bains en eau thermale sont parmi les mieux documentés.
Une revue systématique publiée en 2024 a retenu huit essais cliniques consacrés aux bains en eau thermale minérale. Sept portaient sur le psoriasis et un sur la dermatite atopique. Tous rapportaient une amélioration de certains signes ou symptômes après la balnéothérapie [20].
Selon leur composition et les eaux étudiées, les bains thermaux ont notamment été associés à :
- une diminution de l’inflammation ;
- une réduction des démangeaisons et des rougeurs ;
- une amélioration de l’hydratation ;
- un soutien de la fonction barrière ;
- des effets antioxydants ;
- une modulation de certaines réponses immunitaires cutanées.
À ses caractéristiques minérales et physico-chimiques s’ajoute une piste plus récente : le rôle de sa composante biologique.
Des extraits et lysats issus de micro-organismes isolés de certaines eaux thermales sont aujourd’hui étudiés dans le champ des postbiotiques. Des travaux menés notamment sur Aquaphilus dolomiae et Vitreoscilla filiformis ont mis en évidence des effets anti-inflammatoires, immunomodulateurs, antioxydants ou de soutien des défenses cutanées [29][30].
Ces travaux portent sur des préparations issues de micro-organismes précis, mais ils montrent que l’intérêt d’une eau thermale peut aussi dépasser sa seule composition minérale.
Une eau ordinaire portée à 41 ou 42 °C apporte avant tout les effets de la chaleur et de l’immersion. Une eau thermale utilisée dans un bain de soin expose la peau aux caractéristiques physico-chimiques et biologiques qu’elle présente au moment de l’usage, après son captage, son transport, son stockage et les éventuels traitements qu’elle a subis. Et lorsqu’une eau thermale continue à circuler librement dans le milieu naturel alimenté par la source, elle reste en continuité avec les sédiments, les dépôts, les biofilms et les gradients qui structurent ce milieu.
Pour la peau, ces trois situations ne sont donc pas interchangeables.
La chaleur reste un moteur commun, mais le milieu dans lequel le bain a lieu compte lui aussi.
C’est précisément ce qui conduit à une autre question : que devient une eau thermale lorsqu’elle change de milieu ?
♨️ Quand une même eau thermale change de milieu
Une eau thermale peut conserver une partie de sa composition minérale tout en changeant profondément de milieu au cours de son parcours.
Elle peut être captée, conduite, stockée, refroidie, réchauffée, filtrée ou désinfectée avant d’être utilisée. Dans une baignoire de soin ou certains bassins, elle peut également rester un temps au contact du baigneur sans conserver le renouvellement continu qui caractérise son écoulement naturel.
L’étude menée à Comano Terme montre que ce changement de milieu peut déjà s’accompagner d’une modification biologique de l’eau elle-même.
Les chercheurs ont étudié le microbiome de l’eau thermale à quatre endroits : la source, un puits d’alimentation, le réservoir de stockage et une baignoire utilisée pour les soins [21].
Les communautés microbiennes observées n’étaient pas identiques selon ces différents environnements. La source et le puits présentaient des communautés remarquablement stables entre les deux campagnes de prélèvement, tandis que le réservoir et la baignoire montraient une diversité beaucoup plus fluctuante [21].
Même en ne considérant que l’eau, le passage d’un milieu de circulation à des installations construites peut donc modifier son profil biologique.
Mais une source chaude naturelle ne se résume justement pas à l’eau qu’elle contient.
Lorsqu’une eau thermale continue à circuler librement dans le milieu naturel alimenté par la source, elle se renouvelle et reste en interaction avec son lit, ses roches, ses sédiments, ses dépôts minéraux et ses biofilms.
Au fil de l’écoulement, la température diminue, tandis que l’oxygénation et la composition chimique évoluent et que les surfaces rencontrées changent. Ce gradient thermique, associé à ces autres paramètres, sélectionne et structure progressivement différentes communautés microbiennes.
Une part importante de cette diversité biologique se développe d’ailleurs hors de la colonne d’eau.
À Great Boiling Spring, les communautés microbiennes des sédiments étaient distinctes de celles présentes dans l’eau, et la température jouait un rôle majeur dans l’organisation de leur diversité [22].
Dans le sol de la source chaude de Tapovan, les chercheurs ont identifié 14 phyla bactériens et 486 espèces [23].
Regarder uniquement l’eau donne donc une vision incomplète du milieu thermal.
Dans une source naturelle, l’eau n’est qu’un compartiment parmi d’autres. Le sol, les sédiments, les dépôts et les biofilms abritent leurs propres communautés, dont la répartition dépend notamment de la température, de la composition chimique du milieu et de l’oxygène disponible.
Dans un dispositif technique, l’eau thermale peut conserver une partie de ses caractéristiques minérales et physico-chimiques, mais elle ne circule plus dans le même environnement. Les surfaces sont construites, le gradient thermique naturel de l’écoulement est interrompu, et les sédiments, les dépôts et les biofilms ne sont plus ceux du milieu naturel de la source.
Pour le bain, la différence est donc plus profonde qu’une simple question de température ou de minéralité.
On ne compare plus seulement deux eaux. On compare une eau utilisée comme ressource à un milieu thermal complet, dans lequel l’eau, le sol, les dépôts et le vivant continuent d’évoluer ensemble.
Je développe précisément cette différence dans mon article consacré au sol vivant et au microbiote des sources chaudes.
Pour la peau, la chaleur ouvre une première voie. L’eau thermale peut ajouter les propriétés physiques et chimiques qui lui sont propres. Et lorsqu’elle continue de circuler dans le milieu naturel de la source, le bain se déroule au contact d’un système biologique beaucoup plus vaste que la seule communauté microbienne présente dans l’eau.
Conclusion
Le bain chaud est bien davantage qu’un moment de confort.
La chaleur dilate les vaisseaux, augmente le débit sanguin cutané et active plusieurs réponses cellulaires.
L’immersion modifie la répartition des fluides dans l’organisme, augmente le remplissage central et agit à la fois sur le travail du cœur et sur la mécanique respiratoire.
La flottabilité réduit les contraintes exercées sur les muscles et les articulations.
Les effets les mieux établis concernent :
- la réponse cardiovasculaire aiguë ;
- la vasodilatation ;
- les modifications de la répartition du sang liées à l’immersion ;
- le relâchement corporel ;
- la préparation à l’endormissement.
D’autres résultats sont particulièrement intéressants, mais reposent encore sur des groupes plus restreints, des études pilotes ou des protocoles difficiles à comparer :
- l’amélioration de certains paramètres métaboliques ;
- le soutien de la régénération musculaire ;
- la diminution de certains symptômes dépressifs ;
- les modifications de l’immunité cellulaire ;
- l’activation de la fibrinolyse.
Le bain chaud ne produit pas les mêmes effets que l’activité physique, le sommeil ou une alimentation équilibrée. Il ne constitue pas non plus une version affaiblie de l’exercice.
Il agit par des mécanismes qui lui sont propres et peut occuper une place différente selon l’objectif recherché : soutenir la récupération, faciliter l’endormissement, provoquer une réponse cardiovasculaire ou métabolique, ou offrir une intervention plus accessible lorsque l’effort est difficile à entreprendre.
Dans certains protocoles, ses effets peuvent même se révéler particulièrement marqués. Chez des personnes présentant une dépression modérée, les bains hyperthermiques ont ainsi produit, après deux semaines, une diminution plus importante des symptômes qu’un programme d’exercice physique modéré, tout en étant nettement mieux suivis [16].
Le bain chaud doit donc être considéré comme une intervention à part entière. Il peut s’associer aux autres piliers de la santé, mais sa valeur ne se résume pas à les compléter : la chaleur, l’immersion et la flottabilité déclenchent ensemble des réponses physiologiques qu’aucun de ces piliers ne reproduit exactement.
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